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Piton de la Fournaise : l'activité reprend moins de deux mois après la fin de l'éruption du 19 juillet

Encore une (belle) surprise...

A quoi joue le volcan ? Après l'éruption "surprise" du 19 juillet dernier, d'une durée de treize jours, il nous a remis ça hier moins de deux mois plus tard, sans crier gare. Et comme une véritable provocation, il est entré en éruption alors qu'une équipe de scientifiques de l'observatoire était en train de travailler au sommet du volcan hier midi !

Il va falloir s'y faire: la Fournaise a décidé de jouer les trouble-fête. Il y avait bien eu ces quelques séismes plutôt anodins la semaine dernière, mais pas de quoi alerter outre-mesure l'équipe chargée de sa surveillance. Et puis quelques événements ont émaillé la nuit de lundi à mardi. Pas de quoi déclencher la préalerte, cette phase au cours de laquelle une vigilance maximale est de mise.
Et une fois encore, le volcan surprend tout son monde. A 10h37 hier débute la crise annonciatrice de la montée du magma. Les scientifiques en poste à l'observatoire préviennent leurs collègues partis depuis le matin sur le massif du volcan pour mener à bien des travaux sur le réseau de surveillance. Ils seront témoins, à 11h56, de l'ouverture d'une première fissure à l'intérieur du cratère Dolomieu, le plus grand des deux cratères du sommet. Orientée nord-sud, elle mesure 400 mètres de long et des fontaines de lave de plusieurs dizaines de mètres - cinquante tout au plus - en jaillissent. Elles ne dureront pas plus de quelques heures. Les étudiants italiens en stage à l'observatoire n'en croient pas leurs yeux : pour certains c'est leur baptême du feu. Thomas Staudacher, le directeur de l'observatoire, rencontré hier après-midi avec son équipe alors qu'il descendent à pied du cratère Bory, a assisté en direct aux premiers instants de l'éruption : "Nous nous sommes retrouvés pris dans le panache de gaz et nous avons dû nous mettre à l'abri".
Une vingtaine de minutes plus tard, à 12h15, indiquent les enregistrements de l'observatoire, une seconde fissure s'ouvre sur le flanc sud du Dolomieu, à une centaine de mètres en dessous du sentier - préservé - et de la lèvre du cratère. En fait il s'agit de quatre fissures en échelon, dont la longueur totale atteint 300 mètres. Très vite, leur partie supérieure s'épuise tandis que l'activité se maintient plus bas avec un débit soutenu qui ne se démentait pas hier à la tombée de la nuit.
Large de plusieurs dizaines de mètres dès sa naissance, la coulée s'étalait largement en adoptant une trajectoire naturelle dans le sens de la pente, lui faisant prendre une direction sud-est. Elle avait déjà englouti hier soir la base de plusieurs cônes adventifs en se dirigeant vers le cratère Château-Fort et le Gros Bénard. La Mare de lave, curieuse oasis dans le chaos des laves de l'enclos - une vaste étendue plane qui s'est formée lors d'une éruption de 1972, portée sur la carte IGN - pourrait même à terme être envahie par la coulée actuelle si l'activité se maintient....

REPÈRES

Le temps en direct au 08.36.68.02.02 (2,02 F la minute).
L'activité volcanique: le répondeur de l'observatoire au 27.54.61

* ENCLOS INTERDIT

Sur décision de la préfecture, l'accès du public à l'enclos est (pour l'instant) interdit. Du Pas de Bellecombe, seul le panache de vapeur et de gaz de l'éruption est visible.

* À CHAUD

Aussitôt la nouvelle de l'éruption, les scientifiques de l'observatoire ont demandé aux gendarmes de faire un détour par l'observatoire pour leur amener avec l'hélicoptère les combinaisons ignifugées et le matériel nécessaire aux prélèvements de lave. Mission accomplie. Un examen rapide des premiers échantillons a montré une composition de la lave semblable à l'habitude.

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GROS PLAN

3h30 de marche aller-retour
pour le Piton de Bert

Un peu moins de quinze kilomètres aller-retour sur la piste qui contourne l'enclos par l'ouest: c'est à ce prix qu'on pourra aller voir l'éruption, autrement invisible depuis le Pas de Bellecombe. Après avoir garé sa voiture sur le parking bien signalé quelques kilomètres avant d'arriver au balcon de la Fournaise, on emprunte donc (à pied !) une piste de service 4x4 relativement correcte et bien balisée, avec quelques passages en pente: il s'agit du sentier qui permet de gagner le Tremblet, ou Basse-Vallée. Compter 3h30 environ pour le Piton de Bert aller-retour.
Si vous prévoyez de vous y rendre le soir, n'oubliez pas de vous équiper correctement (habits chauds, nourriture, boisson, lampes) : le vent et la nuit sont synonymes de froid, sans oublier le risque de pluie. Cette marche risque d'être fastidieuse pour de jeunes enfants (compter dans ce cas 4 heures).
A noter: certaines carte désignent curieusement le Piton de Bert sous le nom de Piton de Bois Vert, alors que Bory de Saint-Vincent a donné ce nom au piton en question qui domine le site d'après celui de l'officier d'artillerie Alexis Bert
Prudence au Piton de Bert: le site offre un vaste espace mais la falaise qui domine l'enclos est abrupte et le sol est inégal avec des fissures parfois.

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Témoignages

Qui a vu le premier l'éruption ?

Il y en avait hier du monde sur le Piton de la Fournaise ! Au point que les gendarmes du Peloton de gendarmerie de haute montagne de la Réunion (PGHM), alertés vers 12h, n'ont eu que le temps de foncer dans l'hélicoptère vers le sommet pour rassembler des brebis pas si égarées que cela. Le spectacle a d'ailleurs tellement plu que les derniers visiteurs à regagner le Pas de Bellecombe ne l'ont fait que vers 16 heures !
Qui a vraiment vu le premier l'éruption ? Pas facile de dire car tous les marcheurs interrogés hier après-midi étaient tentés de s'approprier - en toute bonne foi - l'exclusivité.
D'abord ce couple de jeunes touristes suisses installé près du sommet qui n'a rien vu, certes, mais il a eu la primeur, vers 11 heures, de la première secousse. Peur ? "Non, ça nous a fait rire". Et ils ont continué leur pique-nique !
D'autres fanfaronnent : Christophe (Saint-Paul) accompagne Denis (de métropole), lequel lance : "Avant de venir, j'avais commandé une petite éruption !".
Pas peureux, un petit groupe rapporte que d'autres marcheurs les ont prévenus qu'il se passait quelque chose : "Ils nous disaient de descendre, mais on a continué". Autant vous dire qu'ils ne le regrettent pas !
D'autres ont loupé le spectacle : "On voulait remonter au Bory mais les gendarmes nous en ont empêchés".
Samuel (Paris) et Agnès (Libourne) remontent en tête d'un groupe. Une voix lance dans un éclat de rire "C'est la première et dernière fois". Ils ont entendu s'ouvrir les fissures avant de voir la lave jaillir : "On croyait que c'était des hélicos, on se serait cru dans un aéroport et que ça décollait de tous les côtés. Nous sommes d'abord partis en courant. Ça sentait beaucoup le soufre. Mais ensuite, devant le spectacle, nous avons eu du mal à
partir"
Contrairement à l'éruption du mois d'août 1992 où quelques touristes avaient vu le sol s'ouvrir (presque) devant eux, il ne semble pas y avoir eu hier de réaction de panique ou de fuite. Fascination, sûr. Inconscience ? Peut-être. Mais le danger ne devait pas être si près....


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"Nous n'avons rien remarqué"

Frédéric et Mélinda ont passé la nuit au gîte du volcan lundi soir, et hier matin très tôt, ils ont entrepris le sentier du tour des cratères comme de nombreux autres randonneurs. "Nous avons commencé à marcher vers huit heures. Nous sommes arrivés en haut vers midi pour pique-niquer, mais le temps était couvert et pluvieux et il y avait beaucoup de vent. Nous n'avons absolument rien vu, ni rien entendu, si ce n'est l'odeur de soufre qu'il y avait. En fait, je pense que personne n'a pu remarquer quoi que ce soit". C'est en effet, plus tard, par l'intermédiaire de l'hélicoptère de gendarmerie qui sillonnait la zone et qui faisait évacuer les personnes encore dans l'enclos, que ces deux jeunes touristes originaires de la région parisienne ont compris qu'ils étaient passés à quelques centaines de mètres d'une éruption volcanique. Un peu dépités d'avoir manqué le spectacle, mais trop fatigués pour remonter illico presto sur le site du Dolomieu !

Mercredi 29 Septembre 1999