
Joyeux, Allègre l'est certainement. Samedi 17 juillet, le photographe/éditeur a dédicacé son ouvrage à la Librairie Gérard et récidivera ce samedi-ci à l'Entrepôt. Pas de jaloux. L'éruption du 19 juillet à 18h52 arrive donc à point nommé, vingt jours après la sortie de "Planète volcan" et en tout début de commercialisation. Ce hasard qui, décidément, fait bien les choses salue en l'occurrence la sortie d'un livre dont le moindre des mérites n'est pas de brosser un portrait exhaustif d'un massif volcanique, qualifié de "plus beau du monde" par Alain Gérente, cinéaste et auteur de la préface. "Cinq livres photos ont été publiés à ce jour sur le volcan dont un à propos de l'éruption de mars 1998 ("Fournaise" de Serge Gélabert, Ndlr). Je désirais faire autre chose et j'estimais trop restrictif de n'évoquer que les phénomènes éruptifs puisque ces derniers ne représentent que 10% de la vie d'un volcan. Je voulais réaliser un panorama complet de cet endroit qui me fascine absolument. Je me demande d'ailleurs si je serais resté aussi longtemps à La Réunion s'il n'y avait pas eu La Fournaise ! Ce livre - mon quatrième - constitue mon travail le plus abouti !", commentait hier Jean-Luc Allègre.
L'un des plus complets certes puisqu'y sont évoqués en textes (du journaliste free lance Bernard Grollier) mais surtout en photos (lors des quelque 150 journées et autant de bivouacs passés sur place, Jean-Luc Allègre a exposé environ 300 pellicules et extrait de cette manne les 240 photos ayant servi à illustrer "Planète volcan") l'histoire du volcan depuis les temps immémoriaux, ses accès de rage, les somptueux paysages qu'il a sculptés et les "caractères" locaux qu'il a façonnés et trempés.
LE JIR DANS "GÉO"
L'ex-conseiller agricole et ex-journaliste a hanté le site de l'éruption de mars à juin 1998 puis sillonné en tous sens le massif de septembre 1998 à mars 1999. Le terrain il n'y a que ça de vrai. "Les ordinateurs ont beau faire des prodiges, on comprend mieux La Fournaise quand on l'embrasse tout entière en marchant", écrit d'ailleurs Maurice Soutif en conclusion du dossier lisible dans le "Géo" de juin 1999. A trop étreindre le volcan réunionnais le rédacteur l'a bel et bien embrassé. Le résultat est un portrait circonstancié qu'on ne manquera pas de rapprocher du livre de Jean-Luc Allègre. Ce dernier signe quelques-unes des photos illustrant le sujet long de 14 pages où l'on retrouve Albert Cadet, personnage truculent de Bois-Blanc brossé par Bernard Grollier (et, depuis la parution de "Planète volcan", par une feuille concurrente jamais avare de pseudo scoops dûment pompés et de fausses-vraies trouvailles journalistiques !). L'on y lira notamment une référence aux "Unes" du Journal de l'île ("Le volcan confisqué") qui avait à l'époque fustigé la fermeture de l'Enclos par l'ancien préfet Robert Pommiès et s'était interrogé sur la mise en place d'un système de transport par navettes qui voulait qu'on bourse délie pour assister à un spectacle par essence gratuit Last and least, la très récente éruption du "volcan laboratoire" jette un jour contemporain sur l'ouvrage édité en novembre 1998 par Serge Gélabert, un "gros succès" pour reprendre les termes du photographe insulaire. Ce dernier qui était hier sur le théâtre de ses exploits passés - pour le seul plaisir des yeux, paraît-il - a rappelé les éloges internationaux que lui a valu "Fournaise" depuis sa parution. Pour n'en citer que deux, Jean-Louis Cheminée, le directeur des observatoires de l'Institut de physique du globe de Paris-Jussieu (cité dans "Géo") estime que "c'est probablement l'un des plus beaux livres jamais publiés, sinon le plus beau" et un certain Kasuhiro Ishihara de Kyoto voit dans cet ouvrage de photos et son auteur le souvenir de Maurice et Katia Kraft, rien que ça ! Mais l'hommage rejaillit en premier lieu sur La Fournaise, ce géant plutôt débonnaire mais particulièrement insomniaque ces temps derniers.
Philippe Linquette

__________________________
Serait-ce de la part du volcan de La Fournaise une façon de saluer et de remercier le réalisateur pour la qualité de l'hommage qu'il lui a rendu ? On remarquera en effet que la nouvelle "saillie" éruptive intervient à la veille de la pénultième soirée de projection des films de Rémy Tézier et notamment de ses deux odes à Vulcain que sont : "Voyage au cur de La Fournaise" et "Volcan et contrebasse". Si le premier documentaire (un "26 minutes") est purement "tellurique" puisque contant par le menu les "crapahutages" du volcanologue Nicolas Villeneuve sur le site de l'éruption de mars à fin juin 1998, Rémy Tézier sur ses semelles de feu, le second (13 minutes) s'échappe délibérément de la gravitation universelle et de la matière en fusion. On doit à Rémy Tézier d'avoir marié deux jours durant un musicien, le contrebassiste Bernard Abeille, et le volcan. La fission musicale qui s'en est suivie est rendue plus complète encore par le spectacle imaginé par Bernard Abeille et Rémy Tézier. Pour le public réunionnais, le musicien butine "live" sa contrebasse sur les images tournées en 1998, un clin d'il aux pianistes des salles de cinéma au bon vieux temps du muet dont il est coutumier (cet adhérent du "Front de libération des contrebasses et des gros instruments" a par le passé joué en direct sur deux montages diapo et en prépare un troisième). Les documentaires, après avoir rempli à craquer le théâtre de Champ-Fleuri les 15 et 16 juillet et surtout, le théâtre de Saint-Gilles pour l'unique soirée du 17 juillet, devaient être projetés au théâtre Luc-Donat au Tampon les 20 - hier - et 21 juillet, ce soir. Pour le plus grand bonheur du public tamponnais et pour saluer le nouveau soubresaut de La Fournaise, "Volcan et contrebasse" a été ajouté au programme de la soirée d'hier. La projection de ce "docu-concert", primé au festival du film d'aventures de Saint-Marcellin près de Grenoble en mai 1999, est bien entendu maintenue ce soir. Autrement dit, pour voir Tézier et Abeille, il faut courir "dard-dard" au Tampon !
Mercredi 21 Juillet 1999