Le Journal de L'Ile de la Réunion    26 Avril 1998


La septième semaine de l'éruption s'achève

Des coulées à toucher des yeux

Les visiteurs du volcan ont pu hier, émerveillés, admirer au plus près les coulées qui ont envahi depuis la veille du week-end une vaste zone située entre le Piton Kapor et le rempart de l'enclos.


Les lève-tôt, hier matin, n'en croyaient pas leurs yeux: depuis le Pas de Bellecombe, outre les lueurs du dernier cratère rescapé de l'éruption du 9 mars, une étendue rougeoyante barrait l'horizon en direction de la mer entre le Piton Kapor et le Piton de partage ! En fait, si l'activité a bien décru au niveau du seul cratère encore actif, qui émettait hier de très discrètes projections, l'attention des marcheurs s'est détournée vers ses nouvelles coulées, aisément accessibles pour tous puisqu'elle ont tout simplement coupé sur une grande largeur le sentier balisé menant au cratère Magne.

DEVANT DES FAMILLES AU GRAND COMPLET

D'un jour à l'autre, le paysage change du tout au tout dans l'enclos. Il y a une semaine (notre édition de mardi), la lave circulait en tunnels dont la voûte effondrée par endroits laissait entrevoir le flot incandescent avant de reparaître sous forme d'un chenal; celui-ci serpentait sagement en direction de l'est et des pentes du volcan. Hier, seule une étroite lucarne permettait de s'immiscer dans l'intimité du volcan mais quel spectacle en contrepartie ! Depuis la veille, une masse énorme de lave se dirigeait plein nord vers le rempart de l'enclos. Le cratère Magne devenu inaccessible, la végétation de branle s'embrasant au fur et à mesure de l'avancée de la coulée, les visiteurs se sont vite regroupés autour des multiples langues de lave cordée, émerveillés par ce spectacle qu'ils pouvaient toucher des yeux : des familles réunionnaises au complet, des touristes Guide du routard à la main (à la recherche d'une bonne adresse dans l'enclo ?) et même un équipage d'Air liberté en escale venu à la Réunion avec l'intention de conquérir la Fournaise.
Pour une des premières fois sans doute depuis le début de l'éruption le grand public aura-t-il pu approcher aussi facilement les coulées, au demeurant inoffensives.
Les plus audacieux, munis d'une grosse branche, en arrachaient des lambeaux rougeoyants, tentant à grand-peine de les façonner. Les autres se contentaient d'une séance de pose photo au plus près de la coulée, invitant leur stoïque modèle en train de griller sur place à faire preuve de toujours plus de patience pour saisir le bon cliché
François Martel-Asselin


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