Sommaire


TROISIÈME ÉRUPTION AU PITON DE LA FOURNAISE DEPUIS LE DÉBUT DE L'ANNÉE

Un fleuve de feu aux pieds de Pârvédi 

Le Piton de la Fournaise est entré hier en éruption, pour la troisième fois en cette dernière année du millénaire. Sauf réactivation, les coulées ne devraient pas atteindre la route nationale 2 dont elles étaient distantes hier soir de deux kilomètres environ. Une multitude de bouches éruptives s'alignent sur une impressionnante fissure située entre 2200 et 1900 mètres d'altitude dans le sud-est de l'enclos, au-dessus de l'éruption du 23 juin qui avait donné naissance au Piton Pârvédi. Voir aussi en pages 32-33.

Bien avant la décision de passer en pré alerte le mardi 3 octobre, l'observatoire volcanologique était sur le qui-vive. Depuis le 18 septembre en effet, les scientifiques avaient enregistré une lente montée en puissance et l'importance des signaux recueillis par les différents types de capteurs installés sur le Piton de la Fournaise ne laissaient guère de doute sur la probabilité d'une prochaine éruption. Un système de veille avait même été mis en place à l'observatoire, les chercheurs assurant chacun une nuit de garde à tour de rôle, et de même pour les week-ends.

TRÉMOR EN BAISSE HIER SOIR

Pourtant, la situation étant devenue ce qu'il considérait comme stationnaire au fil des jours, l'observatoire a allégé ce dispositif mercredi. Les personnels aptes à assurer ce genre de surveillance ne sont en effet qu'au nombre de six et il ne s'agissait pas d'entamer ce potentiel trop sérieusement avant le début de l'éruption attendue
Il n'en fallait pas moins au Piton de la Fournaise : de même qu'une petite crise sismique, à la veille du week-end dernier, avait déjà obligé à maintenir cette veille humaine, le volcan s'est réveillé hier matin sans crier gare.
De la routine en temps habituel : le premier séisme qui a amorcé la crise s'est produit à 4h09 ! Puis ils se sont enchaînés, de plus en plus nombreux, jusqu'à la sortie du magma, datée à 5h05 par l'observatoire. Dès le second séisme, l'alarme aurait dû se déclencher et alerter le scientifique d'astreinte. Pourtant, il n'en a rien été, en raison d'une défaillance du réseau de la SRR (Société réunionnaise du téléphone) dans tout le Sud de l'île (lire par ailleurs). Ce qui explique que des habitants du Sud Est - comme ce pêcheur installé sur sa barque ! - aient signalé fumées et coulées bien avant l'information officielle de l'éruption
Comme à l'époque pas si lointaine où le réseau de surveillance de l'observatoire n'était pas autant développé, c'est le personnel du gîte du volcan qui s'est rendu au Pas de Bellecombe pour vérifier la réalité de cette fumée Entre-temps, pilotes d'hélicoptères, d'avions et d'ULM, nombreux hier matin en raison d'une météo favorable, n'en revenaient pas d'assister en direct à un spectacle inattendu.
Et il a fallu se rendre à l'évidence : une série de fissures, comme en juin dernier, déchirait le flanc sud est du volcan, non loin de celles qui ont donné naissance au Piton Pârvédi. Les observateurs ont noté hier un débit de lave impressionnant, effet accentué par la pente du cône terminal du volcan. De véritables torrents se rejoignant en un fleuve. Le trémor associé à cette activité, très élevé hier matin, avait toutefois baissé d'un tiers en fin de journée, notaient les scientifiques. Et ils ne croient guère, sauf réactivation, à l'arrivée de la coulée à la route, qui a atteint très rapidement certes le bas des Grandes pentes: le relief très atténué vers 500 mètres d'altitude ne devrait plus lui permettre de beaucoup progresser. Elle se trouvait à encore près de deux kilomètres de la RN 2 hier soir, selon les constatations effectuées lors d'un survol de la gendarmerie vers 16 heures.


____________________________

Comment l'observatoire a manqué 
le début de l'éruption

Dans la nuit de mercredi à jeudi, alors que le volcan sortait de son sommeil, le réseau de SFR a connu des ratés qui ont eu pour principales conséquences de couper toutes les liaisons avec les portables du Sud de l'île, de Saint-Pierre au Tampon en passant par le Sud sauvage et la Plaine-des-Cafres. Un incident qui aurait presque pu passer inaperçu s'il n'avait pas empêché le fonctionnement du système d'alerte mis en place par l'observatoire. En effet, la situation étant stationnaire depuis plusieurs jours, les gardes avaient été allégées. En cas d'éruption, l'alarme devait être automatiquement répercutée chez la personne d'astreinte, voire réorientée sur ses collègues au cas où cette dernière ne répondrait pas. Seul problème: cette procédure a été mise en place avec des téléphones mobiles. Du coup, les volcanologues n'ont découvert le réveil de la Fournaise qu'en arrivant à l'observatoire, soit près de deux heures après le début de l'éruption. Un contretemps à mettre sur le compte d'une unité chargée de gérer les appels de la région sud. Cette dernière a connu dans la nuit de mercredi à jeudi un bug informatique, bloquant du même coup toutes les communications dans cette région. Aussitôt alerté, le personnel de SFR a bien tenté de remettre la machine en route. Mais un nouveau bug a perturbé son rechargement et ce n'est qu'en milieu de matinée que tout est rentré dans l'ordre, comme ont dû s'en rendre compte les abonnés. "Mais il n'y a aucun lien de cause à effet entre le volcan et cet incident", assure-t-on du côté de SFR. Ni d'ailleurs avec le vendredi 13.
J.-Y.B.

____________________________

La cinquième 
depuis "l'éruption du siècle"

* 9 mars 1998 : "l'éruption du siècle" (196 jours !). Elle tient en haleine toute l'île pendant six mois et demi, survenant après plus de cinq ans et demi de sommeil depuis la dernière éruption d'août 1992. Elle s'achève le 20 septembre 1998 après avoir atteint la route nationale 2 sans la couper à la hauteur de la Vierge au Parasol. En août, une phase de l'éruption s'est déroulée hors enclos, en-dessous du Nez coupé de Sainte Rose, mais les coulées n'ont jamais menacé le village de Bois Blanc.

* 19 juillet 1999 : dix mois après la fin de "l'éruption du siècle", la Fournaise remet ça. Une fissure déchire le fond du cratère Dolomieu et se prolonge sur son flanc est-sud-est. La coulée descend plein est jusqu'à 1500 m d'altitude. L'enclos rouvre au public le 22 malgré une météo très capricieuse et l'on peut admirer de très beaux dépôts de soufre sur le cône qui s'est édifié au bord du sommet. L'éruption s'achève au bout de treize jours, le 31 juillet.

* 28 septembre 1999 : sans crier gare ou presque, deux mois après la fin de la première éruption de l'année, le volcan entre en activité sous les yeux d'une équipe de scientifiques de l'observatoire en pleine "manip" au sommet. La gendarmerie organise le retour du public (comblé et pas du tout effrayé!) vers le Pas de Bellecombe. Des fontaines de lave jaillissent brièvement du fond du Dolomieu, épargnant le sentier du tour des cratères. Une coulée s'échappe d'une longue fissure sur le flanc sud du cône terminal mais ne descendra pas en-dessous de 2000 m d'altitude. Fermé au public, l'enclos rouvre le 1er octobre. Le 8, un nouveau point de sortie de la lave apparaît dans le sud de l'enclos, à mi-distance entre le rempart au niveau du Piton de Bert et le Nez coupé du Tremblet. Mais cette nouvelle phase est inaccessible, quoique les céramistes d'Art Sud aient pu s'y rendre (en hélicoptère !) pour opérer sur la lave en fusion. L'activité près du sommet, qui donnera naissance au cratère Du pavillon, un peu en dessous du sommet du côté Sud du Dolomieu, cesse au bout de vingt-six jours, le 23 octobre.

* 14 février 2000 : trois mois et demi après la fin de la précédente éruption, à 0h18, au terme d'une crise sismique de moins d'une heure, deux fissures s'ouvrent sur le flanc nord du cône terminal de la Fournaise, coupant le sentier de la Soufrière. Deux coulées s'en échappent et se dirigent vers le rempart nord de l'enclos. Elle ne dépasseront pas le Nez Coupé de Sainte Rose ne franchiront donc pas le cassé de la Plaine des Osmondes alors que la Réunion est placée depuis la veille au soir en vigilance cyclonique en raison de l'approche de la forte tempête tropicale Eline !
En raison du mauvais temps, qui empêche toute observation ou presque, l'enclos reste totalement fermé au public une semaine entière, jusqu'au 21 février. L'accumulation des projections que l'on admire depuis un belvédère aménagé donnera un cône de taille importante, qui sera baptisé Célimène, à-côté d'un autre plus petit, dénommé cratère Legros. Le répit est de courte durée puisque l'apparition de nouveaux séismes déclenche l'évacuation de l'enclos le dimanche 28. L'éruption s'achève le 4 mars, après vingt jours d'activité.

* 23 juin 2000 : deuxième éruption de l'année, trois mois et demi après la fin de la précédente !Annoncée par des séismes profonds une quinzaine de jours auparavant, elle démarre comme un coup de tonnerre. Une fissure s'ouvre au sud-est du pied du cône terminal du volcan, d'où jaillissent pendant plusieurs jours et à un rythme soutenu des fontaines de lave comme on n'en avait pas vu depuis longtemps. Les coulées vont descendre jusqu'à quatre cents mètres d'altitude, soit à deux kilomètres de la route nationale 2, le 27 juin. Elles ne progresseront plus ensuite.
L'éruption est située très loin du Pas de Bellecombe, vers 1850 mètres d'altitude, entre le cratère Château-Fort et le Signal de l'Enclos. Au fil des semaines, bravant le mauvais temps très fréquent dans cette zone de l'enclos et surtout les difficultés d'approche, plusieurs personnes doivent être secourues par le Peloton de gendarmerie de haute montagne et certaines évacuées en hélicoptère. En l'absence de sentier d'accès, l'enclos restera longtemps interdit au public. Enfin, un balisage est entrepris par l'Office national des forêts mais c'est au prix de huit à dix heures de marche aller-retour dans les gratons que l'on peut admirer le tout nouveau Piton Pârvédi (même si certains se vantent d'avoir mis cinq heures !), un superbe cône habité par un lac de lave bouillonnant. Le week-end de la réouverture, le 22 juillet, le site est envahi par pas moins d'une dizaine de tentes sans compter bien des groupes de randonneurs. Mais dès le week-end suivant, le 30 juillet, l'éruption s'achève, après trente-sept jours d'activité.

* 12 octobre 2000 : après un lent réveil du Piton de la Fournaise depuis le 18 septembre, troisième éruption de l'an 2000.
 

Vendredi 13 Octobre 2000