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Piton de la Fournaise : enclos toujours fermé au public, l'éruption se poursuit mais plus aucune activité visible

Comme un feu d'artifice

Le volcan nous aurait-il gratifiés d'un simple feu de apille ? Sauf surprise toujours possible - il nous a habitués à des regains d'activité inattendus - le rendormissement de la Fournaise aura été aussi prompt que son réveil !

ILes marcheurs les plus courageux qui se sont rendus à pied au Piton de Bert (dit aussi "de Bois-Vert") dans la nuit de mardi à mercredi ont été récompensés de leur effort: malgré le froid puis le brouillard, ils ont pu admirer la longue fissure qui déchirait le flanc sud du cratère Dolomieu depuis son sommet. Projections, torrents de feu plongeant vers le fond de l'enclos se sont offerts à eux et à eux seulement : dès 1 heure du matin, le spectacle avait baissé d'intensité, les fontaines de lave et les coulées s'éteignant peu à peu, au terme d'une douzaine d'activités tout au plus
Hier matin, selon le témoignage d'un pilote d'hélicoptère, ne subsistaient d'ailleurs plus que quelques points rouges sur la fissure du flanc sud; les coulées semblaient figées dans leur partie supérieure et les écoulements encore constatés en amont correspondaient en fait à la vidange des tunnels de lave. Seuls signes témoignant de l'éruption : le panache de vapeur et de gaz s'élevant des champs de coulée, à l'intérieur comme à l'extérieur du cratère Dolomieu. Et puis le vacarme du dégazage, très audible hier après-midi encore.

COMME EN JUILLET DERNIER

Pour les scientifiques, l'éruption qui a débuté mardi à 11h56 correspond en fait à un schéma assez classique d'éruption sommitale. En une heure et demie, durée de la crise, 190 séismes ont été enregistrés dont deux de magnitude 1,8 (10h42) et 2,2 (10h53), localisés au niveau de la mer. Hier, mettant à profit une météo toujours favorable comme la veille, l'observatoire a pu faire déposer une équipe vers 2000 mètres d'altitude en dessous du Château-Fort, un des cônes les plus imposants de l'enclos ainsi dénommé en raison de l'aspect dentelé des bord de son cratère (signalé sur la carte IGN au 1/25000). Quelques prélèvements ont encore pu être effectués, mais sur des coulées déjà solidifiées ou presque. Le front de coulée a été localisé entre les cratères Château-Fort et Gros-Bénard, aux environs du cratère Gérémine, immobile : la lave a donc parcouru tout au plus trois kilomètres. Les scientifiques ont dû effectuer plusieurs heures de marche pénible pour regagner le Pas de Bellecombe.
Hier soir, l'observatoire enregistrait toujours un trémor réduit (divisé par quatre par rapport à la veille) indiquant une circulation de magma. L'éruption n'est donc pas terminée et une permanence sera maintenue tant que les sismographes s'agiteront
C'est ainsi que l'éruption du 19 juillet dernier a joué les prolongations - peu visible elle aussi - jusqu'au 31 du même mois.
Mais seuls les témoins présents le soir et le lendemain matin de l'éruption avaient pu observer un réel spectacle, les fissures s'éteignant en moins de vingt-quatre heures. Les scientifiques avaient trouvé des coulées faiblement actives très loin en contrebas du sommet dans les jours suivants. L'agonie s'était prolongée plus d'une semaine....


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SUR LE SENTIER DU PITON DE BERT

Nuit magique

Il fallait braver le vent et le froid pour pouvoir admirer les projections et la coulée de la faille située sur le flanc sud du cratère Dolomieu, mardi soir. Les amoureux du volcan ne se sont pas découragés, et même s'ils n'étaient pas très nombreux à parcourir les quatorze kilomètres aller-retour sur le sentier du Piton de Bert, le spectacle était au rendez-vous avant minuit.
Les merveilles de la nature, ça se mérite ! Les courageux marcheurs qui ont emprunté le sentier en direction de Piton de Bert (également dénommé Piton Bois Vert) mardi soir, tout au long du rempart ouest qui domine l'enclos, le savent bien. Vent glacé, brume humide et température flirtant avec les quatre degrés, les conditions d'accès au spectacle sur le flanc sud du Dolomieu, même si le sentier n'est pas trop accidenté, avaient de quoi en dissuader plus d'un ! Et tandis que chacun se pressait dans la lueur blafarde de la nuit, à travers les scories, emmitouflé et cagoulé dans un coupe-vent, lampe frontale vissée sur le crâne, seul ou en petits groupes, en couple, entre amis ou en famille, pour arriver au niveau du Piton de Bert et admirer la faille face à face, un passage en 4x4 était exceptionnellement toléré pour les médias (une facilité accordée par la préfecture et très utile pour vous ramener en temps et en heure quelques images "souvenir"). La présence de véhicules (autres que les camions de pompiers et les 4x4 de gendarmerie) ont d'ailleurs surpris les randonneurs, qui, parfois bien fatigués et glacés, n'hésitaient plus à faire du stop sur le bord de la piste (qui se confond parfois avec le sentier pédestre).
Si l'accès est beaucoup plus rapide avec un véhicule (environ une heure de trajet au lieu de trois, voire quatre heures à pied), la progression n'est pas plus aisée pour autant, loin de là. Mais après quelques minutes de chahutage dans les gratons, on commence à apercevoir les projections, encore bien visibles à cette heure-là (22h30), et la coulée, irradiant les nuages et la lune d'un rose orangé apocalyptique. La vision magique accompagne les randonneurs jusqu'au site du Piton de Bert. Et là, à leurs pieds, l'enclos traversé par la coulée et, face à eux, la fissure crachant son flot de magma sur le flanc du cratère. Mais d'heure en heure, l'activité se calme rapidement. Bientôt, seule la fissure bouillonnante reste visible, la coulée commençant déjà à refroidir, et les nuages enveloppant entièrement le site.
En tout cas une chose est sûre, si l'éruption devenait à nouveau vigoureuse de ce côté-là du Dolomieu, les randonneurs désireux d'entreprendre la marche de nuit devront être plus que prudents. En effet, si l'à-pic du rempart a été délimité avec des rubans de chantier par le PC sécurité, en pleine nuit, avec le brouillard qui envahit régulièrement le site, il est très facile de s'approcher trop près du gouffre et de mettre le pied dans le vide. Alors la prudence, multipliée par dix, s'impose pour tous ceux qui envisagent la balade.
V.K.


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GROS PLAN

L'enclos toujours fermé au public

Contrairement à ce qu'on pouvait penser, la préfecture a décidé hier soir de maintenir l'interdiction de l'accès du public à l'enclos. Pourtant, hier après-midi, les services de l'Office national des forêts et une équipe du Peloton de haute montagne de la gendarmerie avaient balisé le site de l'éruption. Plusieurs centaines de mètres de ruban de signalisation délimitant les zones dans lesquelles il ne faudrait pas s'aventurer ont été posées dans l'optique d'une prochaine réouverture; des pancartes de conseils au visiteurs devaient même être installées dès aujourd'hui. Tout était prêt tant pis. Certes, la crise éruptive a provoqué des fissures qui entaillent et déstabilisent les parois du cratère Dolomieu, dont les abords ont eux aussi été délimités hier par du ruban de chantier pour maintenir les spectateurs à distance : les risques d'éboulement ne sont pas négligeables. Mais la chute mortelle d'un touriste métropolitain la semaine dernière, à quelques dizaines de mètres de là seulement, en dehors d'une période éruptive, montre bien qu'on peut trouver la mort n'importe quand au volcan ou sur de nombreux sentiers de randonnée D'ici quelques semaines - à risque identique et une fois les rubans de chantier envolés - chacun pourra d'ailleurs sans doute se promener n'importe où sur les bords du cratère Dolomieu.
Comprenne qui pourra.



Jeudi 30 Septembre 1999