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L'observatoire a bien cru voir arriver l'ÉRUPTION hier matin

Veillée d'armes à la Fournaise

A 6h30 hier, après une nuit déjà très agitée, une succession de petits séismes sous le massif du Piton de la Fournaise a fait craindre une éruption imminente. L'enclos avait été fermé au public dès 4h. Hier après-midi, les gendarmes s'apprêtaient à passer une première nuit de veille au Pas de Bellecombe et les scientifiques de l'observatoire gardent le volcan sous observation.

Une éruption au Piton de la Fournaise débute toujours par la sonnerie stridente d'un téléphone, le plus souvent en pleine nuit. Depuis plusieurs jours et même plusieurs semaines, la bête donnait des signes de réveil.
Dans la nuit de mercredi à jeudi, les choses se précisent. A l'observatoire volcanologique de la Plaine-des-Cafres, le directeur, Thomas Staudacher, est au chevet des instruments. L'alerte 1 a déjà été déclenchée depuis 4h30 du matin. Une longue bande de papier zébrée de tracés d'encre verte tombe à même le sol. Les séismes s'y inscrivent en zigzags nerveux. Parfois, la machine semble s'affoler et les tracés se font plus amples. A chaque fois, le déclenchement de l'alarme fait sortir de son bureau Thomas Staudacher, signe que la crise est plus importante.
Jetés au bas de leur lit, les deux membres de l'équipe de tournage d'un documentaire pour La 5/Arte, venus observer le travail de l'observatoire (voir notre édition d'hier), n'espéraient pas vivre en direct une éruption.

LE FAN CLUB EN EST POUR SES FRAIS

Il est 6h29. Le stylet trace nerveusement ses Z serrés sur le papier. "Nous avons plein de petits séismes, analyse Thomas Staudacher. On va vers l'éruption. Cela devrait sortir d'ici peu, certainement au sommet".
Le directeur de l'observatoire bat le rappel de ses troupes et alerte les autorités. L'action se déplace de l'observatoire au Pas de Bellecombe. Alors que l'aube dessine des ombres chinoises sur les sommets environnants, les gendarmes de la brigade de la Plaine-des-Cafres ont déjà pris position.
A la bifurcation conduisant au gîte, un panneau signale la fermeture de l'enclos et au point de départ du sentier, deux gendarmes montent la garde au pied d'un ruban de chantier fermant la descente dans l'enclos. "Nous avons été prévenus à 3h du matin, indiquent-ils. Le dispositif est désormais bien rodé. Nous avons mis en place les panneaux d'interdiction."
Seul problème, l'Office national des forêts (ONF) a entrepris la réfection du kiosque d'information avec aménagement, à l'arrière, de toilettes et les gendarmes devront se contenter de tentes montées en début d'après-midi. Des abris bien précaires, fournis par la commune du Tampon, davantage faits pour les champs de foire.
Tempête de ciel bleu sur le volcan tout au long de la matinée. Le sommet du cratère Bory a sa physionomie habituelle, les randonneurs en moins. Dans le ciel bourdonnent les hélicoptères. En somme, une journée tout ce qu'il y a de plus normale au Piton de la Fournaise. Finalement, comme on le sait, l'éruption ne sera pas pour aujourd'hui. Ainsi en a décidé le volcan et c'est lui qui maîtrise la situation. Son fan club en sera pour ses frais, le spectacle est remis à une prochaine fois. Les nuages commencent à ceinturer le cratère principal. Le Pas de Bellecombe est noyé dans les nuages. Il est temps de rallier le parking où les gendarmes s'installent pour durer. Un fin brouillard humide noie le paysage. Un jeune couple laisse échapper sa déception. "Nous sommes en voyage de noces, confie-t-il. Hier nous sommes montés, mais le temps était trop mauvais et nous nous sommes arrêtés au cratère Commerson. Aujourd'hui, c'est la même chose mais nous sommes revenus car nous avons entendu parler de l'éruption imminente. Nous repartons mardi prochain et nous espérons pouvoir y assister avant notre départ".
Qui sait ? Le volcan cultive l'art de réserver des surprises.
Alain Dupuis


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Alerte 1 maintenue

"Ce n'est pas parce que les symptômes disparaissent qu'on lève l'alerte." Ainsi Philippe Kowalski résumait-il la situation hier soir. Pour le directeur technique de l'observatoire, le retour au calme tout relatif intervenu après le chaud avertissement de la nuit de mercredi à jeudi ne doit pas entraîner un relâchement de l'attention.
D'ailleurs, la nuit dernière encore, un scientifique a veillé au chevet de la Fournaise. C'est la troisième nuit de garde depuis le passage au stade de préalerte, mardi.
La situation d'alerte 1 qui correspond à une situation d'éruption imminente (voir dans notre édition d'hier la définition des différentes phases d'alerte) a donc été décrétée hier matin à 4h30. "Compte tenu de l'augmentation de la sismicité en termes de nombre de séismes par heure et de magnitude - c'est-à-dire d'énergie dégagée -, explique Philippe Kowalski, nous avons conseillé aux autorités de bloquer le site. Cette situation prise suffisamment tôt, avant le lever du jour, devait permettre de ne pas laisser de randonneurs s'engager dans l'enclos et d'éviter par conséquent d'exposer le public."
L'alerte 1 devrait être maintenue jusqu'à ce matin encore au moins avec un possible retour en préalerte consécutif. Se pose néanmoins la question de l'interdiction d'accès à l'enclos si le doute subsiste sur les intentions du volcan. Un éternel sujet de débat et de grincement de dents
François Martel-Asselin

Vendredi 23 Juin 2000