
Observatoire volcanologique du volcan, samedi 7 mars 1998. Les appareils s'affolent. Entre 16h le samedi et 4h du matin le dimanche, une quarantaine de séismes est enregistrée. Jusqu'à 23h ce soir-là, ce sont plus de 400 de secousses qui s'inscrivent. Thomas Staudacher, directeur de l'observatoire, reste prudent quant à l'imminence d'une éruption : "Cela peut partir relativement vite, comme cela peut se calmer avant une prochaine crise."
Mais le Piton de la Fournaise a décidé de se réveiller. Le 9 mars à 15h05, témoin du début de l'éruption, le trémor, vibration continue enregistrée pas les sismomètres, correspond à l'écoulement de la lave dans les fissures lorsqu'elle peut s'échapper à l'air libre sans contrainte. Un système de fissures éruptives est localisé en dessous du sommet sur le flanc nord entre le cratère Julien de 1981 et le Puy Mi-Côte donnant des fontaines de lave jaillissant jusqu'à 50 m de hauteur.
Le volcan s'épanche, mais ses admirateurs piétinent.
Dans la nuit du mardi 10 au mercredi 11 mars, l'Observatoire enregistre des séismes qui se superposent à l'activité éruptive normale. Une situation inhabituelle qui tend à accréditer l'hypothèse selon laquelle l'éruption risque de connaître des prolongements. Les quatre fissures ouvertes dans le flanc nord s'éteignent, l'activité se concentrant sur deux bouches situées à proximité du cratère Magne. Le débit global est estimé à 20 m3 par seconde.
Le 12 mars, le Piton de la Fournaise réserve sa première surprise d'une éruption qui s'avèrera riche en rebondissements. A 3h45, une nouvelle fissure de 100 m de long s'ouvre entre le cratère Rivals et le rempart de l'Enclos au sud-ouest du cratère Bory.
Des fontaines de lave hautes de 25 m alimentent au rythme de 10 à 20 m3 par seconde une coulée atteignant 500 m de long.
Ce ne sera qu'un feu de paille. Même s'il est baptisé Fred Hudson le 16 mars, le première cratère prenant le nom de Kapor et le second qui s'est formé sur le flanc nord sur la fissure Est ouverte le 9 mars, prenant le nom de Maurice-et-Katia-Kraflt, il s'essoufle dès le 23 mars. Cela vaut d'ailleurs également pour le Piton Kapor qui se distingue par des sautes d'humeurs, certains épisodes d'hyperactivité succédant à de longues accalmies.
Jusqu'à la fin mars, l'éruption se poursuit mais au ralenti. Les premiers jours d'avril sont marqués par une spectaculaire reprise d'activité au Kapor. Le cratère Fred-Hudson s'éteint et le Katia-et-Maurice-Kraft émet encore quelques projections.
A la mi-avril, seul le Kapor est encore en activité. Dans la nuit du 17 au 18 avril, un pan du cône s'effondre donnant naissance à une nouvelle coulée.
LA COURSE À LA ROUTE
Dans le courant du mois de mai, l'activité marque à nouveau le pas. Deux mois après le début de l'éruption on ne voit plus de coulées, même si la lave s'écoule toujours : elle circule en tunnel jusqu'à plusieurs centaines de mètres du Piton Kapor.
Le 9 mai, le Kapor célèbre à sa manière son troisième mois d'éruption en redoublant d'activité.
Début juillet, de nombreuses coulées lèchent le rempart nord de l'enclos sur une largeur estimée à plus de 200 m tandis que d'autres plus au sud avalent tout aussi allégrement ce véritable toboggan qui conduit à la Plaine des Osmondes. L'éruption a entamé son voyage en direction des Grandes Pentes. Un nouvel épisode de l'éruption du Kapor s'ouvre.
A partir du 9 juillet, l'activité réellement visible se déplace de la zone du Piton Kapor (2 150 m d'altitude) aux basses pentes du Piton de la Fournaise.
Depuis plusieurs jours en effet, les coulées, après avoir avalé la Plaine des Osmondes, traversée en son milieu, ont vu leur front basculer dans les Grandes Pentes, restant à égale distance entre le rempart de Bois-Blanc et le Piton de Crac. Le 7 juillet au soir, elles atteignent une altitude d'environ 400 m qui les situent à peine à 2,5 km de la route traversant le Grand-Brûlé. Le 11 juillet, elles ont parcouru les quatre cinquièmes du chemin jusqu'à la RN 2.
Nouveau coup de théâtre le 13 juillet, le front se stabilise à 400 m d'altitude. Le 31 juillet les coulées s'immobilisent à seulement 200 m de la RN 2. Un nouveau sursaut et le mardi 4 août, elles ne sont plus qu'à 2,50 m de la chaussée. Elles n'iront pas plus loin. A partir du 8 août, l'activité se déplace en dehors de l'enclos sur le rempart de Bois-Blanc.
HORS ENCLOS
Le 10 août au petit matin, un pilote d'hélicoptère signale pour la première fois depuis le début de la crise des coulées hors enclos.
Quelques jours auparavant, le 7 août, l'Observatoire enregistre plusieurs petits séismes dont l'épicentre semble se situer vers le Nez Coupé de Sainte-Rose. L'origine de ce phénomène est d'abord attribué à des éboulements de remparts. Durant le week-end, probablement le dimanche 9 août, la lave fait une première sortie très discrète hors enclos, sa première depuis le début de la crise.
Après l'observation faite d'hélicoptère, d'une longue langue noire fumante, à quelques centaines de mètres du rempart et à l'est nord-est du Nez Coupé à environ 1 700 m d'altitude, l'observatoire décide de monter une expédition. Thomas Staudacher, son directeur, rapporte alors : "Nous sommes tombés sur des fissures énormes et fraîches recouvrant le sentier de la Cage aux Lions". Pour le scientifique, il s'agit là des indices d'une zone fracturée récemment située sur l'axe Piton Kapor - éruption hors enclos présumée. "Présumée" car cette première reconnaissance ne permettra pas de confirmer sans risque d'erreur la présence en aval (et dans les nuages !) de cette première coulée hors enclos.
Le lendemain, le mauvais temps ne permet pas vraiment d'en savoir plus sur l'avancée de la coulée. On sait seulement que son front se situe vers 1 700 m d'altitude et à environ 6 km des premières habitations. Le 12 août, les gendarmes survolent le site et constatent que toute activité hors enclos est terminée. Dans la nuit de jeudi à vendredi pourtant, une nouvelle fissure s'ouvre, relançant l'activité sur cette zone d'altitude très marécageuse. Le samedi 15 août, toujours dans le même secteur, ce sont finalement quatre coulées hors enclos qui sont observées, la dernière semblant se diriger vers le Trou Caron. Grâce aux relevés de l'observatoire , on sait cependant que le gros du trémor s'est déplacé du Piton Kapor au Nez Coupé. Les coulées continuent à descendre vers le littoral à une vitesse variable. Le 20 août, une coulée finit par dévaler le rempart de bois-Blanc pour retourner dans l'enclos au niveau de la Plaine des Osmondes. La lave est alors à quatre kilomètres des premières habitations. Quatre jours plus tard, deux autres filets de lave tombent du rempart vers 1 540 m d'altitude.
Vers la fin septembre, l'activité du Piton de la Fournaise donne de très sérieux signes d'essouflement. A partir du 23 septembre, l'éruption du 9 mars est considérée comme terminée. Depuis la nuit du 20 au 21 septembre, le réseau de surveillance du volcan n'enregistre plus aucun signe tangible de circulation du magma. Un indice que corroborent les observations de terrain.
Alain Dupuis

Mardi 20 Juillet 1999