Sommaire


PROMENADE DOMINICALE

Une balade incertaine

Nombreux étaient les touristes à vouloir apercevoir le volcan hier, se contentant du point de vue du pas de Bellecombe, ou s'aventurant dans l'enclos

Petite balade dominicale : direction le volcan. Il y avait du monde, hier, au pas de Bellecombe, en famille ou entre amis, pour observer les humeurs d'un volcan décidément capricieux. De 8 à 17h les gendarmes ont compté près de 450 voitures sur le parking, avec un pic à 13h, une centaine de véhicules ayant emprunté la route en ce début d'après-midi. Des Réunionnais, mais aussi des touristes saisissant l'aubaine des caprices de la Fournaise, pour découvrir le volcan grandeur nature, des métropolitains et même des Allemands. "Nous n'étions pas spécialement venus dans l'île pour le volcan, avoue Alain, un Lyonnais en vacances à la Réunion, "mais c'est un spectacle tellement splendide que je ne peux m'arrêter de filmer", ajoute-t-il, son camescope greffé à l'il gauche. Pourtant, Alain n'est pas de ceux qui gravissent le sentier tortueux qui mène au monstre. Près d'un aventurier sur deux n'est d'ailleurs pas descendu dans l'enclos, peu enclin à s'élancer pour une traversée dont le résultat demeure incertain. Le volcan aime garder ses mystères et protège jalousement ses coulées de lave d'un épais nuage de brume. Certains ne feront que la moitié du parcours : "Les petites sont trop jeunes pour monter jusqu'en haut, alors on n'a marché qu'un ou deux kilomètres puis on est rentré", explique un père de famille, visiblement motivé pour accomplir une ascension totale. Les plus courageux ont pris le départ entre 7h et 9h hier matin, pour profiter d'un déjeuner pique-nique version soufre. "C'était génial", confient Sébastien et Ludovic, habitants les Avirons, qui sont partis avec un groupe de marcheurs, des habitués. Pourtant le brouillard a été omniprésent cette matinée, laissant place, en pointillés, à des éclaircies fort appréciées. Le soleil a pointé son nez, formant avec une douce bruine bretonne des arcs-en-ciel qui embellissaient encore le paysage lunaire de l'enclos. Mais peu nombreux ont été les privilégiés à réellement approcher les fissures éruptives de lundi dernier. Nombre de ces marcheurs n'auraient cependant pas osé s'aventurer à la conquête de la Fournaise samedi tant le ciel faisait des siennes. Et pour cause, des trombes d'eau et même des grêlons se sont déversés sur les pentes désertiques du volcan. Bien que le temps se soit un peu calmé, il est bon de respecter quelques règles évidentes qui évitent bien des désagréments : se munir de vêtements chauds et imperméables, le temps s'avérant être une girouette. Ne pas partir après 15h; l'aller-retour nécessitant trois bonnes heures de marche, vous risquez de vous faire surprendre par la tombée de la nuit. Pour les plus aventureux qui souhaitent passer la nuit dans l'enclos à la recherche d'émotions fortes lors du lever du soleil, qu'ils préviennent d'abord les gendarmes. Huit jeunes gens ont ainsi décidé d'aller voir la coulée la nuit et sont partis vers 18h hier soir. Bonne chance !
Pourtant à cette heure le ciel n'était guère encourageant . La nuit a drapé les rochers de son mystère, la lune, étrange, a fait son apparition et la brume a surgi de nulle part. Hormis nos noctambules, tous les touristes ont quitté les lieux, peut-être un peu effrayés par l'obscurité magique qui impose la prudence quand on sent que la nature reprend ses droits.
Céline Crespy
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* La météo en direct par Météo-France au 08.36.68.02.02 (2,02 F la minute).
* Le point sur l'activité par l'observatoire volcanologique au 27.54.61.
* Vous pouvez retrouver les articles et photos de l'éruption sur le site internet du Journal de l'île (www.jir.fr). En passant par le bouton "Archives" de la page d'accueil, composez "volcan" en mot-clef et vous obtiendrez le sommaire des articles parus, classés par date.


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Une première semaine d'éruption s'achève

La lave continue de couler
au Piton de la Fournaise

Resté plusieurs jours inaccessible aux reconnaissances aériennes ou à pied en raison des conditions météorologiques, le volcan s'est enfin découvert hier. Les scientifiques ont pu observer les coulées qui s'échappent de la fissure qui s'est réactivée vendredi soir.


Le Piton de la Fournaise a été le théâtre, dans la soirée de vendredi, d'un nouvel accès de fièvre. Les reconnaissances visuelles tentées le soir-même ont seulement permis de confirmer la réactivation de l'éruption qui a démarré lundi dernier. Un gendarme placé au Pas de Bellecombe a vu, à la faveur d'une brève trouée dans le brouillard "une lueur intense". Mais rien d'autres, en raison de conditions métérologiques détestables et persistantes sur le massif du volcan. Or, depuis hier midi, les scientifiques en savent désormais un peu plus sur le déroulement de cette éruption qui s'apprête à boucler sa première semaine.
Lundi dernier à 18h52 - au terme d'une crise sismique de moins de quarante minutes, et avec pour seuls signes précurseurs quelques séismes isolés les jours précédents - la lave jaillit depuis une fissure qui traverse le cratère Dolomieu, "saute" sa paroi et se prolonge sur le flanc sud-est du volcan. Selon les observations d'hier, une coulée s'est mise en place au nord du Signal de l'enclos (cratère de 1939, porté sur la carte de l'IGN au 1/25 000, vers 2000 mètres d'altitude soit à près de 500 m de dénivelé en dessous du cratère Dolomieu). Assez large et épaisse d'environ deux mètres, elle est figée mais dégageait hier encore de la vapeur d'eau après les pluies des jours précédents.
Lundi soir, l'enclos est donc aussitôt fermé au public. Les premières photos prises par le Journal de l'île mardi matin à l'aube depuis le bord du cratère Dolomieu (voir notre édition de mercredi) pendant une brève accalmie du mauvais temps montrent plusieurs bouches actives alignées sur la fissure du grand cratère et un cône adossé contre sa paroi sud-est, qui émet des paquets de projections. Aucune coulée n'est visible en contrebas sur la partie haute de la fissure du flanc sud-est. Le niveau de l'activité semble avoir déjà nettement baissé.

ENCLOS FERMÉ, OUVERT, FERMÉ, OUVERT...

Mercredi, les scientifiques de l'observatoire profitent d'une superbe journée et procèdent à des prélèvements alors que l'éruption se meurt lentement sous leurs yeux; ils assistent à un fort phénomène de dégazage. La préfecture annonce la réouverture de l'enclos pour le lendemain.
Jeudi matin, nouvelle visite du Journal de l'île au chevet du cratère Dolomieu. Un temps superbe s'installe pour la journée après un début de matinée où brouillard et épaisse couche de givre ont recouvert l'enclos (notre édition de vendredi). Plusieurs centaines de visiteurs affluent sous les yeux des équipes de l'Office national des forêts et du Peloton de gendarmerie de haute montagne (PGHM) qui balisent et sécurisent le site de l'éruption.
Las ! le mauvais temps est de retour vendredi matin quand, le soir vers 22 heures, l'observatoire annonce un redémarrage de l'activité et la préfecture une nouvelle fermeture de l'enclos. Après un échec samedi matin (notre édition de dimanche), une reconnaissance avec le concours de l'hélicoptère de l'armée de l'air aboutit finalement hier matin. Selon Thomas Staudacher, directeur de l'observatoire, cette "deuxième coulée se situe entre le cratère Gérente (1976) et le Signal de l'Enclos. Elle est active et présente des dizaines de petits débordements". "Elle s'est très probablement mise en place lors de la montée du trémor vendredi soir." Et le scientifique de poursuivre : "Les deux coulées ont probablement la même fissure comme origine, en-dessous du cratère Maillard (1966) mais qui n'a pu être observée en raison du brouillard." Néanmoins, la coulée de vendredi soir a pu faire l'objet de prélèvements.
Un phénomène de fort dégazage était à nouveau observé hier matin au niveau du petit cône à l'est du Dolomieu; de fait, comme a pu l'observer Thomas Staudacher, la coulée issue de la fissure en contrebas du cratère émettait des laves "lisses" et dégazées ("pahoehoe", dans la terminologie des volcanologues qui empruntent ce terme au vocabulaire hawaiien pour désigner ce type de laves auxquelles appartiennent les laves cordées observables dans l'enclos avant d'arriver à la Chapelle de Rosemont).
Entre-temps, l'enclos avait été à nouveau rendu au public samedi dans le courant de la matinée. Avec la pluie comme compagne de route, seuls quelques insconscients se sont risqués dans l'enclos, en dépit des avertissements. Et si une nouvelle augmentation du trémor a été enregistrée l'après-midi même par l'observatoire volcanologique, cette dernière péripétie s'est révélée encore plus brève : en une heure, l'activité était revenue à son niveau précédent, c'est-à-dire très bas, et dimanche soir aucune évolution n'avait été enregistrée par l'observatoire.
La lave coule donc, plutôt doucement, c'est une certitude depuis hier matin, mais hors de vue
François Martel-Asselin

Lundi 26 Juillet 1999