Le Journal de L'Ile de la Réunion24 septembre 1998


Le silence est revenu au volcan après 196 jours d'activité depuis le 9 mars

L'éruption du 9 mars terminée

L'éruption la plus longue connue du Piton de la Fournaise a pris fin au cours de la nuit de dimanche à lundi, après plus de six mois d'une activité ininterrompue qui a déclenché une fièvre à la hauteur du long silence qui l'avait précédée.

Le Journal de l'île s'en faisait l'écho dès la fin de la semaine dernière : l'activité du Piton de la Fournaise donnait alors de très sérieux signes d'essoufflement. Et dans notre édition de mardi, ce titre: "L'éruption du Piton Kapor tire à sa fin". En fait, après quelques jours d'attente, on peut aujourd'hui considérer, comme le déclarait hier Thomas Staudacher, directeur de l'observatoire volcanologique, que l'éruption du 9 mars dernier est bel et bien terminée.

ENTHOUSIASME ET PAGAILLE

Depuis la nuit de dimanche à lundi exactement, le réseau de surveillance du volcan n'enregistre plus aucun signe tangible de circulation du magma. Un indice que corroborent les observations de terrain : les scientifiques présents dans l'enclos lundi n'ont détecté aucune odeur, n'ont observé aucun dégazage, phénomène correspondant à la circulation de la lave. Le panache qui s'échappe encore faiblement du cratère du Piton Kapor n'est qu'un nuage de vapeur. On peut observer un tel phénomène sur les coulées récentes, même plusieurs mois ou plusieurs années après la fin d'une éruption, sous l'effet de l'humidité nocturne ou de la pluie qui s'infiltre dans leur cur encore brûlant
En tout état de cause, l'éruption de ce lundi 9 mars 1998 restera dans les mémoires, pour plusieurs raisons.
Survenue après cinq ans et demi de sommeil du Piton de la Fournaise, elle a déclenché un élan d'enthousiasme comme jamais il avait été donné d'en observer. L'indescriptible pagaille qui a accompagné les mouvements de foule difficilement canalisés vers le Pas de Bellecombe devra être prise en compte dans le cadre d'un futur schéma d'aménagement touristique de la région du volcan. On ne saura sans doute jamais combien de visiteurs la Fournaise a reçus en six mois, répartis entre l'enclos et la Vierge au Parasol : 100, 200 000 ou plus ? Un record assurément.
Autre record, sur lequel le Journal de l'île revenait encore récemment (encart de quatre pages à l'occasion des six mois de l'éruption, le mercredi 9 septembre) : la durée de cette éruption, hors du commun. Survenant après un temps de repos exceptionnellement long (plus de cinq ans et demi après la dernière éruption du 27 août 1992), elle est semble-t-il la plus longue qu'ait connue l'homme depuis qu'il a mis le pied sur l'île, il y a 350 ans environ. Les records précédents ne dépassent pas 150 jours; encore sont-ils sujets à caution, en raison de l'imprécision des chroniques dont nous pouvons disposer.
L'éruption du 9 mars se distingue par ailleurs par les formes d'activité auxquelles il a été donné d'assister. Spectaculaires fontaines de lave sur les cratères du 9 mars, visibles du Pas de Bellecombe (d'où l'affluence), débordements spectaculaires à proximité du Piton de Partage (très accessibles au public, par intermittence pendant plusieurs mois), puis coulées vers la route nationale 2, à la Vierge au parasol (fin juillet, début août) et enfin coulée hors enclos au mois d'août : le Piton de la Fournaise a entretenu un rare suspense sans finalement mettre en péril ni les zones habitées ni de réalisations humaines malgré la menace potentielle, alors que les images des éruptions de 1977 et de 1986 surgissaient déjà dans toutes les mémoires. Comme on le sait, la coulée de la Vierge au Parasol s'est arrêtée le 4 août à 2,50 m de la chaussée de la RN 2 ! Quant aux coulées hors enclos, elles ont stoppé leur progression à plusieurs kilomètres du village de Bois-Blanc

SPECTACULAIRE MAIS PAS SI DANGEREUX

Finalement, l'enclos du volcan s'est transformé en un vrai parc d'attraction plusieurs mois durant entre mars (si l'on excepte la fermeture abusive de l'enclos au début de l'éruption) et novembre. Barbecue sur les coulées au Piton Kapor, moulages de lave incandescente à la Vierge au Parasol : Réunionnais et touristes s'en sont donnés à cur joie sans qu'aucun incident ou accident sérieux n'ait été à déplorer. Une chance sans doute. Comme quoi le site de l'éruption, en dépit de sa fréquentation record, n'était pas vraiment beaucoup plus dangereux que les autres sites naturels de l'île.
A quand la prochaine éruption ? Au cours des mois à venir, l'observatoire volcanologique va poursuivre ses tâches de recherche et de surveillance. Analyser l'éruption qui vient de s'achever représente un travail de longue haleine qui occupera non seulement les scientifiques installés dans leur laboratoire de la Plaine-des-Cafres mais leurs homologues basés dans différents centres de recherche français et étrangers. Leurs travaux devraient alimenter prochainement des publications dans les revues scientifiques.
Quelle sera la durée de l'attente jusqu'au prochain soubresaut du volcan réunionnais ? Il n'existe aucune règle en l'espèce, une activité longue ne débouchant pas forcément sur un temps de repos long. De même, il ne faut pas attribuer la longueur de l'éruption qui vient de s'achever à la longue période de repos qui l'avait précédée ! Statistiquement, cette observation ne tient pas. Seule certitude : depuis 350 ans, le Piton de la Fournaise est crédité d'une éruption tous les 12 à 16 mois en moyenne. Un atout indéniable pour le tourisme !
François Martel-Asselin


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