
Pour les scientifiques, c'est une "petite" éruption (voir par ailleurs), mais pour ceux, peu nombreux, qui ont pu contempler, hier, la lave jaillissant de la faille ouverte dans le Dolomieu, le cratère principal du Piton de la Fournaise, le spectacle était au rendez-vous.
Les randonneurs arpentant les sentiers de notre île le savent bien, plus l'on se met à marcher tôt, plus on a de chance d'avoir comme compagnon de route le beau temps. Cette règle d'or s'est, en partie, vérifiée hier au Piton de la Fournaise.
Départ à 3h du matin. Deux heures de route jusqu'au Pas de Bellecombe avec régulièrement des regards inquiets vers le ciel. Les choses se présentent plutôt bien. La voûte étoilée est à peine masquée par quelques petits nuages.
L'annonce d'une éruption volcanique transforme le volcan l'espace de quelques heures, voire de quelques jours, en chasse gardée. Impossible de passer sans un précieux sésame dispensé au compte-gouttes par la préfecture.
Contrairement à mars 1998, ce n'est pas le rush des automobilistes sur la route forestière au départ de Bourg-Murat. Celle-ci a été interdite à la circulation, l'interdiction a été levée hier matin vers 10h, mais les deux gendarmes de faction ne sont pas débordés.
En roulant vers le Pas de Bellecombe, les nuages se teintent légèrement de rouge, signe que l'éruption n'est pas très importante. Au Pas de Bellecombe, en ce lundi soir, aucun filtrage. Personne pour interdire la descente dans l'enclos. Les choses ont changé depuis. Le premier gendarme se présente sous la forme d'une luciole tremblotante, alors que l'on attaque la longue traversée entre le Formica Léo et la Chapelle de Rosemont.
Contrôle des papiers. La préfecture s'est emmêlée les pinceaux dans les autorisations. A la lumière d'une lampe torche, il faut expliquer que le papier délivré en 1998 pour l'éruption du Kapor est valable un an plus tard pour l'éruption dans le cratère du Dolomieu.
Perte de temps, d'autant que l'aube pointe son nez. Les amoureux du volcan vous le diront, les plus belles photos d'éruptions se font à l'heure où la nuit s'efface devant la lumière du jour. Exit, les obstacles administratifs. Reste à escalader la pente conduisant au bord du cratère du Dolomieu. Dans la nuit, les pas sont comptés sur un sol souvent difficile.
Mais la récompense est au bout de l'effort. Pour les scientifiques, certaines éruptions sont semblables. Pour le profane qui veut simplement en prendre plein les yeux, chacune est unique.
Une longue faille déchire le fond du Dolomieu. La lave bouillonne dans des reflets rouge et or avec des "clocs" de confiture chaude en ébullition. En arrière-plan, des fontaines de lave s'élèvent d'un cône en cours de formation. L'air empeste le souffre, mais cela n'a pas d'importance. Nous plongeons les yeux dans les entrailles de la terre.
Le spectacle n'a que peu de témoins. Dans le ciel, un Transall curieux, relayé par un Fennec de l'armée de l'Air,puis un hélicoptère civil bourdonnent autour de l'éruption comme des ours devant un pot de miel.
Mais le rideau tombe. Le ciel nous tombe sur la tête. Trombes d'eau, vent glacial, il faut battre en retraite, trempés, transis et rendre le Dolomieu à sa solitude. La représentation va se poursuivre toute la journée à huis clos.
Alain Dupuis
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Un rideau de pluie serré fouette les vitres du gîte du volcan. A cette heure avancée de la matinée, la salle commune est généralement déserte. Les randonneurs ont depuis longtemps pris le chemin des cratères.
Ce matin, premier jour de l'éruption, le petit-déjeuner traîne en longueur. On s'attarde un livre à la main ou l'on papote de choses et d'autres.
Un groupe de 13 personnes de l'Union des centres de plein-air venu pour dix jours de vacances a fait la veille le tour des cratères. "Nous étions accompagnés d'un guide, indiquent-ils. Nous n'avons rien vu, rien senti. Nous avons même pique-niqué au pied du Dolomieu. Nous avons même sacrifié un saucisson pour provoquer une éruption et voilà qu'elle se déclare alors que nous sommes sur le point de partir".
Un couple arrivé dans la journée d'hier espère bien que le volcan sera rendu aux randonneurs aujourd'hui et qu'il fera beau. "Nous venons de Juigne, un petit village d'Anjou, confient-ils. Nous sommes en vacances pour une dizaine de jours. Pour arriver jusqu'ici, nous avons franchi deux barrages le sésame étant : "nous passons la nuit chez M. Picard". Dans notre région nous sommes accoutumés aux inondations provoquées par la Loire. Nous espérons voir l'éruption. Il y a quatre ans en Floride, nous avons subi un ouragan".
Mercredi 21 Juillet 1999