
La cohue redoutée, à l'image des scènes de mars 1998, n'a pas eu lieu et les gendarmes n'ont pas eu à canaliser des hordes d'automobilistes au cours de la nuit de lundi à mardi. Il est vrai que l'information est tombée bien tard et hier après-midi encore, on ne se bousculait pas au Pas de Bellecombe, après la réouverture effective de la route forestière du volcan vers 10 h du matin: la pluie, le brouillard et les rafales constituaient les meilleurs des dissuasifs, d'autant qu'aucun spectacle - en plein jour du moins - n'était visible depuis le parking qui surplombe l'enclos.
A vrai dire, depuis 18h52 lundi soir, heure estimée de la sortie du magma à l'air libre, très peu d'observateurs ont pu approcher l'éruption. On a pu s'assurer hier matin en tout cas de l'ouverture d'une fissure au fond du cratère Dolomieu, orientée nord-ouest - sud-est, dans l'axe de la Soufrière, ce gouffre béant situé à quelques dizaines de mètres à peine du bord du cratère. Jalonnée par plusieurs bouches qui projettent la lave à tout au plus dix ou vingt mètres de hauteur, elle comporte un secteur inactif mais se prolonge jusqu'au rempart sud-est opposé contre lequel s'adossait déjà hier matin un nouveau cône de dimension respectable.
Et puis il y a bien sûr cette fissure monumentale qui déchire le flanc est - sud-est du cratère Dolomieu, se prolongeant très bas sur les pentes du cône terminal du volcan, d'où s'est écoulée la lave bien visible lundi soir depuis la route nationale 2, sur le littoral. Hier matin, toute sa partie supérieure était inactive. Mais hier soir encore, un serpent de feu continuait à s'en écouler sans descendre toutefois en dessous de la cote d'altitude 1800 mètres. La coulée, qui s'est étalée sur une largeur maximale de 200 mètres, aurait atteint une longueur estimée à deux kilomètres et ne progresserait presque plus.
UNE FAUSSE CRISE
Hier matin, l'observatoire volcanologique se montrait prudent sur la longévité possible de cette "éruption-surprise", après avoir constaté une forte diminution du trémor dans les douze heures suivant son début. Au demeurant, l'absence de réelle crise sismique, selon les scientifiques, pourrait s'expliquer par la mise en jeu d'une simple poche de magma résiduelle (mise en place au cours d'une éruption précédente) et située à faible profondeur. Il n'y a donc pas d'alimentation profonde ou de profondeur intermédiaire. De fait, Valérie Ferrazzini, sismologue à l'observatoire, a relevé seulement 93 séismes sur les enregistrements, un chiffre ridiculement bas comparé au nombre habituellement décompté lors d'une véritable crise pré-éruptive.
De là à savoir pour quelle raison cette poche de magma a été "activée", donnant naissance à l'éruption de lundi, c'est une autre histoire Et la baisse d'activité constatée dès hier matin ne signifie pas nécessairement sa fin toute prochaine. Espérons-le pour que les Réunionnais puissent profiter du spectacle.
François Martel-Asselin
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* La météo du volcan en direct (Météo-France) : 08.36.68.02.02 (2,02 F la minute)
* Le point sur l'activité (répondeur de l'observatoire volcanologique) : 27.54.61.
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La préfecture a confirmé hier soir le maintien de l'interdiction de l'accès à l'enclos en attendant le rétablissement de conditions météo plus favorables.
Températures proches de 0°, pluies parfois violentes et rafales à plus de 80 km/h ont en effet été le lot de la journée d'hier (il faisait 4° à 20h hier soir et on enregistrait des rafales à près de 55 km/h mais il ne pleuvait pas). Aussi, même si la route forestière a été rouverte hier matin à la circulation, il convient d'être bien équipé contre le froid et la pluie si vous envisagez de vous rendre au Pas de Bellecombe d'où, rappelons-le, on ne voit pas grand-chose, si ce n'est des lueurs et un panache de vapeurs et de gaz. La cellule de crise mise en place à la préfecture continue de coordonner les services civils et militaires en liaison avec les collectivités locales.
Mercredi 21 Juillet 1999