
Les cas d'interdiction d'accès à l'enclos la nuit sont
rares et limités dans l'histoire récente de la Fournaise.
Le 3 février 1981 - mais il s'agit de la première éruption
suivie par l'observatoire volcanologique, entré en service fin 1979,
ceci explique peut-être cela - la préfecture fait fermer la
route du volcan depuis le 27e kilomètre chaque nuit de 19h30 à
7 h ! La descente dans l'enclos n'est possible qu'entre 7h et 19h30, moyennant
relevé des identités au Pas de Bellecombe. Des groupes de
gendarmes sont postés à la Chapelle de Rosemont, et près
des cratères sommitaux puisqu'il faut emprunter le sentier de la
Soufrière pour parvenir à proximité du cratère
Julien qui vient de naître.
Néanmoins, ces restrictions seront levées en quelques
jours à peine (une fois rétabli le sentier de la Soufrière,
coupé par une coulée de lave !) et le Journal de l'île
titre à sa une (édition du 9 février 1981): "Grande
kermesse à la Fournaise" au-dessus de cet article: "Plus de trois
mille visiteurs sont partis, au cours du week-end, du Pas de Bellecombe
pour le flanc nord-est du Dolomieu, où une nouvelle cheminée
volcanique s'est ouverte la semaine dernière. Cette foule de curieux,
qui tient du pèlerinage, de la partie de campagne et du cross des
amateurs, a été observée par nos journalistes"
Belle démonstration : en dépit d'un site plus difficile
d'accès que celui de l'actuelle éruption, en dépit
de la saison d'été propice à une météo
capricieuse, en dépit de la foule qui s'est manifestée et
en dépit de l'absence d'un dispositif de sécurité
exceptionnel, aucun accident ou incident sérieux n'a entaché
cette "kermesse".
AOÛT 1985 : UN MONSTRUEUX EMBOUTEILLAGE
La Réunion tout entière n'a pas attendu le 9 mars 1998
pour se précipiter vers son volcan. Le 5 août 1985, à
23h40, un rideau de feu déchire le fond du nord de l'enclos Fouqué,
à proximité du cratère Magne. Sans attendre, dès
le 6 août au matin, l'Office national des forêts entreprend
le balisage du parcours. "En fin de matinée, rapporte le Journal
de l'île du 7 août, le préfet, profitant de la réunion
de presse organisée à la suite de travaux du Comité
de prix [ndlr: l'administration, à l'époque, ne se transportait
pas en grande pompe pour un oui ou un non sur le théâtre de
la "catastrophe", laissant à juste titre aux scientifiques le soin
d'évaluer la situation], a informé les journalistes des mesures
prises pour que les Réunionnais puissent aller une fois encore admirer
ce spectacle grandiose en toute sécurité".
De fait, poursuit l'article "à peine le balisage terminé,
les visiteurs sont arrivés". "Conformément aux autres fois,
les gendarmes sont présents au Pas de Bellecombe, tandis que quelques
autres campent à hauteur du cratère Magne". On est loin du
déploiement de forces actuel
Le premier soir de l'éruption, les Réunionnais se précipitent
pour voir "leur" volcan. Un engouement d'autant plus compréhensible
que le spectacle est visible du Pas de Bellecombe.. "L'afflux des véhicules,
rapporte le Journal de l'île du 8 août, s'est traduit par un
embouteillage monstrueux depuis le Nez de Buf [ndlr: où s'arrêtait
l'asphalte à l'époque], dans la nuit de mardi à mercredi
: aux parkings anarchiques, quelques pannes dans la Plaine des Sables se
sont ajoutées et il fallait parfois attendre plus de deux heures
pour passer. De nombreux automobilistes, pressés de voir le nouveau
caprice de la Fournaise, avaient délibérément choisi
de continuer à pied () En fait, cette éruption ne présente
aucun danger pour la population () Par contre, les recommandations de prudence
restent en vigueur et il faut essayer de les respecter pour ne pas s'exposer
à des risques inutiles". Un appel entendu puisque, en vingt-quatre
heures, aucun incident notable n'est à déplorer malgré
l'afflux estimé de trois milliers de visiteurs, chiffre fort correct
pour un jour de semaine à une époque où la médiatisation
des éruptions n'avait pas encore connu les sommets actuels.
JUIN 1987 : ALLEZ, ON OUVRE...
Le 9 juin 1987, une crise sismique débute au Piton de la Fournaise.
Un communiqué de la préfecture annonce qu'il est "déconseillé
d'accéder à l'intérieur de l'enclos : le versant nord-est
et est du Dolomieu doit être considéré comme une zone
de totale insécurité". L'après-midi du 10 juin, l'éruption
attendue se produit, à l'intérieur du cratère Dolomieu
: "Pour des raisons de sécurité, l'accès de l'enclos
du volcan est interdit jusqu'à nouvel ordre", indique un nouveau
communiqué de la préfecture qui poursuit : "Il reste évident
que si de nouvelles informations nous parvenaient permettant d'ouvrir à
la population réunionnaise la possibilité d'observer ces
phénomènes sismiques (sic) dans des conditions normales de
sécurité, cette interdiction serait levée immédiatement".
En dehors de cette constante de l'administration, encore vérifiable
de nos jours, d'avoir des difficultés à maîtriser certaines
notions scientifiques, le préfet Jean Anciaux - dont les avis tranchés
restent encore dans les mémoires - semble pour le moins soucieux
de concilier impératifs de sécurité et souci de répondre
aux attentes d'un public que des liens affectifs forts unissent à
son volcan
L'incertitude quant à la suite des événements
justifie pour sa part la nécessité de maintenir l'enclos
fermé, on en conviendra : arrêt de la première fissure
au bout d'une douzaine d'heures d'activité, reprise une douzaine
d'heures plus tard sur un autre point, toujours dans le cratère
sommital
Néanmoins, la préfecture, moins de quarante-huit heures
plus tard, le 12 juin à 10 heures du matin, publie ce communiqué
: "La phase éruptive se poursuit. Son activité est actuellement
stationnaire mais des risques d'éruption persistent pour les prochains
jours. L'enclos ne peut en conséquence qu'être partiellement
rouvert, à compter du 13 juin. L'accès au cratère
Bory par la chapelle de Rosemont sera autorisé. En revanche l'accès
à la Soufrière reste fermé et tout contournement par
l'Est du Dolomieu reste interdit".
Deux jours et demi après le début d'une éruption
encore susceptible d'évoluer, la préfecture permet donc au
public d'accéder à l'éruption, sans restriction autre
que celle d'éviter les pourtours du cratère Dolomieu, estimés
instables surtout dans la perspective d'une nouvelle reprise d'activité
Mais de jour comme de nuit, l'enclos reste accessible, c'est bien le principal.