26 Mai 1998
DOUZIÈME SEMAINE D'éRUPTION
Le front de coulée plus à l'est
La Fournaise joue les prolongations et deux mois et demi après le
début de l'éruption, les coulées ne sont désormais
plus visibles qu'au niveau du Nez coupé de Sainte-Rose alors qu'elles
se trouvent juste au-dessus des pentes qui mènent à la Plaine
des Osmondes.
Depuis une douzaine de jours maintenant, il n'y a plus grand chose à
voir au Piton Kapor dont s'échappe un important panache de vapeur
et de gaz. Méfiance tout de même : en dépit du calme
apparent et en dehors des projections visibles de temps à autre,
le Kapor est parfois le théâtre de séquences plus violentes,
donc potentiellement dangereuses. Par ailleurs, la zone des coulées
récentes est truffée de tunnels qui constituent autant de
chausse-trapes: après s'être retirée, en dessous d'une
croûte superficielle plus ou moins solide, la lave laisse des vides
souvent indécelables profonds de quelques décimètres
à plusieurs mètres.
Plus aucune coulée n'est donc visible aujourd'hui là
où des dizaines de milliers de visiteurs se pressaient encore, ravis,
il y a deux ou trois semaines. En même temps que le niveau de l'activité
a baissé, comme l'a noté l'observatoire volcanologique, le
point de sortie des coulées a migré progressivement en aval,
donc de plus en plus loin du Piton Kapor.
La lave s'évacue du cratère par un orifice situé
à sa base nord, prolongé par un tunnel de quelques mètres
de diamètre - on a pu l'observer au gré d'effondrements ponctuels
de sa voûte. Les multiples coulées longtemps visibles, surgissant
à proximité du Piton Kapor, provenaient des débordements
de ce tunnel principal. Or au fil des jours, ces points de sortie sans
cesse changeants ont cessé de fonctionner. Sans doute à la
faveur du ralentissement du débit de la coulée et du refroidissement
progressif de sa surface, le tunnel principal a-t-il ainsi pu se prolonger.
Parfaitement isolée de l'air ambiant - le basalte forme un excellent
isolant thermique -, la coulée a depuis continué à
progresser, "fabriquant" au fur et à mesure son tunnel. Et aujourd'hui,
le front de coulée est arrivé à la limite des pentes
qui dominent la Plaine des Osmondes après s'être étalé
au pied du Nez coupé de Sainte-Rose.
En débit de la baisse d'activité constatée, le
débit de la lave reste soutenu. Cet indice laisse donc à
penser que les coulées n'ont sans doute pas achevé leur lente
mais sûre et surprenante progression en cette douzième semaine
d'éruption qui a débuté hier.
F. M.-A.
* Pour observer les coulées, le point de vue le plus sûr
se situe désormais au Nez coupé de Sainte-Rose: en deux bonne
heures de marche (aller) depuis le Pas de Bellecombe (suivre le pancartage
ONF), vous les surplomberez ainsi que la Plaine des Osmondes et le Piton
de Crac si la météo le permet, puisque les nuages restent
très souvent bloqués dans cette zone. Le retour, en montée,
sera un peu plus long. L'accès aux coulées par l'enclos,
relativement délicat et pénible, n'est pas conseillé.