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Juin 1998
Au gîte du volcan, les responsables ont installé
un poste de télévision spécialement pour suivre la
Coupe du monde
Le Mondial au volcan grâce à Maurice !

Impossible de capter les chaînes réunionnaises près
de l'Enclos, alors l'antenne du gîte est tournée vers l'île
voisine. Et ce ne sont pas les commentaires parfois en anglais relayés
par la MBC qui vont décourager les téléspectateurs
les plus haut perchés de la Réunion.
La lueur du piton Kapor toujours en activité fait rougir la nuit
au-dessus de l'Enclos. Le froid vif vous incite à ne pas traîner
sur le sentier. Enfin, on ouvre la porte du gîte du volcan. La salle
de restaurant est pleine et l'on s'active en cuisine pour satisfaire l'appétit
des randonneurs, rendus voraces par une journée au grand air. Mais
quelque chose cloche dans le ballet des six employés qui s'activent
pour satisfaire l'appétit des vulcanologues amateurs. A chaque fois
qu'ils passent dans le cellier, ils tournent la tête en marquant
un temps d'arrêt et demeurent parfois pétrifiés pendant
de longues secondes. Qu'est-ce qui peut bien attirer leur attention ainsi,
les facéties du cuistot ou la chaleur du poêle ?
Curiosité oblige, on se lance dans un interrogatoire en règle
d'une hôtesse qui nous pousse sur la piste du responsable. Yves Picard
quitte à regret sa chaise. Survêtement Adidas et baskets de
la même marque, il sourit en dévoilant le mystère.
"Pourla première fois, on a installé un poste de télévision
dans le gîte", explique celui qui partage avec son cousin Jacques,
la responsabilité de l'établissement. Tous les quinze jours,
les deux hommes se relaient, épaulés par une équipe
de six personnes. A l'initiative de Jacques, ancien gardien de l'ONF, ils
ont monté une petite entreprise. Et jamais ils n'avaient pensé
que la télévision trouverait place sous l'un des toits les
plus hauts perchés de la Réunion, si éloigné
des relais hertziens des chaînes locales. Mais pour le Mondial, Yves
a craqué. Il a installé une antenne et monté sa petite
lucarne depuis la Plaine-des-Cafres où il réside pendant
sa quinzaine de repos. Et contre toute attente, ça marche. L'image
est nette, le son impeccable. Seul inconvénient : les commentaires
sont parfois en anglais. Explication : "Quand on parvient à capter
RFO, c'est tellement brouillé que ça ressemble à Canal+
sans décodeur. Alors on s'est branché sur Maurice. On savait
qu'on captait un petit peu, mais pas aussi clair. " A vol d'oiseau, le
volcan est, de fait, relativement proche de l'île voisine.
"ON SE LAISSE PRENDRE PAR L'AMBIANCE"
"Je n'ai jamais trop joué au football, confie Yves Picard. Mais
j'aime bien regarder les grands matches et les jeunes qui travaillent avec
moi sont des mordus. Et puis, la Coupe du monde, c'est autre chose. Tout
le monde en parle, il y a de superbes photos en couleurs dans les journaux
et on se laisse prendre par l'ambiance. " Lorsque les rencontres sont retransmises
à l'heure du dîner, personne n'a cependant trop le temps de
goûter à leurs rebondissements, quoique chacun se tienne informer
en passant devant la boîte à images. Ainsi, mercredi dernier,
Marina bondissait dès qu'elle entendait que les Italiens faisaient
des misères aux Autrichiens.
Les garçons la moucatent un peu car elle craque pour Roberto
Baggio, mais elle leur a cloué le bec lorsque le revenant de la
Squadra a inscrit le but de la victoire, dans les dernières minutes.
La MBC, lisez Mauritius Broadcasting Corporation, ne retransmet toutefois
pas tous les matches de la Coupe du monde, même si elle reprend alternativement
les images des chaînes françaises et anglaises. "Les commentateurs
britanniques sont beaucoup plus neutres, ils ne font pas vivre la partie
comme les Français, constate-on du côté du volcan.
Mais on rigole bien à la mi-temps avec les pubs mauriciennes..."
Traditionnellement, juin est une période creuse pour le tourisme
et la randonnée. L'hiver austral a de quoi décourager les
amoureux des hauteurs. Mais l'éruption en continu du piton Kapor
a quand même attiré de nombreux marcheurs, plus passionnés
par les phénomènes naturels que par les joutes footballistiques
universelles. "Certains nous appellent pour nous demander si on a la télé
et s'ils pourront suivre les rencontres. On préfère leur
dit non, car si MBC ne reprend pas le match, c'est impossible à
voir sur RFO. Et puis, en général, ceux qui viennent au volcan
ont déjà fait leur choix. " Aussi, Yves Picard s'attend à
un véritable rush à la mi-juillet, lorsque le ballon rond
aura fini de faire tourner la tête de la planète et que les
Métropolitains penseront à partir en vacances.
Il ne sera alors plus question de regarder la télé...
Frédéric Bouvier
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Trois questions à... André Lebeau
"On est des couche-tôt"
Cinq fois champion de la Réunion de triathlon, André Lebeau
a marqué la saison régionale avec une nouvelle victoire dans
cette épreuve voici un mois, à la Possession. Entre deux
entraînements, le passionné de triple effort trouve cependant
le temps de s'offrir un match de Coupe du monde, privilégiant les
grandes équipes dans ses choix.
Comment suivez-vous le Mondial ?
André Lebeau : "Chez moi, en famille comme on dit, même
si tout le monde n'est pas trop foot. On regarde les matches de début
de soirée et puis dodo. On est des couche-tôt. J'essaie quand
même de suivre les grandes équipes comme le Brésil,
et puis bien sûr les matches de la France".
Quel est votre souvenir le plus fort d'une Coupe du monde ?
"France/Brésil en 86, indiscutablement. Je me souviens encore
du dernier penalty de Luis Fernandez. Quelle joie ! Ça m'a vraiment
marqué".
Quel est votre favori ?
"La France bien sûr (rires). C'est faisable, on produit un bon
jeu, on est costaud dans toutes les lignes, il n'y a pas de point faible,
on l'a vu contre le Danemark avec des remplaçants qui assurent.
Je rêve d'une finale France/Brésil".