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LE VOLCAN PREND PAR SURPRISE LES VOLCANOLOGUES

Eruption à huis clos

Vendredi, devant la baisse de l'activité, il est envisagé de lever l'alerte 1. En fin d'après-midi, déjouant tous les pronostics, l'éruption débute sur le flanc sud-est. Une partie de la journée d'hier le spectacle s'est joué à huis clos sur fond de fontaines de laves spectaculaires en raison d'une part du mauvais temps et d'autre part de la difficulté d'accès. 

Passé Sainte-Suzanne, le ciel s'enflamme en direction de l'est. Aucun doute, le Piton de la Fournaise est bien entré en éruption. Les coulées teintent de rouge orangé les nuages. Les conditions météorologiques semblent favorables. Le diagnostic s'effondre une fois atteint le parking du Pas de Bellecombe.
Le site est plongé dans une ouate certes légère, la lune réussit par moment une timide percée, mais suffisamment tenace et humide pour que les curieux se réfugient dans les voitures.
Le mauvais temps n'a pas en effet découragé ceux qui espèrent observer l'éruption d'un point quelconque du rempart dominant l'enclos, celui-ci étant toujours interdit. A 3h du matin, les voitures ne cessent de déboucher sur le parking.
Impossible, même dûment doté d'une autorisation, de se mettre en route vers l'éruption. Dommage, les cameramen et les photographes spécialistes du volcan (voir encadré) vous le diront, les meilleurs clichés et les meilleures prises de vues se font tôt le matin au lever du jour ou en fin d'après-midi au coucher du soleil.
Coup de chance, Alain Gérente, qui depuis des années se porte au chevet du volcan dès que celui-ci pique une crise, (voir encadré) a prévu d'installer un camp de base au pied de l'éruption avec l'aide d'un hélicoptère.
En une dizaine de minutes, le trajet, qui demanderait au minimum quatre heures de marche à pied, est couvert. Avant de se poser, l'Ecureuil effectue un survol de l'éruption non sans risques. Le nez et le rotor arrière de l'hélicoptère sont bombardés de minuscules particules de roches en suspension dans l'air.
Moment exceptionnel. Les fontaines de lave s'élèvent à une bonne centaine de mètres au-dessus des bouches bouillonnantes. Les coulées s'épanchent lourdement en direction des Grandes Pentes. De temps à autre, des nuages viennent tendre un rideau blanc derrière l'éruption, ravivant les couleurs dans une symphonie jaune et orange.
Au sol, le spectacle est encore plus impressionnant. Un mur de chaleur nous fait barrage, mais à quelques centaines de mètres se dresse une toile de feu sans cesse renouvelée. Le ronflement assourdissant évoque le travail d'un Vulcain géant.
On ne se lasse pas d'admirer ces chaudrons en fusion alimentant des fleuves de lave. Dans le ciel, les hélicoptères sont à la fête rejoints par l'Alouette III de la gendarmerie venue effectuer une reconnaissance. A 8h, les coulées ont déjà dévalé les trois quarts des Grandes Pentes.
Il faut pourtant bien s'arracher. Les nuages commencent à escalader les pentes et pas d'Ecureuil pour nous ramener au bercail.
Le chemin du retour nous fera slalomer entre d'anciens cratères aux noms évocateurs: Château Fort, les Quatre Gueules et bien d'autres. Les pluies de fines particules nous poursuivront longtemps. Alors que nous peinons dans les coulées de gratons, nous traversons la faille prolongeant en direction du cratère les sept bouches d'où jaillissent les fontaines. Un peu plus loin nous traversons la faille qui n'a eu qu'une existence éphémère. Un dernier regard et le rideau de feu s'escamote derrière nous.
Alain Dupuis

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La Fournaise
a son fan club

Dès que l'observatoire signale les premiers séismes, ils dressent l'oreille. Depuis des années, ces amoureux des volcans ne rateraient à aucun prix une éruption du Piton de la Fournaise.
Mercredi soir, alors que les scientifiques de l'observatoire en était encore à se demander si l'éruption allait avoir lieu ou non, François Cartault, président du Centre de documentation et de diffusion sur le volcanisme, avait déjà pris ses quartiers avec tout son matériel de prise de vue au sommet du Piton de Partage. "Tout est toujours prêt dans le coffre de la voiture, confie-t-il. Je ne réfléchis pas je fonce avec mon équipe".
Serge Gélabert a coiffé sur le fil tous ceux qui rêvent à longueur d'année de mettre en boîte le Piton de la Fournaise. "Je suis parti à 23h à pied, quelques heures après le déclenchement de l'éruption, raconte-t-il. Nous sommes passés par le sommet avec mon équipe de porteurs. Arrivés à 4h du matin, il nous a fallu attendre pratiquement le lever du jour pour réaliser les premières images en raison des mauvaises conditions atmosphériques".
Alain Gérente traîne lui aussi depuis des années ses chaussures de marche aux quatre coins de l'enclos. Hier matin, au lever du jour, il a pris ses quartiers avec armes et bagages apportés par hélicoptère au pied de la coulée. "J'ai planté la tente et je resterai sans doute jusqu'à lundi avec mon équipe. Je vais bien sûr tourner, mais mon objectif principal est de "faire du son". Des images d'éruption j'en ai beaucoup et j'en ai encore fait ce matin d'hélicoptère."GROS PLAN

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Deux scientifiques au chevet 
de la coulée

Aux premières heures de la matinée d'hier, dès que les conditions météorologiques l'ont permis, Philippe Kowalski, directeur technique de l'observatoire, et Nicolas Villeneuve, étudiant en thèse, ont effectué les premières mesures sur l'éruption.
Les deux scientifiques enfilent pour l'un la lourde combinaison ignifugée, pour l'autre une tenue plus légère avant de se rapprocher de la coulée. Une longue perche, un seau, de l'eau et un thermocouple, cela ressemble à un inventaire à la Prévert, mais cet attirail va leur permettre de dresser la "fiche d'identité" de l'éruption. Mais celle-ci semble en avoir décidé autrement. Alors que Philippe Kowalski et Nicolas Villeneuve sont absorbés par leur tâche consistant à dégager un bloc encore rougeoyant, une coulée se détache sur la droite. Repli stratégique. Prudent, Philippe Kowalski confie un sifflet destiné à alerter les deux hommes en cas de nouveau caprice de l'éruption.
Nouvel essai. "Nous allons tenter de trouver du rouge," annonce Nicolas Villeneuve. Mission accomplie, premiers résultats à chaud et déception : "Les échantillons sont trempés dans l'eau pour préserver leur composition organoleptique, confie Philippe Kowalski. Nous essayons de voir si la roche contient des cristaux ce qui serait le signe de l'éruption d'un magma profond avec des océanites. Ce n'est pas le cas."
La température du "patient" révélée par le thermocouple s'élève à 1 157°C, un peu moins que lors de l'éruption du Hudson en mars 1998 où 1 170°C avait été enregistrée.

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La sismicité continue

Le spectre d'une éruption hors enclos

L'éruption qui a débuté vendredi à 18 heures a sans doute perdu hier soir de son intensité selon l'observatoire. Les coulées sont tout de même arrivées à environ deux kilomètres de la route nationale 2. Mais les autorités se montrent surtout préoccupées par la persistance d'une sismicité importante localisée dans la zone du Nez coupé du Tremblet, peut-être liée à des mouvements de magma vers la périphérie de l'enclos du volcan.

Le Sud sauvage s'apprête-t-il a revivre les heures chaudes de mars 1986, lorsque la lave a jailli à 1000 mètres d'altitude dans les hauts de Saint-Philippe, jetant à la rue les habitants du village du Tremblet? Il était hier soir trop tôt pour le dire, mais le sous-préfet Serge Morvan ne dissimulait pas la préoccupation des autorités en raison de l'augmentation de la sismicité enregistrée par le réseau de surveillance de l'observatoire volcanologique.
L'éruption de vendredi a fait suite à un retour au calme après, dans l'ordre, l'apparition d'une sismicité profonde sous l'ouest de l'enclos, correspondant peut-être à une réalimentation du volcan, ayant laissé place au début de cette semaine à une sismicité superficielle. L'une ayant sans doute entraîné l'autre. Le faux calme enregistré depuis la mini-crise de jeudi matin qui avait laissé croire à une éruption imminente n'aura duré que vingt-quatre heures.

UN ÉQUILIBRE REMIS EN CAUSE

Mais contrairement à ce qui se passe habituellement lorsqu'une éruption a démarré, la sismicité continue sous le volcan. Et elle s'est précisée au fil des heures. Hier, en fin de soirée, Valérie Ferrazzini, sismologue à l'observatoire, rapportait ainsi le déroulement de la journée : "Nous avons décidé de prévenir la préfecture ce matin (ndlr: samedi matin) en raison de la persistance des séismes, à la fois sous le sommet mais aussi en raison de leur concentration marquée dans la zone du Nez coupé du Tremblet, liés à de la micro-fissuration. Vers 17h, l'un d'entre eux, d'une durée de 25 secondes, a été enregistré à une magnitude de 1,9. De surcroît, ce soir (ndlr: samedi soir), le trémor lié à l'éruption baisse sur toutes les stations de notre réseau, excepté sous la station de Nez coupé du Tremblet".
Voilà pour les symptômes. Quant aux explications données par la sismologue, elles évoquent la migration du magma vers la périphérie de l'enclos, à l'écart de la zone d'activité actuelle et donc du site de l'éruption, ce qui expliquerait les séismes enregistrés dans la zone du Nez coupé du Tremblet. Le magma, au lieu de monter vers la zone sommitale, dévie latéralement au cours de son ascension au gré des zones déjà fracturées qu'il rencontre sur sa route. Ainsi s'expliquent les éruptions de 1977 (Piton Sainte-Rose) et 1986 (Saint-Philippe).
La réalimentation des réservoirs plus profonds du volcan qui s'est vraisemblablement opérée au cours des semaines passées n'est peut-être pas étrangère au phénomène observé ces jours-ci, qui a remis en cause l'équilibre du système.
François Martel-Asselin

Dimanche 25 Juin 2000