23 Juin 1998
Trois mois et demi après le début de l'éruption
Maître Kapor resplendissant

Depuis deux semaines, l'activité du volcan se concentre à nouveau autour du
site du Piton Kapor, qui a entamé hier sa seizième semaine d'éruption.
Du coup, l'affluence a redoublé ce week-end, remplissant à nouveau le
parking du Pas de Bellecombe.
Pendant que le "roi Dodo" vivait ses dernières heures dans l'attente
du carnaval de Saint-Gilles, de l'autre côté de l'île Maître Kapor
resplendissait samedi soir au sommet du Piton de la Fournaise. Alors que ses admirateurs
de la nuit redescendaient à peine vers les Bas, ceux de dimanche arrivaient
déjà pour le surprendre avant son réveil, nimbé des premières
lueurs de l'aube.
Comme aux débuts de l'éruption, les spectateurs ont repris leurs processions
nocturnes. Comme si les avertissements ne suffisaient pas, on croise toujours des groupes
munis d'une seule lampe à la pile défaillante pour cinq sur la route du
(pénible) retour après une nuit de veille dans la froidure. Tant d'insouciance,
tant qu'elle ne débouche pas sur un accident, ne semble pas laisser de traces dans les
mémoires. Le plaisir d'arracher des lambeaux de matière encore rouge à
l'aide de branches ou des fers à béton "empruntés" aux hampes
du balisage valent toutes les peines ! Les objets d'art en lave modelés tant bien
que mal et ramenés à la maison valent toutes les mésaventures, qu'on
passera sous silence pour ne raconter que les morceaux de bravoure perpétrés sur
les coulées arrivant au pied des spectateurs. Les assauts lancés par le Piton
Kapor depuis deux semaines ont donc conquis le public à nouveau à ses pieds :
une large coulée débouche toujours à l'air libre une cinquantaine
de mètres en aval mais sa spectaculaire cascade de plusieurs mètres de haut
(notre édition de vendredi) a "disparu" après quelques jours
d'existence. Le chenal de lave la contourne désormais, du côté
où le public arrive. Le torrent de feu prend une direction générale
nord - nord-ouest avant de reprendre la direction nord - nord-est, dans la ligne
générale de pente de l'enclos.
De nombreux débordements se produisent toujours dans la zone des coulées
récentes sur laquelle bute le sentier qui menait autrefois au cratère Magne.
La maigre végétation et les coulées anciennes disparaissent lentement,
absorbées par la progression insidieuse des laves. Elles comblent au fil des jours
la cuvette constituée par le flanc de la coulée principale du Kapor à
l'est et la pente naturelle du plancher de l'enclos à l'ouest. Un combat interminable
puisque l'un des bords de la cuvette ne cesse de s'élever en raison de l'accumulation
des laves tandis que la pente de l'autre offre encore une grande capacité d'absorption.
Textes et photos:
François Martel-Asselin
Le Pas de Bellecombe en panne d'informations

La pauvreté de la signalisation sur le site du volcan fait peine à voir. Une fois
arrivé au parking du Pas de Bellecombe, et si vous avez réussi à garer
votre voiture après avoir erré entre les remparts de terre qui délimitent
les espaces de stationnement, essayez de vous repérer ! De nuit (lorsque le kiosque
d'information est fermé), ou pour peu qu'un voile de brouillard s'obstine, difficile de
savoir où diriger ses pas. Aucune pancarte pour indiquer au visiteur (habitant de
l'île peu familiarisé avec les lieux ou touriste) la direction de l'escalier
de descente dans l'enclos, ni évidemment le Piton de Partage. Il devra parcourir en
aveugle plusieurs centaines de mètres vers la gauche pour découvrir les premiers
panneaux s'il se trouve seul, ou se fier à d'autres marcheurs.
Si tous les Réunionnais (?) savent qu'une éruption est encours, un avis
posté au Pas de Bellecombe serait le bienvenu pour le leur rappeler ou en informer les
touristes, en leur fournissant des informations pratiques de base sur les précautions
à prendre.
Aujourd'hui, la paire d'affichettes oubliées des bourrasques et des vandales
(même jusqu'ici), mal placées (on devrait les trouver en sortant de voiture),
rédigées en français seulement (la débauche de panneaux
multilingues a disparu depuis belle lurette) se révèle bien légère
au regard du phénomène qu'il est donné de voir. L'événement
mériterait tout de même qu'on s'attache sinon à sa mise en scène,
du moins à sa promotion efficace puisqu'on dispose avec l'éruption d'un support
entièrement gratuit contrairement à certaines opérations montées
à grand renfort de petits fours et d'argent public.
Quant aux leçons à tirer des scènes d'émeutes du mois de mars
autour du volcan (traduisez par "debriefing"), il semblerait qu'aucune institution
ne se soit encore penchée sur la nécessité d'une réflexion globale
à propos de l'accès au site et de son aménagement. Le tourisme a de beaux
jours devant lui.
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Un nouveau site.... internet volcanique
L'Association volcanologique européenne (LAVE) ouvre un site
internet ( http://www.mygale.org/11/lave ) en complément de sa revue bimestrielle.
Rédigée par des passionnés de volcans et de scientiques, qui plus est
amateurs de voyages, elle offre un panorama de l'activité des volcans du monde, des
informations pratiques (annonces de voyages, revue de presse, présentation
d'émissions TV, bibliographies). LAVE:7 rue de la Guadeloupe, 75018 Paris.
Télécopie: 01.42.05.30.80.
Email: lave@club-internet.fr
L'éruption sur internet avec le Journal de l'île
Vous pouvez retrouver sur le site du Journal de l'île (http://www.jir.fr) tous les articles
et les photos, notamment celles en couleurs, parues depuis le début de l'éruption,
dont la qualité surpasse celle de notre édition papier quotidienne.