Le Journal de L'Ile de la Réunion29 Juin 1998


Au gîte du volcan, les responsables ont installé un poste de télévision spécialement pour suivre la Coupe du monde

Le Mondial au volcan grâce à Maurice !

Impossible de capter les chaînes réunionnaises près de l'Enclos, alors l'antenne du gîte est tournée vers l'île voisine. Et ce ne sont pas les commentaires parfois en anglais relayés par la MBC qui vont décourager les téléspectateurs les plus haut perchés de la Réunion.

La lueur du piton Kapor toujours en activité fait rougir la nuit au-dessus de l'Enclos. Le froid vif vous incite à ne pas traîner sur le sentier. Enfin, on ouvre la porte du gîte du volcan. La salle de restaurant est pleine et l'on s'active en cuisine pour satisfaire l'appétit des randonneurs, rendus voraces par une journée au grand air. Mais quelque chose cloche dans le ballet des six employés qui s'activent pour satisfaire l'appétit des vulcanologues amateurs. A chaque fois qu'ils passent dans le cellier, ils tournent la tête en marquant un temps d'arrêt et demeurent parfois pétrifiés pendant de longues secondes. Qu'est-ce qui peut bien attirer leur attention ainsi, les facéties du cuistot ou la chaleur du poêle ?
Curiosité oblige, on se lance dans un interrogatoire en règle d'une hôtesse qui nous pousse sur la piste du responsable. Yves Picard quitte à regret sa chaise. Survêtement Adidas et baskets de la même marque, il sourit en dévoilant le mystère. "Pourla première fois, on a installé un poste de télévision dans le gîte", explique celui qui partage avec son cousin Jacques, la responsabilité de l'établissement. Tous les quinze jours, les deux hommes se relaient, épaulés par une équipe de six personnes. A l'initiative de Jacques, ancien gardien de l'ONF, ils ont monté une petite entreprise. Et jamais ils n'avaient pensé que la télévision trouverait place sous l'un des toits les plus hauts perchés de la Réunion, si éloigné des relais hertziens des chaînes locales. Mais pour le Mondial, Yves a craqué. Il a installé une antenne et monté sa petite lucarne depuis la Plaine-des-Cafres où il réside pendant sa quinzaine de repos. Et contre toute attente, ça marche. L'image est nette, le son impeccable. Seul inconvénient : les commentaires sont parfois en anglais. Explication : "Quand on parvient à capter RFO, c'est tellement brouillé que ça ressemble à Canal+ sans décodeur. Alors on s'est branché sur Maurice. On savait qu'on captait un petit peu, mais pas aussi clair. " A vol d'oiseau, le volcan est, de fait, relativement proche de l'île voisine.

"ON SE LAISSE PRENDRE PAR L'AMBIANCE"

"Je n'ai jamais trop joué au football, confie Yves Picard. Mais j'aime bien regarder les grands matches et les jeunes qui travaillent avec moi sont des mordus. Et puis, la Coupe du monde, c'est autre chose. Tout le monde en parle, il y a de superbes photos en couleurs dans les journaux et on se laisse prendre par l'ambiance. " Lorsque les rencontres sont retransmises à l'heure du dîner, personne n'a cependant trop le temps de goûter à leurs rebondissements, quoique chacun se tienne informer en passant devant la boîte à images. Ainsi, mercredi dernier, Marina bondissait dès qu'elle entendait que les Italiens faisaient des misères aux Autrichiens.
Les garçons la moucatent un peu car elle craque pour Roberto Baggio, mais elle leur a cloué le bec lorsque le revenant de la Squadra a inscrit le but de la victoire, dans les dernières minutes. La MBC, lisez Mauritius Broadcasting Corporation, ne retransmet toutefois pas tous les matches de la Coupe du monde, même si elle reprend alternativement les images des chaînes françaises et anglaises. "Les commentateurs britanniques sont beaucoup plus neutres, ils ne font pas vivre la partie comme les Français, constate-on du côté du volcan. Mais on rigole bien à la mi-temps avec les pubs mauriciennes..."
Traditionnellement, juin est une période creuse pour le tourisme et la randonnée. L'hiver austral a de quoi décourager les amoureux des hauteurs. Mais l'éruption en continu du piton Kapor a quand même attiré de nombreux marcheurs, plus passionnés par les phénomènes naturels que par les joutes footballistiques universelles. "Certains nous appellent pour nous demander si on a la télé et s'ils pourront suivre les rencontres. On préfère leur dit non, car si MBC ne reprend pas le match, c'est impossible à voir sur RFO. Et puis, en général, ceux qui viennent au volcan ont déjà fait leur choix. " Aussi, Yves Picard s'attend à un véritable rush à la mi-juillet, lorsque le ballon rond aura fini de faire tourner la tête de la planète et que les Métropolitains penseront à partir en vacances.
Il ne sera alors plus question de regarder la télé...
Frédéric Bouvier

 

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Trois questions à... André Lebeau

"On est des couche-tôt"

Cinq fois champion de la Réunion de triathlon, André Lebeau a marqué la saison régionale avec une nouvelle victoire dans cette épreuve voici un mois, à la Possession. Entre deux entraînements, le passionné de triple effort trouve cependant le temps de s'offrir un match de Coupe du monde, privilégiant les grandes équipes dans ses choix.

Comment suivez-vous le Mondial ?
André Lebeau : "Chez moi, en famille comme on dit, même si tout le monde n'est pas trop foot. On regarde les matches de début de soirée et puis dodo. On est des couche-tôt. J'essaie quand même de suivre les grandes équipes comme le Brésil, et puis bien sûr les matches de la France".

Quel est votre souvenir le plus fort d'une Coupe du monde ?
"France/Brésil en 86, indiscutablement. Je me souviens encore du dernier penalty de Luis Fernandez. Quelle joie ! Ça m'a vraiment marqué".

Quel est votre favori ?
"La France bien sûr (rires). C'est faisable, on produit un bon jeu, on est costaud dans toutes les lignes, il n'y a pas de point faible, on l'a vu contre le Danemark avec des remplaçants qui assurent. Je rêve d'une finale France/Brésil".


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