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Après avoir photographié l'éruption, ils avaient entrepris la descente DES GRANDES PENTES vers la RN 2

Les rescapés du volcan

Leur imprudence, doublée de leur méconnaissance du terrain, aurait pu leur être fatale. Pierre et Jean-Pierre en sont conscients. S'ils sont à nouveau prêts à affronter le volcan, ils savent maintenant qu'ils doivent s'y prendre autrement et ne rien laisser au hasard.

"J'ai cru que je n'y arriverai jamais !", s'exclame Pierre en posant le pied sur le stade de la Marine à Saint-Philippe. Il est environ 16h30 et l'hélicoptère de la gendarmerie qui le ramène vient d'atterrir. L'appareil et les gendarmes du peloton de haute montagne ont dû aller le récupérer au pied des Grandes pentes à environ 1,5 km de la RN 2, du côté du lieu dit "Symbiose pour volcan et oiseaux". Le randonneur, âgé de 59 ans, professeur au lycée des Avirons, où il demeure, est harassé, mais indemne. Content de retrouver son collègue et compagnon de randonnée Jean-Pierre qui, lui, a pris le temps de se reposer chez les gendarmes. Un peu étonné d'être accueilli par une bande de marmailles rentrant de l'école, qui ignorent les heures éprouvantes qu'il vient de vivre. Ses chutes dans les gratons lui ont causé quelques écorchures aux jambes et il boite un peu. Mais le moral est bon.

NUIT FORCÉE À LA BELLE ÉTOILE

L'aventure, qui allait devenir mésaventure, débute samedi matin pour les deux marcheur. Un ami les dépose en voiture au Pas de Bellecombe et repart. Ils ont, dit Pierre, "un plan". A savoir, marcher jusqu'au piton Morgabim, qui a repris de l'activité, photographier la longue coulée qui s'échappe de son ventre. "Le spectacle était magnifique et nous en avons rapporté de nombreuses diapos", disent-ils.
Habitués des randonnées au volcan ("Nous l'avons fait au moins dix fois"), ils sont parfaitement équipés pour affronter soleil, froid et
pluie ; ils ont prévu suffisamment de ravitaillement et d'eau pour deux jours, - ou du moins le croient-ils. Ils envisagent de passer la nuit sur place et de redescendre dimanche par les Grandes pentes pour arriver sur la RN 2 à environ 5 km au sud de la Vierge au parasol
Mais, on ne peut pas tout prévoir quand on se rend au volcan. Peut-être se sont-ils trop attardés devant la féerie du spectacle, à vouloir tout photographier ? Toujours est-il que leur progression sur les gratons, dimanche, sera beaucoup plus lente qu'ils ne le pensaient. Et lorsque, vers 18h, ils atteignent à peine la limite de la végétation dense, Pierre, qui s'est plusieurs fois laissé aller au découragement, se dit qu'il ne verra jamais le bout de cette randonnée qui devait être une partie de plaisir et est en train de se transformer en cauchemar. "J'étais épuisé, je tombais, je me relevais, je retombais." Le ciel s'est obscurci et la nuit tombe. Les deux compagnons constatent avec effroi que, s'il leur reste suffisamment à manger, ils ont pratiquement épuisé leurs réserves d'eau en fournissant de gros efforts pour maintenir le cap. "Nous nous sommes dit que la route ne devait pas passer très loin..." Mais, ils ignorent combien de temps il faut pour l'atteindre.
Le mieux à faire est donc de passer une deuxième nuit à la belle étoile. Pas très désagréable en cette saison : "Non, il ne faisait pas froid du tout", dit Pierre. D'autant plus qu'ils s'étaient munis de vêtements chauds en prévision de la nuit précédente. Mais la soif se fait sentir.
Hier au matin, Pierre ne se sent pas d'attaque pour poursuivre. Alors, ils décident qu'il reste sur place avec leurs sacs et que Jean-Pierre descende et alerte les secours. C'est vers lundi midi seulement que ce dernier arrive sur la route. De là, il téléphone aux gendarmes de Saint-Philippe, qui viennent le chercher. Il leur raconte leur mésaventure, mais ne sait pas comment ils pourraient localiser son compagnon.
Tout ce qu'il peut leur préciser, c'est que Pierre a accroché son ciré jaune à la végétation. Il devrait donc être visible du ciel. Mais l'hélicoptère et les hommes du PGHM sont indisponibles. Ils interviennent déjà à Grand-Bassin, où un randonneur est victime d'une luxation du genou. En attendant, après s'être bien restauré, Jean-Pierre s'endort comme une masse... dans la cellule de dégrisement de la brigade de Saint-Philippe !
Vers 15h30, on apprend que l'hélico va intervenir. Il était temps, car le ciel s'assombrit. L'appareil passera plusieurs fois au-dessus de Pierre sans que les sauveteurs du peloton de gendarmerie de haute montagne ne l'aperçoivent. Finalement, ils repèrent la tache jaune de son ciré au milieu de la végétation.
Tout est bien qui finit bien, le randonneur sera hélitreuillé, alors qu'il se demandait s'il n'allait pas devoir passer une troisième nuit à la belle étoile.
Pierre et Jean-Pierre n'oublieront pas de sitôt leur mésaventure. Ils reconnaissent qu'elle est due à leur méconnaissance du terrain et qu'il ne faut jamais présumer de ses forces.
Sulliman Issop

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Sans nouvelle
du randonneur inconnu

Si l'aventure se termine bien pour les deux randonneurs qui ont atteint hier la route nationale 2, aucune nouvelle de cet autre marcheur parti lui aussi le long des coulées samedi en fin d'après-midi et encore aperçu dimanche matin très loin dans l'est - nord-est de l'éruption, à la limite des Grandes pentes (notre édiion d'hier). Aucune confusion n'étant possible avec les deux hommes qui ont réapparu hier au pied du volcan, est-il tout simplement rentré chez lui entre-temps par ses propres moyens ? C'est justement en raison de l'insuffisance visible de son équipement (sandalettes, pas de lampe) et du difficile parcours qu'il annonçait entreprendre que d'autres randonneurs avaient préféré donner l'alerte. Mais les recherches n'ont rien donné: il est vrai qu'avec la couche nuageuse, dans le chaos des coulées et de la végétation, autant chercher une aiguille dans une meule de foin. S'il lit ces lignes, le randonneur inconnu pourrait néanmoins rassurer sur son sort le PGHM (tél: 930 930).

Mardi 14 Novembre 2000