Reprise d'activité hier matinau piton de la fournaise
L'enclos du volcan à nouveau interdit

La journée d'hier a été fertile en rebondissements
: au onzième jour de l'éruption qui semblait s'achever, la
lave a jailli à nouveau pendant quelques heures de la fissure du
28 septembre tandis que le volcan donnait dans la matinée des signes
d'activité considérés comme préoccupants par
les autorités.
On croyait le Piton de la Fournaise en train de se rendormir et voilà
qu'hier matin, vers 1h20, l'observatoire volcanologique enregistre un net
regain d'activité. En quelques heures, la puissance du trémor
capté par les sismomètres est multipliée par six ou
sept. Pour la scientifique en poste au cours de cette nuit de jeudi à
vendredi - à tour de rôle, les volcanologues maintiennent
une veille la nuit depuis le début de l'éruption - aucun
doute n'est permis. Un coup d'il à l'écran de contrôle
confirme: malgré la nuit, il est facile d'y repérer une tache
brillante sans équivoque. Le nouvel épisode éruptif
n'a pas échappé à l'il de la caméra installée
au Piton de Bert, au sud-ouest de l'enclos.
A la première heure, et tandis que les gendarmes s'assurent
de l'évacuation des randonneurs présents sur le volcan, l'hélicoptère
de la gendarmerie embarque Thomas Staudacher, directeur de l'observatoire,
pour un survol de la zone. La lave jaillit à nouveau en deux points
sur la partie haute de la fissure du 28 septembre, jusqu'à une vingtaine
de mètres de hauteur, en dessous du sommet de la Fournaise, mais
il ne constate aucune coulée.
Une certaine préoccupation s'empare des scientifiques dans les
heures suivantes, à laquelle fait écho celle des autorités.
Réunion de la cellule de crise en fin de matinée, invitation
des médias à une conférence de presse à la
préfecture, à midi - en plus des traditionnels communiqués
: "Nous sommes en situation de devoir maintenir l'enclos fermé,
indique le préfet Jean Daubigny. La situation, du point de vue scientifique,
n'est pas entièrement cernée."
QUAND LE MAGMA SORT DE L'ENCLOS
De fait, l'éruption que l'on voyait s'achever doucement comme
celle du mois de juillet dernier vient de "rebondir". Outre la réactivation
de la fissure en zone sommitale, les scientifiques sont en effet alertés
par une augmentation soudaine du trémor enregistré sur une
de leurs stations située dans les hauts de Saint-Philippe, dans
la région de Mare-Longue, survenue vers 9 heures du matin, et l'apparition
d'un dégagement de vapeur, à un kilomètre environ
du rempart sud de l'enclos, entre le Piton de Bert et le Nez coupé
du Tremblet. Dans la zone très fracturée du sommet du Piton
de la Fournaise, on sait que le magma peut se propager très "discrètement"
hors enclos en "sautant le rempart" qui constitue l'enceinte naturelle
du volcan, comme en témoigne cet épisode de l'éruption
de mars 1998: le 10 août, la lave avait jailli brusquement en contrebas
du Nez coupé de Sainte-Rose, réveillant les craintes des
habitants de Bois-Blanc qui voyaient déjà la lave cerner
le village, comme en avril 1977.
Le scénario d'une prolongation des fissures éruptives
hors enclos n'était donc sans doute pas absent des esprits hier
jusqu'au retour au calme de la station de Mare-Longue, le trémor
se recentrant sous le sommet du volcan.
Hier après-midi, alors qu'un temps exécrable s'installait
sur le massif du volcan, l'activité éruptive visible depuis
le Piton de Bert cessait progressivement. Dans le même temps l'intensité
du trémor baissait pour n'être plus que double par rapport
à la veille.
Peu avant 23 heures toutefois, de nouvelles fluctuations apparaissaient,
déclenchant les alarmes de l'observatoire. Phénomène
lié à des libérations brutales de gaz comme on en
voit en fin d'éruption ? C'était une hypothèse envisagée
hier soir, malgré les émotions de la journée. Toujours
est-il que le volcan restera plus que jamais sous surveillance ce week-end.
François Martel-Asselin
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Les inconditionnels du Piton de Bert
Les amoureux du volcan, attentifs aux informations diffusées dans
le Journal de l'île, ont pu suivre toute cette semaine l'évolution
de l'éruption de la Fournaise (entamée il y a onze jours
sur les flancs du cratère Dolomieu), même en l'absence d'activité
visible. Alors les plus heureux ont sans doute été ceux qui,
branchés sur les ondes radio dès six heures hier matin, ont
capté l'information avant tout le monde et ont pu se précipiter
en milieu de matinée sur le sentier du Piton de Bert pour admirer
les nouveaux soubresauts de Dame Fournaise.
Ils étaient ainsi encore une quinzaine à revenir de leur
marche en début d'après-midi hier, frigorifiés par
le vent glacial qui soufflait furieusement sur le site, mais yeux pétillants
et sourire aux lèvres. Évidemment, ceux qui hésitaient
encore à s'engager sur le sentier, interrogeaient : "Alors vous
avez vu quelque chose ?". "Mais bien sûr", répondent ces deux
dames. "Nous avons vu les projections, la fumée, nous avons tout
vu ! La marche est longue, mais ça vaut le détour !". Tiens,
c'est donc qu'il y a encore quelque chose qui s'agite dans les cônes
éruptifs D'autres randonneurs assuraient également avoir
aperçu l'activité, mais surtout l'avoir entendue: "Nous sommes
arrivés au Piton de Bert vers onze heures ce matin et nous y sommes
restés jusqu'à treize heures. À ce moment-là,
on voyait encore très bien quelques projections rougeoyantes, mais
surtout on entendait les dégazages". Effectivement, une fois sur
site, plusieurs déflagrations retentissent et sont suivies de quelques
lueurs de lave bouillonnante. Mais l'effet est bref, car dès seize
heures, le mauvais temps envahit le sentier, l'enclos et pour finir, toute
la zone. Dès lors, plus rien à voir !
V.K.
Samedi 9 Octobre 1999