Bientôt la deuxième éruption de l'an 2000
?
Préalerte au Piton de la Fournaise

Après trois mois et demi de sommeil, l'accroissement soudain de
l'activité sismique au Piton de la Fournaise a justifié hier
midi un passage en "préalerte". Une prochaine éruption n'est
pas à exclure, selon l'observatoire volcanologique, même si
l'on enregistrait tard dans la soirée une certaine accalmie avant
la tempête ?
Les scientifiques s'apprêtaient hier soir à passer encore
quelques nuits agitées au chevet du volcan. La sismologue Valérie
Ferrazzini qui assurait cette première permanence nocturne avait
déjà sous les yeux une cinquantaine de séismes enregistrés
depuis la nuit précédente "Le passage en préalerte
a été justifié par l'augmentation de la sismicité
aujourd'hui", avait indiqué plus tôt dans la journée
Thomas Staudacher, directeur de l'observatoire volcanologique. "On est
passé de trois événements par heure à quatre
ou cinq en moyenne", répondait comme en écho hier soir la
sismologue.
L'attention des chercheurs a été progressivement attirée
à partir du 9 juin par des séismes profonds, de magnitude
modeste, localisés à environ six kilomètres sous la
partie ouest de l'enclos du volcan. Pas plus d'un par jour, plus rarement
deux ou trois et une seule fois six, le 11 juin.
Ces événements se sont poursuivis jusqu'à ce week-end
au lendemain duquel le réseau de surveillance du Piton de la Fournaise
a enregistré une tout autre activité: les séismes
profonds et peu nombreux ont brusquement laissé place à une
sismicité superficielle, localisée comme souvent à
environ un kilomètre sous le sommet. Au nombre de vingt-neuf lundi,
leur nombre était déjà de cinquante et un hier soir
à 23 heures. Mais surtout, leur magnitude, représentative
de l'énergie dégagée, allait croissant, avec un événement
culminant à 1,9 pour une durée dépassant une quinzaine
de secondes. Pas de quoi pourtant laisser penser encore à l'imminence
d'une crise, selon Valérie Ferrazzini qui rappelle les séismes
de magnitude 2, préludes des éruptions précédentes.
UN LIEN AVEC L'ÉRUPTION DU CRATÈRE HUDSON EN 1998 ?
En attendant la suite des événements, les scientifiques
s'interrogent néanmoins sur l'origine de la sismicité profonde
enregistrée jusqu'à dimanche : correspond-elle à un
épisode de réalimentation du "réservoir" du volcan
- en fait un système de failles, à quelques kilomètres
sous le volcan, où se stocke le magma venu du manteau terrestre
?
La localisation de ces séismes, à l'aplomb de la partie
ouest de l'enclos, leur rappelle le "cas" de l'éruption du cratère
Hudson, le 12 mars 1998 : survenue dans l'ouest de l'enclos, quatre jours
plus tard et à plusieurs kilomètres de l'éruption
du Kapor, elle avait mis en jeu pour la première fois depuis 1977,
date de la dernière réalimentation supposée du volcan,
un magma complètement différent, décrit comme "frais"
par rapport aux laves du Kapor et à toutes celles émises
depuis une vingtaine d'années, provenant du stock précédent.
Reste aussi à vérifier si la sismicité profonde
de ces dix derniers jours, vraisemblablement provoquée par des mouvements
de magma, n'aurait pas engendré des déséquilibres
dans l'édifice du volcan, responsables des "craquements" enregistrés
depuis lundi dans des réservoirs plus superficiels et de légères
déformations. Ce qui signifie dans ce cas encore une attente avant
une éventuelle éruption, le temps que suffisamment d'énergie
s'accumule pour permettre une fracturation, la progression du magma vers
la surface et l'ouverture de fissures.
François Martel-Asselin

_________________________
Les dernières éruptions
- 19 juillet 1999 : dix mois après la fin de "l'éruption
du siècle" de mars à septembre 1998 (196 jours) - elle a
duré treize jours, à l'intérieur du cratère
Dolomieu et sur son flanc sud-est, près du sommet
- 28 septembre 1999 : des fontaines de lave jaillissent du fond
du Dolomieu. Une coulée s'échappe d'une longue fissure sur
le flanc sud du cône terminal et se dirige vers le Nez coupé
du Tremblet. L'activité près du sommet cesse au bout de vingt-six
jours.
- 14 février 2000 : le jour de la Saint-Valentin, deux
fissures s'ouvrent sur le flanc nord du cône terminal de la Fournaise,
coupant le sentier de la Soufrière. Deux coulées s'en échappent
et se dirigent vers le rempart nord de l'enclos sans atteindre le cassé
de la Plaine des Osmondes. L'éruption meurt de sa belle mort après
vingt jours d'activité.
Mercredi 21 Juin 2000