
Lundi 19 septembre, deux centième jour de l'année, dix mois après la fin de "l'éruption du siècle" (196 jours, du 9 mars au 21 septembre 1998) qui avait débuté elle aussi un lundi Sans crier gare, le Piton de la Fournaise nous offre un un des ses coups d'éclat dont il a le secret. Il est 18h17, hier, lorsque les premiers séismes déclenchent l'alarme couplée aux enregistreurs dans la baie technique de l'observatoire volcanologique de la Plaine-des-Cafres. Le tracé des stylets s'affole, le papier défile à un rythme accéléré et les bandes magnétiques se mettent à tourner. Une trentaine de minutes de crise centrée sous le sommet du volcan, plus particulièrement dans la région de la Soufrière, au terme desquelles, à 18h52, l'éruption à proprement parler démarre. Selon les premières observations possibles hier soir, une fissure orientée Est - Nord-Est a déchiré le fond du cratère Dolomieu, recoupant le bord du cratère et descendant sur son flanc est. La lave s'écoule vers le fond de l'enclos et attaque les grandes pentes en un serpent de feu bien visible depuis la côte.
PAS DE SIGNES PRÉCURSEURS ? VOIRE...
Au gîte du Pas de Bellecombe, prévenu par l'équipe scientifique de l'observatoire, on fonce sans tarder dans la nuit tombée pour essayer de localiser l'activité: il faut se rendre à l'évidence, ce n'est pas de là où s'amassaient des milliers de curieux l'an dernier que l'on peut contempler le spectacle. Et pourtant, un panache clair et teinté d'orangé s'installe au-dessus des cratères dans l'atmosphère glaciale du volcan où la température ne dépasse pas 5 degrés déjà. Comme un signe de ralliement, bientôt visible de toute la côte est, puis du sud, il déclenche la ruée sur les téléphones et la nouvelle accomplit rapidement le tour de l'île.
La Réunion se retrouve instantanément dans son volcan, qui donne signe de vie quand elle ne l'attendait pas ! Dix mois après la fin de l'éruption du siècle (lire en pages 32-33), on n'en demandait pas tant, surtout que la Fournaise nous avait déjà comblés en 1998 après cinq années et demie de sommeil devenues presque insupportables.
Alors, le volcan a surpris tout son monde hier en revenant au premier plan de l'actualité. Sans avoir donné de signes précurseurs, comme l'affirme le communiqué officiel de la préfecture ? Voire! La Fournaise aurait très bien pu faire coïncider son coup d'éclat avec le 14 juillet. Sacré feu d'artifice pour une fête nationale, autre chose que le spectacle pyrotechnique du Barachois ! Mercredi, en effet, alors qu'on défile au pas à Saint-Denis, un séisme de magnitude 2,5 secoue le massif du volcan. Un événement peu significatif, mais à la lumière des événements d'hier Et ce week-end, quelques séismes beaucoup plus discrets sont enregistrés sur le réseau de surveillance. Pas de quoi s'inquiéter pourtant puisque même au cours de la journée d'hier, rien de nouveau ne vient troubler la vie quotidienne de l'observatoire.
En ce lundi matin, une équipe de quatre personnes - avec à sa tête Thomas Staudacher, directeur de l'observatoire - s'est fait déposer dans la Plaine des Osmondes. Objectif : mettre en place une centaine de balises en vue d'une opération de photographie aérienne destinées notamment à surveiller l'évolution du massif après l'éruption de 1998. A pied, ils mènent à bien leur tâche jusqu'à leur arrivée à la route nationale 2, vers 18 heures. Une opération délicate, bien que rendue moins pénible grâce aux nouvelles coulées de l'an dernier, dans l'ensemble plus praticables, et à la destruction de la végétation qui ne bloque plus la progression dans les basses pentes du volcan. A quelques heures près, cette équipe a failli assister en direct aux épanchements de la Fournaise ! Une nuit de veille a commencé hier soir à l'observatoire volcanologique tandis que la préfecture mettait en place le dispositif prévu par le plan de secours spécialisé (PSS) éruptions volcaniques élaboré en avril 1992. Dès le lever du jour, les premières reconnaissances devraient permettre de prendre toute la mesure de l'événement afin d'envisager la réouverture de l'enclos au public.
François Martel-Asselin

Mardi 20 Juillet 1999