
Il faudra en prendre son parti: même si la réouverture au public de l'enclos du Piton de la Fournaise est effective aujourd'hui, le spectacle est quasiment terminé tant à l'intérieur du cratère Dolomieu que sur les flanc du cône terminal du volcan. Eh oui, trente-six heures après le début de l'éruption qui a débuté lundi soir à 18h52, l'activité déjà en baisse depuis la journée de mardi a franchement décliné hier. "Plus aucune projection n'est visible et toutes le coulées sont figées", rapportaient les scientifiques à l'issue d'une journée de travail sur le terrain. "On assiste maintenant à un fort dégazage, impressionnant par le bruit et les flammes qui s'échappent des points de sortie de la lave."
Il faudra attendre les résultats des analyses complètes des échantillons recueillis hier "à chaud" sur le terrain mais d'ores et déjà l'observatoire annonce qu'"il s'agit d'une éruption de 48 heures typique de la Fournaise, avec un magma dans lequel on ne voit pas de cristaux".
Le schéma décrit hier par le Journal de l'île à partir du rapprochement effectué par l'observatoire volcanologique avec l'éruption du mois de janvier 1990 - qui s'était produite exactement au même endroit et dans les mêmes conditions - semble donc se confirmer. Le 18 janvier de cette année-là, le Piton de la Fournaise entre en éruption après une crise sismique d'une durée inférieure à une heure. Le soir-même, l'activité cesse dans le Dolomieu et le lendemain matin, les dernières bouches s'éteignent à leur tour sur les pentes du volcan, signant la fin de l'éruption. Dix-sept d'heures seulement !
Les scientifiques ont eu de la chance: aucune des stations du réseau de surveillance de la Fournaise n'a été touchée par les coulées ou les projections de l'éruption.
Hier soir, une veille a été maintenue à l'observatoire qui enregistre encore un trémor sans doute généré par le dégazage et non par une circulation de magma en l'occurrence. L'absence d'activité sismique depuis le début de l'éruption "rend improbable une nouvelle ouverture", précise la préfecture. Et si l'éruption n'est pas tout à fait terminée, elle semble bien tout de même prendre le chemin de la sortie.
François Martel-Asselin
* La météo du volcan en direct (Météo-France) : 08.36.68.02.02 (2,02 F la minute)
* Le point sur l'activité (répondeur de l'observatoire volcanologique) : 27.54.61.
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Si les sentiers sont à nouveau ouverts au public, montrez-vous prévoyants, la météo se révélant très changeante (lire ci-contre). Bonnes chaussures, vêtements chauds et imperméables, eau, nourriture, lampe font partie de l'équipement du randonneur. N'emmenez pas de jeunes enfants.
Ne vous écartez pas du balisage, respectez les panneaux d'information et de mise en garde de l'Office national des forêts (ONF) en sachant qu'en terrain ingrat et après une éruption qui a bouleversé le site, de mauvaises surprises sont prévisibles. Ne vous aventurez pas sur les coulées en cours de refroidissement (risque d'effondrement c'est - très - chaud en dessous). Ne descendez pas dans les cratères (arrêté préfectoral de 1992). N'approchez pas de trop près le bord du cratère Dolomieu, qui présente de réels risques d'effondrements. Ne sous-estimez pas les risques d'incommodation voire de malaise dus au gaz (soufre, etc.) rabattus par les vents.
L'éruption considérée désormais comme "stabilisée", la préfecture a décidé hier soir de "suspendre l'interdiction d'accès à l'enclos et aux sentiers de randonnées" environnants à compter de ce jeudi matin. Malheureusement, cette phase d'attente de quarante-huit heures, prévue pour éviter tous risques aux visiteurs, aura coïncidé avec la durée du spectacle Dommage. Surtout qu'après le temps exécrable qui a sévi jusqu'à mercredi matin, la journée d'hier a été froide mais superbe trop tard donc.

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Le spectacle d'une "colère" de la Fournaise en plein hiver, ça se mérite... Après avoir goûté, l'année dernière, au joie d'une éruption d'été, le public qui peut dès ce jeudi descendre dans l'enclos, doit être parfaitement conscient des difficultés d'une telle randonnée à pareille saison et des très mauvaises surprises que la météo peut lui réserver sans crier gare. C'est principalement pour ces raisons d'ordre climatique que la préfecture avait interdit, depuis lundi, la marche vers le cratère Dolomieu. Bref, pas question de jouer avec le feu... Dans la nuit de mardi à mercredi, au plus près du sulfureux cratère, les envoyés du "Journal de l'Ile" ont pu vivre en direct la violence de ces changements climatiques tout en mesurant aisement la gravité des conséquences qu'ils peuvent entraîner sur un organisme fragile, non préparé ou mal protégé. Cette nuit là en effet, la pluie, les bruines, des températures négatives alliées à un vent d'une vitesse constante d'au moins 60 km/h, ont sévi jusqu'aux premières heures du jour. Puis, comme par enchantement, le vent est tombé d'un coup laissant place à un soleil absolument radieux, à la plus grande joie des randonneurs logés au gîte du Volcan (pas submergé d'appels depuis lundi, ce qui prouve bien que l'engouement suscité par cette éruption n'a aucune mesure avec la "folie" de la crise 98) lesquels étaient loin de se douter de "l'enfer" des heures précédentes... Hier matin, les courageux gendarmes qui s'étaient relayés toute la nuit pour empêcher l'accès à l'enclos continuaient à barrer le chemin aux marcheurs accourus, résignés mais parfois mécontents qu'on puisse encore leur interdire une marche relativement facile (dans l'absolu) par beau temps, d'autant que dans son édition du matin le Journal de l'île signalait déjà un "début de la fin" pour cette éruption, d'après les observations mêmes des spécialistes de l'observatoire volcanologique. Pour la trentaine de touristes (dont un groupe de Vendéens) et locaux présents mercredi matin au pied du sentier, il était clair qu'il fallait faire vite afin de "voir quelque chose"... Les ordres étant les ordres, les gendarmes ne laissaient descendre personne, tout en "s'excusant" presque au regard de l'enclos baigné par le soleil (de 8h45 et jusqu'en fin d'après-midi !). Bien évidemment autorisés à passer et profitant de ces quelques heures de beau temps, le directeur de l'observatoire Thomas Staudacher ainsi que Nicolas Villeneuve, étudiant en thèse à l'observatoire, crapahutaient à vive allure vers le Dolomieu pour prélever des échantillons de lave destinés à affiner, davantage encore, leurs analyses. Accoudés à la barrière du Pas de Bellecombe, les "privés de volcan" n'avaient d'autres occupations que de suivre des yeux, le plus longtemps possible, les deux scientifiques partis à la conquête de leur Graal. Malgré les mises en garde, bon nombre de ces marcheurs étaient en short, simple baskets et sans sac à dos. Si l'éruption s'achève, comme un bon nombre de facteurs semblait l'indiquer hier soir, l'enclos rouvre dès ce matin. Il sera alors possible de s'approcher du (feu ?) phénomène, respirer d'incommodantes odeurs de soufre (également perceptibles du gîte du Volcan hier vers midi) et de voir (au mieu) quelques rougeoiements. Chaudement vêtu, bien entendu.
Benoît Lepissier
Jeudi 22 Juillet 1999