
Pulls et vêtements chauds s'entassent dans la voiture. Et l'aventure commence. On emprunte la route de l'Est. Sainte-Suzanne est en vue, le volcan aussi. Là, deux cheminées rougeoyantes défient la nuit. Les yeux s'habituent. Puis s'emerveillent. Première "rencontre" avec les élements. Les lacets de la route nous font jouer au chat et à la souris avec la Fournaise. Au détour d'une nouvelle boucle, le volcan qui s'élève à nouveau. Majestueux. Auréolé d'une lueur rosâtre. Dans la noirceur opaque de la nuit hivernale sur la plaine des sables, des petits cailloux blancs dessinent le tracé de la route. Brassé par les sifflements des vents glacés, un grondement sourd est perceptible, quelques secondes, avant de s'évanouir dans le brouillard épais.
Bourg-Murat, Pas de Bellecombe, on quitte la route pour le chemin. Là-haut, une poignée de gendarmes de haute montagne de la plaine des Cafres fait le guet, surveille du coin de l'il un volcan plein d'entrain, rugissant, vomissant. De la côte, le grondement se dévoilait sans peine, ses deux cheminées de feu éclairaient les champs de canne mais là plus rien, à deux pas du volcan, il se cache. Présents sur le site peu avant le début de l'alerte pour une autre raison, une tentative de suicide en l'occurence (la personne en question sera finalement retrouvée au gîte), les hommes de la gendarmerie sont aux premières loges. Jamais blasés. Ils gardent l'entrée de l'enclos, le foyer interdit, entre une tasse de café refroidi, apporté par le gérant du gîte, et des pauses (trop froides aussi) sur les couchettes installées dans le camion bleu banalisé. Dans un coin du plateau, deux tentes font front. Encore des passionnés. Ambiance.
Enveloppés dans des nappes de brouillard, remués par un vent qui ne veut pas tomber et transis par un froid piquant, les spectateurs d'un soir (une centaine de personnes au total a pu franchir les barrages établis par la gendarmerie) n'en ont cure. Leurs regards sont tout entier tournés vers cette nappe flamboyante que l'on distingue à travers les nuages. Moment unique. A deux heures, les premières lueurs déchirent l'épaisse fumée. Au milieu de la nuit, c'est comme l'aurore qui apparait. La clarté rose de la lave dégoulinante de l'autre côté du cratère révèlent des formes oblondes au-dessus de l'enclos. Une vision magique et éphémère. En quelques minutes, la nuit reprend ses droits, les étoiles illuminent de tous leurs feux un ciel bleu acier. Les feux de la lave ne se réflètent plus sur la toile. La plaine de découvre et le lychen lui redonne sa couleur.
Tout s'éclaire. Les trouées de lave s'offrent aux quelques badauds penchés sur la rambarde, le nez pointé vers les étoiles. On scrute, on s'impatiente dès qu'un nuage s'attarde sur la trouée. On force nos oreilles à percevoir le long mugissement venu des profondeurs. Mais le vent ne lâche pas prise. Alors on attend. Encore un peu. Le jour découvre le site, aride et désert. Déjà les brumes matinales envahissent l'endroit. Il est temps de regagner les bas. D'autres, plus nombreux, viendront aussi s'enivrer du spectacle. Sans faire de bruit. Aux pieds du monstre. Et on se dit qu'on a quand même beaucoup de chance
Valérie Rochaix
et Vanina Le Gall
Mercredi 21 Juillet 1999