Le Journal de L'Ile de la Réunion    24 Mars 1998


Quinze jours aprés le début de l'éruption du 9 mars

L'enclos du Piton de la Fournaise à nouveau accessible la nuit

La préfecture a levé hier soir - avec effet aujourd'hui - les dernières restrictions d'accès à l'enclos du volcan. On peut donc se rendre seul sur le site de l'éruption à toute heure du jour ou de la nuit.

"Depuis quelques jours, indique la préfecture dans un communiqué rendu public hier soir, l'observatoire volcanologique du Piton de la Fournaise n'enregistre plus de sismicité particulière et le trémor est stable. Une recrudescence de l'activité volcanique et l'apparition d'une nouvelle faille apparaissent peu probables dans les jours qui viennent.
"Les conditions de sécurité semblant être réunies, le préfet de la Réunion a décidé d'élargir l'accès à l'enclos en supprimant les restrictions d'horaires dès demain mardi 24 mars [ndlr: c'est-à-dire aujourd'hui]. L'accès sera donc possible de jour comme de nuit.
"La plus grande prudence est néanmoins recommandée aux visiteurs et l'accès à l'enclos se fait toujours aux conditions suivantes :
- l'accès n'est pas autorisé aux enfants de moins de huit ans;
- les personnes doivent avoit un équipement adéquat (eau, chaussures de marche, vêtements chauds, protection contre la pluie, protection contre le soleil);
- il est formellement interdit de s'écarter du sentier balisé pour se rendre au Piton Kapor;
- si les conditions météo ou l'évolution de la sismicité devaient être défavorables, l'accès à l'enclos serait immédiatement interdit.
"L'accès à la RF 5 [ndlr : route forestière du volcan] demeure ouvert aux particuliers et aux bus de moins de dix mètres sous réserve que la capacité d'accueil des parkings du Pas de Bellecombe ne soit pas dépassée", conclut le communiqué de la préfecture.

Trop tard

La levée des restrictions d'accès à l'enclos annoncée par la préfecture tombe bien tard alors que l'éruption montre des signes d'essoufflement depuis ce week-end et que rien ne justifiait plus depuis dix jours au moins les mesures imposées au public.
Pourquoi aura-t-on privé tous ceux qui s'en faisaient d'avance une joie du spectacle de l'actuelle éruption ? Mystère. Au nom de la sécurité, l'administration a assuré un verrouillage de l'enclos incompréhensible aux yeux de ceux qui avaient l'habitude depuis leur enfance de se rendre sur le site des éruptions. S'il n'est pas question de remettre en cause ici le principe des navettes, sans doute indispensables en l'absence de voies de circulation propres à faire face à une affluence sans précédent, la façon d'appréhender cette première éruption survenue après cinq ans et demi de sommeil du Piton de la Fournaise laisse dubitatifs bon nombre d'observateurs.
Ainsi, contrairement à ce qu'affirme la préfecture dans son communiqué publié hier soir pour justifier la tardive réouverture de l'enclos, l'observatoire n'enregistrait plus de sismicité particulière non pas depuis "quelques jours" mais dix très exactement, soit depuis le 13 mars, au lendemain de la seconde éruption du cratère Fred-Hudson, comme l'indique la lecture des communiqués publiés par l'observatoire volcanologique depuis cette date. Tout "danger" était donc écarté depuis bien longtemps.
Que penser alors de la déduction selon laquelle "les conditions semblant être réunies, le préfet a décidé d'élargir (sic) l'accès à l'enclos" hier ? La notion d'incertitude qu'on ne manque pas d'associer habituellement au verbe "sembler" a de quoi troubler alors que le souci de la sécurité publique semble avoir obsédé jusqu'au bout l'administration dans la gestion de la présente éruption.
Mais les Réunionnais peuvent encore s'estimer heureux: on n'ose pas imaginer ce que deviendrait leur vie si la préfecture manifestait autant de zèle à fermer préventivement la route du littoral à chaque menace du ciel qu'elle a déployé des trésors d'ingéniosité pour les empêcher de courir le moindre risque sur les pentes du volcan.
François Martel-Asselin

L'éruption s'essouffle

Après quinze jours d'éruption au Piton de la Fournaise, l'observatoire constatait hier une baisse sensible de l'activité. Ceux qui n'ont pas encore vu le spectacle doivent se dépêcher !
Hier, le cratère Fred-Hudson (éruption du jeudi 12 mars, dans le sud-ouest de l'enclos) n'émettait plus des projections que deux à trois fois par minute. Les coulées s'en échappaient en tunnel, la lave ne ressortant à l'air libre que très loin du cratère. Le Piton Kapor (éruption du 9 mars, nord de l'enclos, près du Piton de Partage) se distinguait pour sa part par des sautes d'humeur, certains épisodes d'hyperactivité succédant à de longues accalmies. En résumé, expliquait hier soir Patrick Bachèlery, géologue à l'observatoire volcanologique "cette éruption est en train de s'achever tranquillement. L'activité va être de moins en moins visible, à l'exception de phases parfois plus violentes".
"Il s'agit d'une éruption somme toute assez banale", note déjà le scientifique, tout en relevant "un marqueur essentiel" : "l'origine plus profonde que d'habitude de la sismicité qui a précédé l'éruption, de l'ordre de trois kilomètres au moins sous le niveau de la mer", "liée à l'origine des magmas mis en jeu".
Mais on ne pourra en savoir plus avant le dépouillement des heures d'enregistrements réalisées ces dernières semaines et l'analyse des dizaines d'échantillons de lave prélevés jusqu'à plusieurs fois par jour depuis le début de l'éruption. Ils pourraient fournir des indications précieuses sur l'état présent du Piton de la Fournaise et révéler certains aspects de son fonctionnement auxquels les scientifiques n'ont jamais assisté depuis la création de l'observatoire en 1979.



Suite