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Le photographe du "QUOTIDIEN" n'a finalement été récupéréqu'hier matin par l'hélicoptère de la gendarmerie

Perdu une nuit, seul dans l'enclos

Son reportage sur l'éruption aurait pu se terminer beaucoup plus mal pour notre confrère du "Quotidien" David Chane. Il a finalement été repéré et récupéré par l'hélicoptère de la gendarmerie hier matin vers 7h45 après une nuit de solitude glacée sur le flanc est du volcan. Le journaliste qui l'accompagnait est parvenu à regagner sain et sauf le Pas de Bellecombe, malgré une erreur de parcours.

Il s'en tire finalement avec des coupures aux mains et un genou "en compote", comme on dit. Rien de bien grave heureusement même si, rétrospectivement Il est 7 heures samedi matin lorsque David Chane, photographe, s'élance du Pas de Bellecombe accompagné d'un de ses collègues rédacteur au "Quotidien". Si l'un et l'autre connaissent le volcan, ils s'en sont néanmoins toujours tenus, au fil des éruptions, aux sentiers balisés par l'ONF. Or, parvenir au site de l'éruption qui a débuté la veille au soir sur le flanc sud-est du volcan n'est pas une randonnée familiale : elle se situe loin en contrebas du sommet du cratère Dolomieu, en dehors de tout sentier balisé, en terrain difficile, dans le chaos des coulées accumulées depuis des siècles sur les pentes du volcan.
En chemin, ils rencontrent Yves Picard, gardien du gîte, déjà sur la route du retour après s'être contenté d'observer du sommet seulement le spectacle des fontaines de lave. Selon le journaliste qui livre le récit de son expédition dans le "Quotidien" d'hier (il a en effet pu rentrer à temps samedi soir à Saint-Denis après avoir conseillé au photographe, dans l'incapacitré de reprendre le chemin du Pas de Bellecombe, de demeurer sur le site de l'éruption) celui-ci les oriente "avec beaucoup d'efficacité" sur la direction à suivre: peut-être croyait-il avoir affaire à des habitués du Piton de la Fournaise.

"IL FAUT DESCENDRE À L'AVEUGLETTE"

Or, les choses se gâtent à partir du moment où il faut quitter le sentier balisé après avoir contourné le Dolomieu par l'est jusqu'au niveau du cratère Maillard. Ils doivent désormais piquer sur l'éruption, loin en contrebas dans le fond de l'enclos. Sortis des circuits touristiques, ils pénètrent désormais dans le véritable antre de Vulcain ! Certes ils sont équipés, mais préparés aux difficultés du terrain, beaucoup moins. Sans doute n'ont-ils pas conscience de la distance qui les sépare des fontaines de lave : une infernale descente de deux kilomètres et demi au moins depuis le sommet, où l'on cherche son équilibre à chaque pas. Sans compter la terrible dénivelée entre le bord du cratère Dolomieu (2500 mètres d'altitude) et le site de l'éruption, près de sept cents mètres plus bas, à 1800 mètres d'altitude. Cela alors que les premiers nuages envahissent déjà le ciel : "Nous ne voyons pas l'éruption, nous l'entendons () Il faut maintenant descendre plein Est, à l'aveuglette", rapporte le journaliste dans son récit.

DOULEUR AU GENOU

Hélas, l'éruption se situe au sud-est et non à l'est du sommet. Poursuivant, il décrit l'enfer des "coulées de graton instables et coupants, qui cisaillent aussi bien le cuir de chaussures que la peau des doigts". Raison pour laquelle le "Journal de l'île", lorsqu'il conseille des sentiers d'approche lors des éruptions accessibles au public, invite toujours à se munir de gants, équipement dont David Chane était démuni.
C'est durant cette descente périlleuse "avec des passages parfois dangereux" que les trois journalistes du "Journal de l'île" rentrant de l'éruption par un parcours qui contourne les cratères par l'ouest les ont aperçus : ils ont pu observer les deux hommes encore très haut sur les flancs du cône terminal du volcan, bien loin de l'éruption. Il était alors 9h50 et les masses nuageuses commençaient déjà à affluer par paquets en provenance de la mer, noyant par moment le fond de l'enclos. Cette situation n'a pas pour autant détourné de leur objectif les deux journalistes du "Quotidien". De leur propre aveu, il leur faudra "près de deux heures" de ce hors-piste pour parvenir à la fissure éruptive, l'enclos se couvrant et se découvrant tour à tour. Partis à 7 heures du Bellecombe, ils auront donc mis non pas trois heures pour se rendre sur le site, comme le journaliste le croit et l'écrit, mais quatre heures, au bas mot.
Sur place, ils ne trouvent que la petite équipe du cinéaste Alain Gérente installée dans son camp de base pour plusieurs jours (notre édition d'hier) et celle de François Cartault, responsable du Centre de documentation et de diffusion sur le volcanisme. Le photographe et cinéaste Serge Gélabert, qui a passé une partie de la nuit sur place après une approche à pied éprouvante, est en effet déjà reparti en hélicoptère. De même, les scientifiques de l'observatoire et l'équipe de tournage de la 5 / Arte se sont eux aussi envolés. Quant aux journalistes du "Journal de l'île", qui ont assuré la couverture des premiers prélèvements d'échantillons sur les coulées (voir notre édition d'hier), ils ont déjà pris le chemin du retour pour éviter d'être rattrapés par les nuages déjà présents à 9h30, comme souvent en milieu de matinée.
Fatigué, le photographe du "Quotidien" souffre également d'un genou, mis à mal lors d'une chute dans la descente - et non pas d'une entorse comme un de ses collègues nous l'avait indiqué samedi soir. Après avoir pris des photos de l'éruption, il se rend compte qu'il aura bien du mal à effectuer le trajet du retour vers le Pas de Bellecombe. Or, indique son confrère, "il est midi et demi, il faut se dépêcher pour rendre le papier (ndlr: l'article) à l'heure au journal, à Saint-Denis". Porteur des pellicules et des clefs de la voiture personnelle de David Chane utilisée pour se rendre au volcan, le journaliste valide prend les devants et décide de rentrer seul au parking en laissant son photographe sur place et en annonçant qu'il va prévenir sa rédaction dès que le réseau SFR sera disponible sur son téléphone portable (le relais du Piton de Partage laisse en effet dans l'ombre toute la partie sud du volcan). Mais lui-même commet une erreur de parcours en suivant le balisage de secours de l'ONF - une piste sommaire - qui l'entraîne dans une direction erronée de 90° vers le sud-ouest, alors qu'il aurait dû faire route vers le nord-ouest : "Cette voie conduit droit à un mur, en l'occurrence les remparts de l'enclos, au niveau du Piton de Bert", constate-t-il.

LE PGHM ALERTÉ À 18H

Il a en effet manqué une bifurcation connue des initiés : elle seule permet de revenir vers le Pas de Bellecombe. Le journaliste, "la fatigue aidant" se laisse aller à "un certain découragement".
Longeant le rempart de l'enclos vers le nord - au moins, il ne risque plus de se perdre - il tombe enfin, "épuisé", sur le pied de l'escalier aux quatre cents marches "salvatrices", affirme-t-il dans un élan d'enthousiasme contrastant avec son état physique en cette fin d'après-midi, après "quatre heures et quart de marche forcée".
Entre-temps, dès qu'il a pu obtenir le réseau, vers 14h30, il alerte la rédaction du "Quotidien" de la mésaventure survenue à David Chane. Mais, déplore-t-il, "présumant de ses forces", ce dernier, après avoir décidé dans un premier temps de rester avec les cinéastes sur le site de l'éruption, tente néanmoins vers 15 heures, une "remontée en solitaire", alors qu'il avait été convenu qu'il reste au camp des cinéastes et qu'il avait commencé à pleuvoir. En raison de son état, une telle décision comportait un risque réel : avec un minimum de quatre heures de marche en terrain inconnu et difficile, il ne pouvait qu'être rattrapé par la nuit. De fait, "la douleur l'arrête". Dans son malheur, une consolation: de là où il se trouve, son téléphone portable passe ! Sans paniquer, il s'abrite et prévient la rédaction du "Quotidien" de sa situation sans pouvoir localiser sa position dans l'enclos du volcan.
Incompréhensiblement, les secours n'ont pas encore été alerté puisque le Peloton de gendarmerie de haute montagne (PGHM) ne reçoit un appel du "Quotidien" qu'à 18 heures. En raison de l'approche de la nuit, il est impossible d'envoyer l'hélicoptère qui se trouvait pourtant sur place dans l'heure précédente puisqu'il survolait l'enclos pour une reconnaissance des coulées avec à son bord le colonel commandant la gendarmerie et le sous-préfet de Saint-Benoît ! David Chane, reconnaissant l'Alouette 3 bleue et blanche, lui a d'ailleurs fait des signes, en vain
Trois hommes de la brigade de la Plaine-des-Cafres, familiers du terrain, entament les recherches suivis par trois autres gendarmes du PGHM. Le photographe, qui économise les accus de son téléphone, a néanmoins laissé entendre qu'il se trouverait dans la région du cratère Château-Fort, au sud du sommet du volcan, près d'une station de l'observatoire où il reconnaît un pluviomètre. A trois heures du matin, les gendarmes abandonnent leurs patrouilles. Ils ont bien aperçu les signaux luminaux du photographe mais bien trop loin pour le rejoindre dans ce terrain ou la progression se fait pas à pas à la lueur de la lampe frontale. D'où la confusion qui fait croire samedi soir à ses confrères de Saint-Denis qu'ils l'avaient retrouvé, comme nous l'écrivions dans notre édition d'hier.

IL PREND LE BALISAGE DANS LE MAUVAIS SENS

La fièvre gagne la rédaction du "Quotidien" en ce samedi soir. Pendant que le rédacteur enfin rentré sain et sauf à Saint-Denis boucle son article et choisit les clichés de son reportage, ses confrères tentent de comprendre l'enchaînement des événements par lequel leur collègue photographe se retrouve seul, égaré dans l'enclos. Ce dernier compte les heures en tentant de se protéger du froid. Même équipé de pied en cap, il commence à accuser le coup puisque la température ne dépasse pas quelques degrés. Heureusement, ni pluie ni vent ne viennent ajouter à sa détresse. La reprise des recherches, dès 7 heures hier matin avec l'aide de l'hélicoptère de la gendarmerie, ne porte pas ses fruits. L'Alouette tourne en vain dans la zone du cratère Château-Fort - ainsi dénommé en raison de son allure de forteresse médiévale crénelée. Puis, change de secteur en remontant vers l'est le balisage de secours qui ceinture le cône terminal du volcan entre le Piton de Partage au Nord et le Piton de Bert au sud-ouest, à la cote moyenne de 1950 mètres. C'est sur ce parcours qu'est menée prioritairement la recherche des randonneurs égarés sur les pentes basses du volcan.
Surprise: David Chane est retrouvé non pas au sud du sommet comme il l'avait indiqué mais à deux kilomètres et demi de là, sur le flanc est, au cratère Marco ! Remontant de l'éruption (1800 m) vers le balisage providentiel (1950 m environ), il l'a emprunté vers le nord et non vers l'ouest comme il le croyait. Marqué par cette nuit en plein air, il se trouve néanmoins en bonne santé malgré des coupures aux mains dues aux chutes dans les gratons. Quelques minutes plus tard, pris en charge par les gendarmes, il est en sécurité au Pas de Bellecombe.
François Martel-Asselin


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Tout se termine bien, mais...

La mésaventure se termine donc heureusement pour notre confrère photographe et son collègue rédacteur, mais doit servir de rappel à la sécurité. Les parcours hors-piste, au volcan en particulier, présentent des risques non négligeables. L'absence de balisage doublée du risque météo (brouillard, nuages, pluie, froid, surtout durant la période hivernale où la glace se forme la nuit) doit inciter à faire preuve de la plus grande vigilance. Ainsi, entreprendre tardivement (7 heures du matin) une marche de huit heures minimum - sans compter le temps passé sur l'éruption -, sans expérience du terrain et de la topographie de l'enclos du Piton de la Fournaise et sans carte, n'était en l'espèce sans doute pas très raisonnable. En août 1972, trois randonneurs rentrant d'une éruption lointaine, dans les Grandes pentes, ont ainsi trouvé la mort, victimes du brouillard, de la pluie et du froid, et finalement d'épuisement.

Lundi 26 Juin 2000