Après trois jours de suspense, le Piton de la Fournaise
est entré en éruption hier soir
Et enfin, la lave a jailli !

A peine plus d'une heure après avoir décidé de lever
l'interdiction d'accès à l'enclos en vigueur depuis la mini-crise
de jeudi matin, la préfecture a dû envoyer le contre-ordre
: la nouvelle crise sismique qui a débuté au Piton de la
Fournaise hier à 16h50 était la bonne et la lave est sortie
à 18h, sur le flanc sud-est du cratère Dolomieu.
Les gendarmes ne se seront pas déplacés avec hommes et matériel
pour rien. Alors qu'ils avaient déjà commencé à
se replier avec leur matériel 24 heures à peine après
leur installation au Pas de Bellecombe, l'ordre est venu : on arrête
tout, le volcan fait à nouveau des siennes !
Il est à peine 17h lorsque Thomas Staudacher, directeur de l'observatoire
volcanologique, lance le message à la préfecture.
"A 16h50, brutalement, nous avons enregistré de très
gros séismes, avec plusieurs événements de magnitude
supérieure à 2.0, d'une durée de trente secondes.
La crise a duré jusqu'à 18h, lorsque est apparu le trémor
indiquant le début de l'éruption elle-même."
RECONNAISSANCE SUR LE TERRAIN IMPOSSIBLE
Tout au long de la crise, le réseau d'inclinométrie a
été fortement sollicité, le massif du volcan se gonflant
sous la montée du magma dont les scientifiques ont pu suivre le
cheminement par le jeu des gonflements et des affaissements successifs
des secteurs de l'enclos où ils s'attendaient à la sortie
de la lave.
En l'absence de toute possibilité de reconnaissance sur le terrain,
c'est ce qui leur a permis hier soir de situer l'éruption sur le
flanc sud-est du cratère Dolomieu, dans une zone comprise entre
le cratère Château-Fort et le Signal de l'enclos. Le cratère
Dolomieu semble pour sa part n'être le siège d'aucune activité,
contrairement aux deux éruptions de 1999 (lire par ailleurs). Après
une belle matinée, au cours de laquelle plusieurs membres de l'observatoire
ont pu se rendre sur le volcan pour différentes opérations
de mesure et d'entretien, il régnait hier soir un temps exécrable
sur le massif de la Fournaise, où la pluie était apparue
dès l'après-midi.
Les scientifiques comptent sur une amélioration de la météo
ce matin pour se rendre sur le site.
François Martel-Asselin

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L'éruption invisible du Pas de Bellecombe
La lave s'écoule de fissures localisées sur le flanc sud-est
du cratère Dolomieu, selon une première estimation. C'est-à-dire
de l'autre côté du sommet tels que les visiteurs le voient
du Pas de Bellecombe. Même en cas de réouverture de l'enclos,
l'accès au site sera délicat, sinon impossible. L'éruption
s'est en effet déclenchée dans un secteur difficile d'accès,
hors de tout sentier balisé et peut-être assez en contrebas
du sommet. Un des points de vue possible se situe sur le sentier du tour
des cratères (4h30 de marche environ, hors arrêts). En attendant
la réouverture de l'enclos, on peut se rendre au Piton de Bert en
laissant sa voiture au parking situé sur la route forestière
du volcan, à la sortie de la Plaine des Sables (1h30 de marche aller).
Spectacle visible à partir d'une cinquantaine de minutes de marche,
normalement
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Conditions météo hivernales : attention, verglas !
Surtout si vous avez l'intention d'entreprendre une randonnée comme
celle du Piton de Bert (trois heures de marche en terrain vallonné
aller-retour), ne le faites que par beau temps et n'emmenez pas de jeunes
enfants. A 2 300 mètres d'altitude, l'absence de tout abri sur le
parcours, exposé aux vents et à la pluie qui balayent souvent
l'enclos, pourrait leur rendre cette expérience très pénible,
surtout en cette saison. Prévoyez donc des chaussures de marche
correctes, des vêtements chauds et imperméables, des lampes,
de l'eau et de la nourriture. Respectez les consignes des panneaux indicateurs
mis en place par la gendarmerie et l'Office national des forêts,
ainsi que la propreté des sites.
L'hiver est arrivé, surtout dans les hauts. Jeudi par exemple,
on observait encore vers 9h des plaques de gel dans les zones encore à
l'ombre de la montée vers le cratère Bory. De même,
soyez prudent sur la route forestière où les panneaux "Attention
verglas" feront peut-être sourire les touristes. Mais il sont là
pour rappeler que même sous les tropiques, l'hiver existe ! La nuit,
les températures ne dépassent pas quelques degrés
en ce moment
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La quatrième éruption en deux ans
Après un long sommeil, d'une durée exceptionnelle de plus
de cinq années et demie, entre 1992 et 1998, le Piton de la Fournaise
semble avoir retrouvé son rythme de croisière d'une éruption
tous les douze mois en moyenne. Il ne s'agit bien que d'une moyenne, avec
des années sans et des années riches en événements,
allant jusqu'à cinq ou six éruptions.
En trois cent cinquante ans d'occupation humaine de l'île, on
dénombre officiellement plus de deux centaines d'éruptions.
Donner un chiffre précis, comme certains s'évertuent toujours
à le faire, ne rime pas à grand-chose puisque de très
nombreuses éruptions sont passées inaperçues. Soit
en raison de leur brièveté; soit, surtout, parce que le volcan
est longtemps resté inaccessible, faute de voie d'accès (la
route n'a été achevée qu'au début des années
70). Depuis l'après-guerre, avec la multiplication des survols aériens
et grâce à l'opiniâtreté de quelques observateurs
passionnés de sciences, peu d'éruptions nous ont échappé
pense-t-on. Et depuis 1979, année de la création de l'observatoire
volcanologique du Piton de la Fournaise, chaque frémissement du
volcan est enregistré par le réseau de surveillance !
Voici donc les trois dernières éruptions qui se sont
produites depuis "l'éruption du siècle" de mars 1998 (196
jours).
- 19 juillet 1999 : dix mois après la fin de "l'éruption
du siècle" de mars à septembre 1998 (196 jours !) - survenue
après six ans de sommeil depuis sa dernière éruption
d'août 1992 - la Fournaise remet ça. Une fissure déchire
le fond du cratère Dolomieu et se prolonge sur son flanc sud-est.
L'enclos rouvre au public le 22 malgré une météo très
capricieuse et l'on peut admirer de très beaux dépôts
de soufre sur le cône qui s'est édifié au bord du sommet.
L'éruption s'achève au bout de treize jours, le 31 juillet.
- 28 septembre 1999 : sans crier gare ou presque, le volcan
entre en activité sous les yeux d'une équipe de scientifiques
de l'observatoire en pleine "manip" au sommet. La gendarmerie organise
le retour du public (comblé et pas du tout effrayé !) vers
le Pas de Bellecombe. Des fontaines de lave jaillissent du fond du Dolomieu,
épargnant le sentier du tour des cratères. Une coulée
s'échappe d'une longue fissure sur le flanc sud du cône terminal
et se dirige vers le Nez coupé du Tremblet. Fermé, l'enclos
rouvre le 1er octobre. Le 8, un nouveau point de sortie de la lave apparaît
dans le sud de l'enclos, inaccessible au public mais où les céramistes
d'Art Sud opéreront sur la lave en fusion ! L'activité près
du sommet, qui donnera naissance au cratère Dupavillon, cesse au
bout de vingt-six jours, le 23 octobre
- 14 février 2000 : trois mois et demi après la
fin de la précédente éruption, à 0h18, au terme
d'une crise sismique de moins d'une heure, deux fissures s'ouvrent sur
le flanc nord du cône terminal de la Fournaise, coupant le sentier
de la Soufrière. Deux coulées s'en échappent et se
dirigent vers le rempart nord de l'enclos sans atteindre le cassé
de la Plaine des Osmondes alors que la Réunion est placée
depuis la veille au soir en vigilance cyclonique en raison de l'approche
de la forte tempête tropicale Eline !
En raison du mauvais temps, qui empêche toute observation ou
presque, l'enclos reste totalement fermé au public une semaine entière,
jusqu'au 21 février. L'accumulation des projections que l'on admire
depuis un belvédère aménagé donnera un cône
de taille importante, qui sera baptisé "Célimène",
à côté d'un autre plus petit, dénommé
cratère Legros. Le répit est de courte durée puisque
l'apparition de nouveaux séismes déclenche l'évacuation
de l'enclos le dimanche 28. L'éruption meurt de sa belle mort le
4 mars, après vingt jours d'activité
- 23 juin 2000 : Après un suspense soigneusement entretenu pendant
plusieurs jours, une éruption débute sur le flanc sud-est
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Le "PC volcan" noyé !
A défaut de pouvoir s'installer dans la maison d'information du
volcan comme ils en ont l'habitude à chaque éruption (pour
cause de travaux : des sanitaires sont en passe d'être mis en place),
les gendarmes ont installé leur camp sous des tentes de toile plastifiée
au Pas de Bellecombe.
Dans l'après-midi d'hier, l'équipe en place (quatre gendarmes
du peloton mobile de Saint-Pierre) avait reçu l'ordre de démonter
et plier le matériel installé depuis le déclenchement
de l'alerte 1. Alors qu'ils en terminaient, vers 17h, contre-ordre ! On
remonte tout, l'éruption s'est déclenchée ! Les trois
tentes du PC ont donc été redressées aussitôt.
De bien jolies tentes, certes, mais guère étanches ! L'équipe
de nuit qui a pris la relève hier soir à 20h en a fait les
frais. Un temps exécrable régnait sur le site. Pluie, brouillard,
rafales de vent, froid, et éclairs pour compléter le tableau.
L'intérieur des tentes a été rapidement inondé
et pour éviter que le désastre ne soit totale, les trois
gendarmes de permanence (un réserviste de Saint-Denis et deux hommes
du peloton mobile de Saint-Benoît) ont dû colmater les brèches
les plus exposées avec de grandes bâches. Du bricolage qui,
combiné avec le chauffage allumé, devait leur permettre de
se ménager des espaces secs afin de pouvoir prendre quelques heures
de repos. En priant pour que le vent et la pluie ne forcissent pas Dur,
dur d'être gendarme ! En ce qui concerne les effecifs en place, ils
seront augmentés dans la journée afin de pouvoir parer à
toute éventualité. En effet, si le temps venait à
se dégager, il faudrait imédiatement mettre en place les
postes de comptage au Bourg-Murat, de surveillance et d'interdiction d'accès
routier éventuel. Quoi qu'il en soit l'enclos reste toujours et
plus que jamais interdit au public.
V.K.
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Arte sur la brèche
Le réalisateur et le cameraman d'Arte, actuellement à la
Réunion pour tourner un documentaire à la fois d'aventure
et scientifique sur l'Observatoire volcanologique du Volcan, sont évidemment
ravis d'assister à l'éruption de la Fournaise. Et pour un
peu, ils l'auraient eu en direct. En effet, les deux journalistes se trouvaient
avec Thomas Staudacher et Nicolas Villeneuve hier matin juste sur le site
où se situe l'activité du trémor. "Rétroactivement,
ça fait quand même un peu peur. Thomas et Nicolas faisaient
des relevés GPS et des relevés de radons pour comprendre
ce qui s'était passé les jours précédents.
On les a donc suivis tout autour du cratère, jusque dans le Dolomieu.
On était aussi sur le flanc Est dans la matinée pour changer
les batteries du matériel en place". "On a peut-être déjeuné
juste là où c'est sorti", remarque Thomas Staudacher, qui,
hier soir, ne pouvait pas encore définir avec exactitude l'emplacement
de la (ou les) fissure (s) de cette nouvelle éruption. "En rentrant,
on était sous la pluie et mouillés jusqu'aux os". Hervé
et Patrice comptent bien profiter de l'aubaine dans les jours à
venir, dès que le temps permettra les premières reconnaissances,
et compléter ainsi les images de leur sujet sur site avec l'équipe
de l'Observatoire.
V.K.
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Les deux semaines
qui ont conduit à l'éruption
L'éruption qui a démarré hier soir survient après
deux semaines d'agitation du volcan.
- 9 juin : pour la première fois depuis plusieurs semaines,
l'observatoire enregistre un événement sur son réseau
de surveillance sismique, un séisme unique ce jour-là, localisé
à environ six kilomètres de profondeur sous l'ouest de l'enclos.
- Jusqu'au dimanche 18 juin : l'observatoire continue d'enregistrer
le même type d'événements, au nombre de un à
trois, voire six par jour une fois. Une activité inhabituelle qui
laisse penser à une réalimentation profonde des "réservoirs"
de magma du volcan depuis le manteau terrestre, qui alimentent eux-mêmes
des "poches" plus superficielles que les scientifiques s'accordent à
situer sous le sommet du volcan, à une profondeur intermédiaire.
- Lundi 19 juin: la sismicité profonde cesse pour laisser
place à une sismicité superficielle plus classique, sous
le sommet, au-dessus du niveau de la mer. Les chercheurs de l'observatoire
estiment qu'on assiste à "un réarrangement de contraintes",
la réalimentation déclenchant des déséquilibres
dans le système de stockage plus superficiel du magma. Le réseau
enregistre 19 séismes.
- Mardi 20 juin: 29 séismes. Mise en place de la préalerte
volcanique.
- Mercredi 21 juin: 101 séismes.
- Jeudi 22 juin: déclenchement de l'alerte 1 à
4h du matin (éruption imminente) en raison de l'augmentation de
la sismicité et des magnitudes. L'enclos est fermé au public.
A 6h30, mini-crise (38 séismes entre 6 h et 6h30) puis retour au
calme progressif en début de matinée avec quelques séismes
par heure.
- Vendredi 23 juin: très peu de séismes depuis
la veille jusqu'à 16h50 lorsque démarre brutalement la crise
qui va déboucher sur l'éruption, à 18h.

Samedi 24 juin 2000