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Juillet 1998
21e semaine d'éruption du volcan : la lave avance en
direction de la Vierge au parasol
Les coulées à 800 mètres de la RN 2

La progression soudaine de la lave au cours des dernières vingt-quatre
heures a fait monter le suspense d'un cran. Le risque d'une coupure de
la route du tour de l'île, dans un délai désormais
rapproché - 24 ou 48 heures - n'était plus exclu hier soir.

Les curieux se pressaient hier dans la forêt du Grand-Brûlé,
un peu au-dessus de la Vierge au Parasol: il ne fallait pas plus d'une
vingtaine de minutes pour atteindre les premières coulées
contre une heure et dix minutes mardi et une heure et demie environ dimanche
C'est dire si la lave descendue du Piton Kapor - un peu tombé dans
l'oubli à près de 2200 mètres d'altitude et à
une dizaine de kilomètres de là - a fait du chemin en quelques
jours. Aussi le suspense devient-il de plus en plus palpable: les coulées
vont-elles atteindre la route nationale 2 ? La question était sur
toutes les lèvres des spectateurs fascinés par ces rivières
de feu serpentant à travers la végétation. Hier soir,
la lave était descendue à une altitude estimée à
170 mètres qui la mettait à environ 800 mètres de
la route du tour de l'île.
Des chercheurs de l'observatoire volcanologique, présents sur
le terrain mercredi soir au pied du volcan sur la côte est, avaient
bien noté cette progression. Hier matin, un survol en hélicoptère
effectué par la gendarmerie, complété par une reconnaissance
à pied dans l'après-midi, a confirmé qu'il ne fallait
pas compter sur un répit, même si la pente s'atténue
légèrement à l'approche du littoral.
La coulée a par ailleurs infléchi sa trajectoire vers
le sud, au point de couper le sentier utilisé jusqu'alors par les
promeneurs dans leur ascension ces derniers jours encore. Son avancée
est estimée à un kilomètre en quarante-huit heures
«C'est un fleuve de couleurs !»

Une lave très fluide sortait hier de quatre petits tunnels, pour
former vingt mètres plus bas une importante coulée qui, peu
à peu, et en fonction de la topographie s'avance vers la RN 2. Le
parking de la Vierge au parasol était déjà plein hier,
de tous ceux venus voir un spectacle que la Réunion n'a pas connu
depuis longtemps : celui des coulées dévorant la forêt.
En famille le plus souvent, avec les marmailles, des files de dix à
vingt personnes se suivent pour approcher la lave au plus près.
"On est presque arrivés", tente d'expliquer un papa à son
jeune fils qui se plaint d'avoir "mal à la tête." Au même
moment les dépassent plusieurs jeunes qui ramènent sur leur
tête, protégée par un coussin d'herbes, leurs trophées
du volcan : de grandes plaques de lave toutes "neuves" ! Férid,
lui, découvre le volcan pour la première fois. Arrivé
il y a quatre jours à la Réunion, il n'en revient pas du
spectacle qui lui est offert : "C'est extraordinaire, c'est un fleuve de
couleurs, il file à une vitesse que je n'aurais jamais supposée."
Si les amis réunionnais chez qui il est logé lui proposent
bien d'y "faire cuire un uf", il préfère se tenir à
une certaine distance de la lave qui chauffe les joues de tous les présents.
Son fils commence à se plaindre de la chaleur, il faut donc songer
à éloigner les marmailles, même si personne ne veut
vraiment quitter le site. "A l'entrée des tunnels, clame une femme,
c'est comme de l'or !" Il est vrai que la fluidité de la lave à
cet endroit lui confère un aspect proche de celui que l'on suppose
à l'or fondu. Une famille a amené son casse-croûte
et prévoit de rester après la tombée de la nuit pour
mieux admirer les coulées. Le ciel est couvert en cette fin de journée,
et la lumière décroît peu à peu, la végétation
rougeoie des reflets de la lave. Sur le chemin du retour, les uns indiqueront
à ceux qui arrivent le chemin à suivre pour accéder
à la première coulée. Il est nécessaire de
quitter le sentier, après une quinzaine de minutes de marche, pour
y accéder. Elle se situe sur la gauche, d'abord invisible, il faut
dépasser un petit monticule pour l'apercevoir et s'en approcher.
Plus haut, à trois quarts d'heure de marche, l'on découvre
d'autres coulées qui enflamment la végétation environnante.
Ces dernières sont visibles depuis la route. Les hommes du Peloton
de gendarmerie de haute montagne de la Réunion (PGHM) s'inquiètent
de la sécurité des promeneurs. En effet, hors du chemin,
le terrain est très accidenté et encombré par la végétation.
En cas d'accident, foulure ou autre, ils craignent, étant donné
la vitesse des coulées, que certains randonneurs se retrouvent bloqués
par la lave. Des patrouilles vont donc surveiller régulièrement
le site.
Avant de vous y engager, faites donc bien attention à vous munir
de bonnes chaussures, d'un pantalon, d'eau, de lampes de poche si vous
marchez de nuit. Evitez surtout de trop vous écarter du sentier,
de vous isoler et de vous placer dans un endroit où la lave pourrait
couper votre route ! Sinon vous n'avez qu'une chose à faire : vous
laisser porter par la majesté du spectacle.
T. J.