Les comoriens ont enfin appris le réveil de leur volcan
La crise du Karthala se précise
" "
Deux photos, prises en août dernier (à gauche) et il y
a quelques jours (à droite),
dans l'immense caldera du Karthala où s'ouvrent plusieurs cratères.
Visible ici: le dernier d'entre eux, né de l'éruption phréatique
du 11 juillet 1991
avec ses 280 mètres de diamètre pour 43 mètres de
profondeur,
dont le fond est occupé par un lac.
Entre les deux photos, prises à moins de trois mois d'intervalle,
son niveau a brutalement monté.
La presqu'île qui occupait le fond du cratère a été
quasiment engloutie ;
n'émergent plus que deux pointes de terre (photo de droite, dans
l'ombre) formant îlots.
En l'absence de pluies, c'est bien le signe que la reprise d'activité
du Karthala
a bouleversé le fonctionnement du système hydrothermal du
volcan.
La pression des gaz qui s'échappent du magma
est-elle à l'origine de la remontée de la nappe phréatique
?
Ou bien, comme le suggèrent certains chercheurs, ce système
très poreux s'est-il colmaté ?
Auquel cas, ce serait ce "couvercle" rocheux qui serait en train de se
mettre en pression,
avec le risque de réédition d'un phénomène
aussi brutal que celui de 1991
(photos Arnaud Lemarchand / Observatoire du Karthala).
La reprise d'activité du volcan comorien, il y a un mois, se poursuit
à un rythme soutenu. Tenu informé au jour le jour par l'observatoire
du Karthala, le gouvernement a finalement rendu publique l'information
il y a quelques jours. Un nouveau pic de 58 séismes a été
enregistré lundi.
La nouvelle s'est répandue comme une traînée de poudre
depuis le début de cette semaine, suscitant une certaine inquiétude
en Grande-Comore. Si l'éruption de 1991 n'a guère laissé
de traces dans les mémoires (lire par ailleurs), chacun garde en
effet en mémoire celle de 1977, lorsque les coulées de lave
avaient détruit le village de Singani, dans le sud de l'île.
Depuis la fin septembre-début octobre, le volcan "cousin" du
Piton de la Fournaise est bien sorti de la léthargie dans laquelle
il avait sombré après sa dernière éruption
de juillet 1991, comme l'annonçait le Journal de l'île dès
jeudi dernier. Les premiers indices apparus dès le mois de juillet
ont trouvé leur confirmation dans l'augmentation croissante du nombre
de séismes enregistrés. De quelques-uns par jour, ils sont
passés à une trentaine avec un pic de 55 événements
le 23 octobre, qui a justifié la mise en alerte circonstanciée
des autorités comoriennes. Et lundi dernier, on a atteint 58 séismes
! Une éruption du Karthala n'est donc plus à écarter
dans les semaines à venir.
L'ASCENSION DÉCONSEILLÉE
Le Centre national de documentation et de la recherche scientifique,
à Moroni, le laboratoire des sciences de la Terre de l'Université
de la Réunion et l'observatoire volcanologique du Piton de la Fournaise
(Institut de physique du globe) ne cachent pas leur soulagement de voir
l'information enfin livrée au public, après sa dissimulation
dans un premier temps, par crainte de mouvements de panique. Et personne
à Radio Comores n'aurait pris un tel risque après le récent
limogeage du directeur parce que sa station avait annoncé l'augmentation
du prix du pain. Toutefois, il y a une dizaine de jours, l'ambassade de
France avait émis une note recommandant d'éviter l'ascension
du Karthala et surtout la traversée de sa caldera, large de plusieurs
kilomètres. Le sommet de volcan constitue en effet un objectif de
randonnée prisé et il ne ferait pas bon y camper si un événement
comme celui de 1991 devait s'y reproduire : toute la zone, déserte,
avait soufflée par une violente explosion phréatique (lire
notre édition de jeudi dernier), arrosée de blocs pesant
jusqu'à plus d'une tonne, la végétation avait été
balayée par le souffle.
Evidemment, on n'en est pas encore là au terme d'un mois de
crise. Il y a bientôt dix ans, le Karthala avait vécu deux
mois d'intense agitation avant sa brutale éruption du 11 juillet.
En attendant, l'observatoire continue de rédiger des bulletins quotidiens
à l'intention des autorités.
François Martel-Asselin
Jeudi 02 Novembre 2000