Les coulées arrivaient à 1,5 KM de la route
nationale 2 lorsque l'éruption est repartie de plus belle au sommet
Une semaine de folie

Le spectacle offert depuis jeudi par le Piton de la Fournaise se poursuivait
hier. Le fantastique regain de l'éruption s'explique à la
lueur de l'augmentation du niveau d'activité enregistré par
le réseau sismique de l'observatoire volcanologique, double de celui
du premier jour de l'éruption - un fait exceptionnel.
Mercredi, le Journal de l'île est allé à la rencontre
des coulées du Piton Morgabim, arrivées dans les pentes basses
du volcan. Une progression favorisée par la formation de tunnels
dans lesquels la lave circule très fluide.
Nous sommes remontés à partir de la route nationale 2, altimètre
au poignet, jusqu'à 400 mètres d'altitude. Pas de sentier,
évidemment. Tout au plus des traces du passage de quelques visiteurs
précédents. En effet, la végétation, dense et
pénétrable seulement à grand-peine reprend ses droits
très rapidement dans cette région de basse altitude où
la chaleur ambiante conjuguée aux efforts de la marche transforme
cette expédition en véritable épreuve.
Serpentant tour à tour dans les goyaviers en rang serrés,
les jeunes filaos, le randonneur doit ensuite se frayer une voie dans une
jungle de bois de chapelet, de pailles sabre, le tout agrémenté
parfois d'un peu de vigne maronne Seuls les petits bois de remparts en fleur,
blechnum et rares orchidées coco fleur viennent jeter un rayon de
soleil sur ce parcours du combattant !
Impossible la plupart du temps de voir où l'on pose les pieds : on
évolue en terrain piégé, le chaos minéral des
coulées au moins centenaires est masqué depuis belle lurette
par la végétation. Trous gorgés d'eau, obstacles rocheux,
avoune dans laquelle on s'enfonce se succèdent.
Mais les coulées sont bien au rendez-vous : gratons, mais aussi lave
plus fluide, avançant étonnamment vite à la moindre
déclivité: en moins de trois heures, nous avons vu un nouveau
front arriver et recouvrir sur une cinquantaine de mètres la coulée
qui s'était mise en place la nuit précédente
La nuit de mercredi à jeudi, selon un relevé fait par la gendarmerie
et l'observatoire volcanologique, la lave a encore progressé : jeudi
matin, elle était parvenue à 360 mètres d'altitude.
C'est alors que l'éruption s'est réactivée au Piton
Morgabim, à 1900 mètres d'altitude. La lave s'évacuant
au sommet du volcan, les tunnels ont alors cessé d'être alimentés.
Les coulées du Grand-Brûlé se sont arrêtées
à 1,5 km de la route nationale 2.
Alors qu'ils prélevaient des échantillons,
la coulée est soudain sortie de son chenal
Prélever des échantillons de lave est un exercice
qui nécessite une
vigilance de chaque instant. Jeudi matin, les deux scientifiques au travail
au pied du Piton Morgabim n'ont pas eu le temps d'avoir peur lorsque
la coulée est sortie de son chenal sans crier gare: ils ont aussitôt
évacué
la plate-forme qu'ils occupaient sans oublier d'emporter leur canne
à prélèvement et le récipient destiné
à tremper les échantillons!
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GROS PLAN
Ils veillent jour et nuit sur le Piton de la Fournaise
L'observatoire volcanologique nous avait déjà offert sa
"chronique de l'éruption du 9 et 12 mars 1998" à
l'occasion de la Semaine de la science cette année-là; il
vient de récidiver avec une plaquette consacrée aux méthodes
de surveillance, diffusée depuis le mois dernier dans le cadre de
la Fête de la science.
En un peu moins de trente pages illustrées, on apprend tout des soubresauts
de notre Piton de la Fournaise et sur la façon dont l'équipe
en poste à Bourg-Murat traque ses signes de réveil et surveille
son activité.
Notre observatoire, qui a vu le jour fin 1979, est l'un des éléments
du réseau de l'Institut de physique du globe de Paris, grand établissement
autonome de l'Education nationale chargé de la surveillance des volcans
français. Mais surveiller l'activité des volcans ne serait
rien sans la recherche; or, notre Piton de la Fournaise, avec une éruption
par an environ (trois en l'an 2000, aucune entre 1992 et 1998 : il faut
bien établir une moyenne !) constitue un sujet d'étude tout
indiqué, un vrai laboratoire où les scientifiques peuvent
mettre à l'épreuve hypothèses de travail et matériels
dans des délais raisonnables.
Au réseau de détection des séismes, clé du système,
se sont adjoints, toujours plus nombreux au fil des années, inclinomètres
chargés de visualiser les déformations du sol, distancemètres,
extensomètres capables de lire les moindres mouvements du terrain.
Plus pointus, et encore utilisés à titre expérimental,
sondes radon et réseau magnétique enregistrent les variations
liées aux mouvements de magma. Enfin, il y a les deux caméras
de surveillance, accessibles au public depuis le mois de juillet dernier
grâce à leur mise ne ligne sur Internet avec le concours de
Météo-France.
Une centaine de capteurs fonctionnent ainsi en continu, 24 h sur 24, 365
jours sur 365, répartis dans tout l'enclos du volcan et à
l'extérieur également, sur 35 sites. Encore faut-il assurer
le bon fonctionnement de ce réseau qui s'est largement étoffé
au cours des vingt années d'existence de l'observatoire.
Le nombre des techniciens et ingénieurs qui veillent sur la Fournaise
est beaucoup plus réduit qu'on ne l'imagine : pas plus d'une dizaine
de personnes seulement - de la femme de ménage au directeur ! -
occupent les bâtiments de l'observatoire du 27e kilomètre de
la Plaine-des-Cafres.
Ils doivent assurer la maintenance des stations, payant de leur personne
lorsqu'il faut aller, à pied, réparer ou récupérer
des données dans des lieux aussi éloignés que l'actuelle
éruption par exemple Sans compter les gardes de nuit et de week-end
en période d'éruption, qu'ils sont cinq à prendre en
charge à tour de rôle !

Au devant des coulées dans le Grand-Brûlé

Ce véritable mur de gratons avance implacablement,
effaçant les obstacles sur son passage. Gorgée d'humidité,
la végétation résiste et finalement s'embrase.

Un spectacle de désolationse dresse aux abords du lent fleuve noirâtre.
Les scories rougeoyantes achèveront lentement leur travail de sape
en dévorant les troncs encore debout.
Dimanche 12 Novembre 2000