Le Journal de L'Ile de la Réunion21 Juillet 1998


SEPT HOMMES EN DIFFICULTÉS AU VOLCAN

Le Père Jean et un jeune homme ont failli mourir de froid

Le temps est très mauvais aux abords de l'enclos et sept personnes secourues par les gendarmes dans la nuit de dimanche à lundi ont failli mourir de froid. Deux d'entre elles, le père jésuite Jean Naramoutou de la résidence Saint-Anne de Saint-Denis, âgé de 52 ans, et un jeune homme âgé de 25 ans, ont été retrouvés par les gendarmes, pratiquement inanimés et souffrant d'une grave hypothermie.

En fait, deux groupes distincts de personnes parties en excursion dans la région du volcan pour observer la coulée volcanique, soit d'un haut, c'est-à-dire des pourtours de l'enclos côté Nez coupé de Sainte-Rose, pour le premier (voir notre journal d'hier); soit d'en bas, c'est-à-dire de l'intérieur même de l'enclos, pour le second, ont eu bien du mal à rentrer. Certains ne seraient même jamais rentrés sans l'intervention rapide des gendarmes de la brigade territoriale de la Plaines-des-Cafres qui leur ont porté secours in extremis.
C'est ainsi qu'hier matin, aux environs de 9 heures, deux personnes, de jeunes hommes, au bord de l'épuisement, arrivaient au gîte du volcan tenu par Jacques Picard et signalaient que se trouvaient encore, entre le piton Partage et le Nez Coupé de Sainte-Rose, deux autres personnes en grande difficulté dont le père jésuite Jean Naramoutou, âgé de 52 ans, et originaire de Port-Louis à l'Ile Maurice, un religieux très connu pour avoir à de nombreuses reprises donné un coup de main aux paroisses de Saint-Benoît, du Chaudron et de la Montagne.

A DOS D'HOMMES

Les gendarmes de la Plaines-des-Cafres étaient aussitôt prévenus mais en attendant qu'ils arrivent, quatre des personnes se trouvant au gîte partaient à la rencontre des personnes naufragées du volcan sur les indications des deux rescapés. Une petite heure plus tard, ells en retrouvaient une à un quart d'heure de marche de l'extrémité de la piste conduisant au piton Partage, en direction du Nez Coupé de Sainte-Rose. Il s'agissait d'un jeune homme de 25 ans, Jean-François G., demeurant Sainte-Clotilde, de corpulence assez frêle. Il était inconscient et son corps paraissait avoir une température nettement en dessous de la normale. Sachant que les gendarmes n'allaient pas tarder à arriver, et qu'ils allaient pouvoir poursuivre les recherches, ils décidaient de prendre en charge ce premier blessé en le ramenant à dos d'homme, en se relayant, jusqu'au gîte du Pas-de-Bellecombe. Ils croisaient entre temps les gendarmes qui, au vu de l'état du jeune homme, décidaient de faire monter le SMUR.
Les sapeurs-pompiers du Tampon étaient eux aussi entre temps arrivés. En attendant l'équipe médicale, les secouristes qui entouraient le blessé le réchauffaient et, à plusieurs reprises, devaient le ranimer car il tombait en arrêt cardio-respiratoire momentané.
Pendant ce temps, les trois gendarmes de la Plaine-des-Cafres, dont le commandant de brigade et un gendarme spécialiste haute montagne, étaient partis récupérer le second qu'ils trouvaient allongé dans une flaque d'eau résultant des fortes pluies qui se sont abattues sur la région, quasiment inanimé, presque gelé. Ils le prenaient à plusieurs et le transportaient sur plus de 250 mètres avec beaucoup de difficulté compte tenu de son poids plus imposant que celui de la précédente victime, jusqu'à leur voiture 4x4 restée au Piton Partage. Pendant le trajet de retour, ils le réchauffaient, mais le père restait dans un état de semi-conscience. Arrivé au gîte, il était à son tour pris en charge par les médecins du SMUR. Tout deux étaient alors transportés dans un état sérieux d'hypothermie, la température du corps du jeune homme étant descendue jusqu'à 25°. Il était placé en réanimation dans le service de neurologie. Dans l'après-midi, les deux hommes recevaient la visite du supérieur de la résidence des jésuites. Aux dernières nouvelles, leur vie ne serait plus considérée comme étant en danger.
Les quatre hommes avaient quitté Saint-Denis la veille en début d'après-midi avec l'intention de se rendre au pied de la coulée dans l'enclos. Ils arrivaient aux environ de 18 heures au Pas-de-Bellecombe et entreprenaient la descente. Mais devant les mauvaises conditions atmosphériques, de la pluie, du vent et le froid (une température aux alentours de zéro), les difficultés de la marche et la visibilité presque nulle, Ils décidaient de rebrousser chemin. Arrivés sur le plateau, plutôt que de prendre à gauche pour s'en retourner en direction du gîte, ils prenaient à droite en direction du piton Partage qu'ils doublaient sans s'en apercevoir. Voyant la nuit tomber et commençant à être transis de froid, ils se réfugiaient dans un petit bosquet en attendant le jour. C'était à proximité du Nez Coupé de Sainte-Rose. Deux sont restés éveillés et dans un sursaut d'énergie ont réussi à regagner le gîte pour donner l'alerte, mais les deux autres se sont progressivement engourgis, jusqu'à perdre conscience.


Suite