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Selon les scientifiques

Une éruption typique et non pas "surprise"

L'éruption du lundi 19 juillet joue discrètement les prolongations, à l'abri des regards, quelque part sur le flanc sud-est du Piton de la Fournaise. Et mérite bien qu'on torde le cou à quelques idées reçues à son égard.

"Eruption surprise" est sans doute l'expression revenue le plus souvent dans la bouche des commentateurs à l'annonce du réveil du volcan, il y a une dizaine de jours. Surprise pour les Réunionnais, peut-être: après 196 jours d'une activité débordante en 1998, venue mettre un terme à cinq années et demie de sommeil, il ne pensaient sans doute pas entendre parler de sitôt de leur volcan. Quoi qu'il en soit, tout juste dix mois de sommeil, c'est un délai parfaitement "raisonnable" pour lui puisque l'intervalle entre deux éruptions est en moyenne, selon les époques, de douze à seize mois. Et celui-ci a même pu se réduire à quelques mois voire quelques semaines à peine les années fastes, avec jusqu'à cinq éruptions par an au cours de la décennie passée !
Fausse "surprise" encore, relève cette fois l'observatoire, à propos des signes précurseurs de l'éruption. Si tout le monde semble s'être fait "piéger" - bien malin qui le 19 juillet au matin aurait pu deviner l'imminence d'une crise - l'analyse de la trentaine d'éruptions qui ont jalonné l'histoire du Piton de la Fournaise de ces vingt dernières années se révèle édifiante en la matière.
Les scientifiques, archives et carte en main, sont parvenus à établir une distinction entre les éruptions à plus de 2 200 mètres d'altitude (en gros, entre le plancher de l'enclos et le sommet, 2 631 m, dans la partie qu'on désigne comme le cône terminal) et celles qui se produisent à une altitude inférieure. La durée de la crise qui précède les premières est dans la quasi-totalité des cas égale ou inférieure à une heure. On garde d'ailleurs en mémoire ces récits de promeneurs stupéfaits de voir la lave jaillir à leurs pieds et prenant leurs jambes à leur cou. Les secondes sont d'une durée rarement inférieure à deux heures et se prolongent le plus souvent au moins cinq heures.
Cette distribution ne doit rien au hasard, mais procède d'un phénomène lié à la structure du Piton de la Fournaise et à son fonctionnement qui met en jeu des zones de stockages du magma différentes selon les cas, plus ou moins profondes par exemple. Ce qui explique que la lave puisse sortir parfois dans la région du sommet, parfois bien en contrebas. Le magma parviendra à l'air libre beaucoup plus facilement dans la zone sommitale, fragilisée par les éruptions successives, que dans la partie inférieure, moins sujette à déstabilisation.
La sismicité constitue précisément un témoin de cette difficulté ou non du magma à se frayer un chemin vers la surface.
La brièveté de la crise qui a débuté le 19 juillet quelques dizaines de minutes seulement avant l'éruption dans le cratère Dolomieu est typique, soulignent les scientifiques, de ces éruptions sommitales dont ils connaissent une douzaine d'exemples depuis l'entrée en service de l'observatoire.
Ce qui explique qu'il n'y ait pas eu de pré-alerte déclenchée près de vingt-quatre heures à l'avance comme cela avait été le cas le dimanche 8 mars 1998. Le lendemain, 9 mars, à 15h05, la lave jaillissait vers 2 150 mètres d'altitude. Un excellent exemple, donc !
François Martel-Asselin

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* L'éruption du 19 juillet se poursuit sur le flanc sud-est du volcan, dans une zone très difficile d'accès, vers 1 800 mètres d'altitude, le front de coulée, figé, ayant atteint vraisemblablement 1 650 mètres d'altitude. Le niveau de l'activité est toujours très bas. Des petits débordements sur la coulée principale sud sont toujours observés.

Vendredi 30 Juillet 1999