Des marcheurs hier sur l'éruption
Enfer ou purgatoire

La randonnée vers l'éruption, donnée pour dix à
douze heures de marche, les vaut bien. Surtout si l'on ne connaît
pas l'enclos du volcan et en l'absence de réel balisage, qui n'a
pu être mené à bien jusqu'à la semaine dernière
en raison du mauvais temps.
Les quelques marcheurs qui ont tenté l'expérience hier sont
montés par le sommet des cratères (ascension du Bory ou du
Dolomieu) avant de descendre vers l'éruption. Après avoir
mis pas loin de deux heures et demie pour parvenir à 2500 mètres
d'altitude (le bord sud-est du cratère Dolomieu), ils ont dû
plonger de 700 mètres pour atteindre le site de l'activité,
à 1800 m d'altitude, au prix de deux heures de plus de progression
laborieuse sur une pente à pic. Soit quatre heures et demie au total
pour ceux que nous avons rencontrés à leur arrivée
sur le piton Pârvédi, vers 9h30 (lire par ailleurs).
Ceux-là, s'ils n'étaient pas providentiellement rentrés
en hélicoptère, avaient envisagé de regagner le Pas
de Bellecombe en empruntant le même trajet à l'envers en revenant
donc par le sommet ! Ne connaissant pas les itinéraires possibles,
ils avaient envisagé cette éprouvante remontée, la
considérant plus sûre : au moins, en montant, ils étaient
sûr de retomber sur le balisage du tour des cratères et ne
risquaient pas de s'égarer en contournant le cône terminal
du volcan.
Mais sachant que la descente leur avait pris plus de deux heures, en
combien de temps auraient-ils retrouvé le sommet ? Une montée
sans aucun doute épuisante, dans les scories qui roulent sous les
pas
Un autre petit groupe descendu également du sommet, arrivé
plus tard, vers 11 heures, au Piton Pârvédi, avait manifesté
son intention de rentrer par le flanc Est du volcan, en suivant le balisage
dit "de secours" entretenu par l'ONF. Outre une coupure de quelques dizaines
de mètres due à la coulée de l'éruption de
juillet 1999 au niveau du cratère connu comme le Signal de l'enclos,
il évoque un paysage de montagnes russes, avec de nombreuses ascensions
et descentes usantes, dans un terrain souvent chaotique, même s'il
a le mérite d'être jalonné de points blancs.
L'OBSERVATOIRE DU CRATÈRE MAILLARD
Toutefois, les coulées du Piton Kapor l'interrompent et il faut
alors chevaucher à l'estime une vaste étendue où les
trompeuses dalles de lave cordées à l'aspect si facile s'effondrent
sous les pas. Assez déconcertant pour le néophyte qui n'est
pas au bout de ses peines. Tombant de Charybde en Scylla, version minérale,
il s'attaque ensuite aux coulées de l'éruption de février
2000, émises par le Piton Célimène. Un chaos de blocs
de scories instables. Quelques centaines de mètres seulement Enfer
ou purgatoire, c'est selon : le salut se trouve seulement de l'autre côté
avec les laves anciennes de la Fournaise et l'on peut alors rejoindre (enfin)
le Pas de Bellecombe.
Le chemin le plus confortable (si l'on ose dire) et le plus rapide
vers l'éruption ou pour en rentrer emprunte en fait un itinéraire
qui contourne le cône terminal du volcan par son flanc Ouest. En
l'absence de balisage réel, et si l'on n'est pas accompagné
d'un randonneur familier du hors-piste au volcan, il n'est guère
indiqué de tenter de s'y lancer, car les traces sont souvent très
ténues et trompeuses. Ce parcours est en outre coupé à
plusieurs reprises par des coulées des éruptions récentes.
En attendant un éventuel balisage, il est donc plus sage pour
la plupart des visiteurs de la Fournaise de monter vers le sommet du volcan
et éventuellement de descendre vers le cratère Maillard tout
proche, à condition de posséder une forme physique suffisante
car la remontée est rude et une bonne paire de jumelles car l'éruption
est tout de même lointaine. C'est ce qu'ont fait hier de nombreux
marcheurs.
F.M.-A.

Lundi 17 Juillet 2000