
Les lève-tôt, hier matin, n'en croyaient pas leurs yeux: depuis
le Pas de Bellecombe, outre les lueurs du dernier cratère rescapé
de l'éruption du 9 mars, une étendue rougeoyante barrait
l'horizon en direction de la mer entre le Piton Kapor et le Piton de partage
! En fait, si l'activité a bien décru au niveau du seul cratère
encore actif, qui émettait hier de très discrètes
projections, l'attention des marcheurs s'est détournée vers
ses nouvelles coulées, aisément accessibles pour tous puisqu'elle
ont tout simplement coupé sur une grande largeur le sentier balisé
menant au cratère Magne.
DEVANT DES FAMILLES AU GRAND COMPLET
D'un jour à l'autre, le paysage change du tout au tout dans
l'enclos. Il y a une semaine (notre édition de mardi), la lave circulait
en tunnels dont la voûte effondrée par endroits laissait entrevoir
le flot incandescent avant de reparaître sous forme d'un chenal;
celui-ci serpentait sagement en direction de l'est et des pentes du volcan.
Hier, seule une étroite lucarne permettait de s'immiscer dans l'intimité
du volcan mais quel spectacle en contrepartie ! Depuis la veille, une masse
énorme de lave se dirigeait plein nord vers le rempart de l'enclos.
Le cratère Magne devenu inaccessible, la végétation
de branle s'embrasant au fur et à mesure de l'avancée de
la coulée, les visiteurs se sont vite regroupés autour des
multiples langues de lave cordée, émerveillés par
ce spectacle qu'ils pouvaient toucher des yeux : des familles réunionnaises
au complet, des touristes Guide du routard à la main (à la
recherche d'une bonne adresse dans l'enclo ?) et même un équipage
d'Air liberté en escale venu à la Réunion avec l'intention
de conquérir la Fournaise.
Pour une des premières fois sans doute depuis le début de
l'éruption le grand public aura-t-il pu approcher aussi facilement
les coulées, au demeurant inoffensives.
Les plus audacieux, munis d'une grosse branche, en arrachaient des lambeaux
rougeoyants, tentant à grand-peine de les façonner. Les autres
se contentaient d'une séance de pose photo au plus près de
la coulée, invitant leur stoïque modèle en train de
griller sur place à faire preuve de toujours plus de patience pour
saisir le bon cliché
François Martel-Asselin