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DES TORRENTS DE LAVE IMPRESSIONNANTS

Le grand spectacle des humeurs de la Terre

Parti de Saint-Denis, l'hélicoptère semble vouloir se jeter sur un mur blanc qui ferme presque complètement l'enclos. Le pilote, habile, plonge dans une étroite fenêtre seule ouverture sur l'éruption.

Commence alors le grand spectacle des humeurs de la Terre. Chacune des manifestations du Piton de la Fournaise est unique en son genre. Celle qui allait aboutir à la construction du piton Pârvédi s'était caractérisée dans les premières heures par des fontaines de lave d'une hauteur impressionnante.
Cette fois, l'éruption s'accroche à la pente dans l'axe du Pârvédi sur la droite du Signal de l'Enclos en regardant vers le cratère principal.
Les fontaines de lave un peu couchées restent spectaculaires, mais l'on reste surtout émerveillés par les torrents de lave qui s'échappent des fissures et qui dessinent sur le plateau un véritable fleuve aux couleurs rouge orangé. Il vient buter sur le flanc droit du Pârvédi avant de poursuivre sa course tumultueuse vers les Grandes pentes.
Au sol, Thomas Staudacher, directeur de l'observatoire, et Philippe Kowalski, l'ingénieur responsable technique, sont déjà à pied d'uvre. Objectif : récupérer un maximum d'échantillons pour dresser en quelque sorte la "carte d'identité" de l'éruption.
La tâche n'est pas aisée. La coulée qui forme une nappe de plusieurs dizaines de mètres de large, dresse un mur de chaleur infranchissable. Pour s'approcher du fleuve bouillonnant qui roule par moment des roches de feu, Thomas Staudacher et Philippe Kowalski revêtent leurs combinaisons de protection. Même ainsi harnaché, il est hors de question de s'exposer très longtemps. Il faut plonger rapidement la longue perche prolongée d'une pelle, courir vers un seau rempli d'eau et y plonger l'échantillon afin de figer sa composition que modifierait un refroidissement trop long.
Les résultats sont décevants. Même en essayant de l'enfoncer le plus profondément possible, la pelle ne ramène que des scories. "La coulée refroidit rapidement en surface", explique Thomas Staudacher. Philippe Kowalski a un coup de cur en croyant apercevoir des cristaux d'olivine. Fausse alerte.
En revanche, les deux scientifiques sont impressionnés par la vitesse d'écoulement. "Le front des précédentes coulées de juin-juillet, rappelle Thomas Staudacher, s'était immobilisées vers 500-600 m d'altitude. A l'heure où nous parlons (NDLR: peu avant midi) il ne manque à celles d'aujourd'hui qu'un peu moins de 600 m pour les dépasser. Ces coulées font déjà 5 à 6 km de long".
Pour trouver des échantillons scientifiquement intéressants, les deux volcanologues vont devoir se rapprocher de l'antre de Vulcain.
Le Pârvédi se trouve à 1 800 m d'altitude. La principale bouche éruptive crache vers 1900 m, à hauteur du balisage de secours reliant le Piton de Bert au Piton de Partage. Il a été emporté sur une bonne centaine de mètres.
Plus on se rapproche, plus le bruit de forge en action devient impressionnant. Des profondeurs de la Terre sort une haleine chaude qui brûle le visage. Vues d'ici, les projections dressent sur le fond blanc des nuages un rideau jaune orangé qui s'escamote, revient et revient encore avec le crépitement ou l'impact sourd des pierres rouges au cur qui retombent sur le sol formant un tapis noir vernissé.

UN LONG RETOUR

Nous ne sommes pas au bout de nos surprises. Le Piton de la Fournaise ne nous a pas livré tous ses secrets.
Un cône échancré invite à une escalade laborieuse dans les scories qui roulent sous les chaussures. Au sommet, les efforts sont largement récompensés.
L'éruption se déploie à nos pieds. Dans la partie haute, elle semble s'adosser à un petit cône. De là, une succession de fissures alimente les coulées, mais notre regard plonge dans la plus active qui est la dernière dans l'alignement.
Ce chaudron du diable, éructe, gronde et s'enfonce toujours plus profondément dans un chenal qui canalise les flots tumultueux de la lave en fusion.
Difficile de s'arracher, mais un long retour nous attend. L'itinéraire par le flanc Est nous est connu. Il est beaucoup plus scabreux que la voie Ouest, mais celle-ci nous est interdite par la coulée. Derrière nous, fumées et projections s'effacent. A quand, la prochaine virée au volcan ?
Alain Dupuis

Vendredi 13 Octobre 2000