Le Journal de L'Ile de la Réunion31 Juillet 1998


21e semaine d'éruption du volcan : la lave avance en direction de la Vierge au parasol

Les coulées à 800 mètres de la RN 2

La progression soudaine de la lave au cours des dernières vingt-quatre heures a fait monter le suspense d'un cran. Le risque d'une coupure de la route du tour de l'île, dans un délai désormais rapproché - 24 ou 48 heures - n'était plus exclu hier soir.

Les curieux se pressaient hier dans la forêt du Grand-Brûlé, un peu au-dessus de la Vierge au Parasol: il ne fallait pas plus d'une vingtaine de minutes pour atteindre les premières coulées contre une heure et dix minutes mardi et une heure et demie environ dimanche C'est dire si la lave descendue du Piton Kapor - un peu tombé dans l'oubli à près de 2200 mètres d'altitude et à une dizaine de kilomètres de là - a fait du chemin en quelques jours. Aussi le suspense devient-il de plus en plus palpable: les coulées vont-elles atteindre la route nationale 2 ? La question était sur toutes les lèvres des spectateurs fascinés par ces rivières de feu serpentant à travers la végétation. Hier soir, la lave était descendue à une altitude estimée à 170 mètres qui la mettait à environ 800 mètres de la route du tour de l'île.
Des chercheurs de l'observatoire volcanologique, présents sur le terrain mercredi soir au pied du volcan sur la côte est, avaient bien noté cette progression. Hier matin, un survol en hélicoptère effectué par la gendarmerie, complété par une reconnaissance à pied dans l'après-midi, a confirmé qu'il ne fallait pas compter sur un répit, même si la pente s'atténue légèrement à l'approche du littoral.
La coulée a par ailleurs infléchi sa trajectoire vers le sud, au point de couper le sentier utilisé jusqu'alors par les promeneurs dans leur ascension ces derniers jours encore. Son avancée est estimée à un kilomètre en quarante-huit heures

«C'est un fleuve de couleurs !»

Une lave très fluide sortait hier de quatre petits tunnels, pour former vingt mètres plus bas une importante coulée qui, peu à peu, et en fonction de la topographie s'avance vers la RN 2. Le parking de la Vierge au parasol était déjà plein hier, de tous ceux venus voir un spectacle que la Réunion n'a pas connu depuis longtemps : celui des coulées dévorant la forêt. En famille le plus souvent, avec les marmailles, des files de dix à vingt personnes se suivent pour approcher la lave au plus près. "On est presque arrivés", tente d'expliquer un papa à son jeune fils qui se plaint d'avoir "mal à la tête." Au même moment les dépassent plusieurs jeunes qui ramènent sur leur tête, protégée par un coussin d'herbes, leurs trophées du volcan : de grandes plaques de lave toutes "neuves" ! Férid, lui, découvre le volcan pour la première fois. Arrivé il y a quatre jours à la Réunion, il n'en revient pas du spectacle qui lui est offert : "C'est extraordinaire, c'est un fleuve de couleurs, il file à une vitesse que je n'aurais jamais supposée." Si les amis réunionnais chez qui il est logé lui proposent bien d'y "faire cuire un uf", il préfère se tenir à une certaine distance de la lave qui chauffe les joues de tous les présents. Son fils commence à se plaindre de la chaleur, il faut donc songer à éloigner les marmailles, même si personne ne veut vraiment quitter le site. "A l'entrée des tunnels, clame une femme, c'est comme de l'or !" Il est vrai que la fluidité de la lave à cet endroit lui confère un aspect proche de celui que l'on suppose à l'or fondu. Une famille a amené son casse-croûte et prévoit de rester après la tombée de la nuit pour mieux admirer les coulées. Le ciel est couvert en cette fin de journée, et la lumière décroît peu à peu, la végétation rougeoie des reflets de la lave. Sur le chemin du retour, les uns indiqueront à ceux qui arrivent le chemin à suivre pour accéder à la première coulée. Il est nécessaire de quitter le sentier, après une quinzaine de minutes de marche, pour y accéder. Elle se situe sur la gauche, d'abord invisible, il faut dépasser un petit monticule pour l'apercevoir et s'en approcher. Plus haut, à trois quarts d'heure de marche, l'on découvre d'autres coulées qui enflamment la végétation environnante. Ces dernières sont visibles depuis la route. Les hommes du Peloton de gendarmerie de haute montagne de la Réunion (PGHM) s'inquiètent de la sécurité des promeneurs. En effet, hors du chemin, le terrain est très accidenté et encombré par la végétation. En cas d'accident, foulure ou autre, ils craignent, étant donné la vitesse des coulées, que certains randonneurs se retrouvent bloqués par la lave. Des patrouilles vont donc surveiller régulièrement le site.
Avant de vous y engager, faites donc bien attention à vous munir de bonnes chaussures, d'un pantalon, d'eau, de lampes de poche si vous marchez de nuit. Evitez surtout de trop vous écarter du sentier, de vous isoler et de vous placer dans un endroit où la lave pourrait couper votre route ! Sinon vous n'avez qu'une chose à faire : vous laisser porter par la majesté du spectacle.
T. J.


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