Le Journal de L'Ile de la Réunion    21 Avril 1998


Déjà six semaines d'éruption

Le Piton Kapor est devenu un beau gaillard

L'éruption qui a débuté le lundi 9 mars dans le nord de l'enclos est entrée dans sa septième semaine hier après-midi. En dépit de cette longévité, elle ne bat cependant aucun record.


Le Piton de la Fournaise a décidé de jouer les prolongations et fait toujours salle comble comme on a pu le constater hier encore, même pour un lundi. Le Piton Kapor, un beau gaillard après six semaines d'éruption, tient bon, continue d'émettre des projections, devenues la plupart du temps bien discrètes il est vrai. Cependant, une coulée continue, à un train de sénateur, de s'échapper de sa base et va serpenter en contrebas en direction du cratère Magne.Ensuite, elle devient invisible, puisqu'elle s'écoule en tunnel vers les pentes abruptes qui mènent à la Plaine des Osmondes.
Samedi matin vers 4 heures, un pan du Piton Kapor s'est effondré, laissant la voie libre au lac de lave contenu dans le cratère : des coulées se sont largement étalées vers le cratère Magne, formant une couche épaisse de plusieurs mètres.
Depuis, le cône s'est complètement reformé mais l'effondrement se poursuit par étapes moins spectaculaires: on peut même observer l'empilement des différentes strates des projections qui forment le piton.
De fait, l'appel à la prudence vaut toujours : il faut éviter de circuler dans les environs de la base du Piton Kapor, une recrudescence d'activité soudaine pouvant toujours survenir.
Quant aux coulées récentes, évitez-les : les tunnels de lave constituent des pièges dangereux, surtout si vous marchez jambes nues, car leur voûte peut s'effondrer sans prévenir.
Une chute de quelques dizaines de centimètres peut se conclure par une fracture, mais certains tunnels mesurent jusqu'à plus d'un mètre de profondeur. A éviter, surtout si de la lave circule encore à l'intérieur !
A priori, rien n'indique que l'éruption est près de s'achever.Sa longévité (42 jours) ne constitue cependant pas un record. Au cours des vingt dernières années, quatre ont dépassé les quarante jours, le record pour cette période étant de cinquante-sept jours, en 1988. Toutefois, le fait mérite d'être souligné: il est peu fréquent que l'activité reste aussi longtemps visible, surtout à proximité immédiate du site éruptif.
Autre signe qui ne trompe pas : la silhouette du Piton Kapor surpasse désormais celle de tous les autres cônes voisins quand on regarde vers la gauche au Pas de Bellecombe. L'événement semble avoir inspiréun éleveur de la Plaine-des-Cafres qui a baptisé il y a quelques jours son veau du nom de Kapor peut-être pour lui assurer force et vaillance ?
François Martel-Asselin


C'est encore chaud

CIRCULEZ- Dimanche, des hommes du Peloton de gendarmerie de haute montagne (PGHM) ont dû faire la police à proximité du Piton Kapor. Les visiteurs qui s'approchaient trop ont été invités fermement à prendre un peu de recul avec les événements. En dehors de la méprise de samedi matin (l'accès à l'enclos interdit pendant deux heures environ par erreur, une confusion s'étant produite avec l'accès au Piton Kapor !), on ne voit plus guère d'uniformes au Pas de Bellecombe où la forêt de pancartes contradictoires qui avait poussé a depuis quelque temps disparu en même temps que les toilettes !
GAZ.- Les visiteurs étaient souvent incommodés hier, même à bonne distance du Piton Kapor, par les gaz éruptifs poussés vers l'ouest par un vent violent. Asthmatiques, s'abstenir.
TERRITOIRE.- On se souvient de la tentative de main mise sur le site du volcan par TAK lors de la ruée des premiers week-ends de l'éruption (banderoles: "La commune du Tampon vous souhaite la bienvenue" alors qu'elle partage le site avec plusieurs autres communes). Michel Vergoz, présent hier matin sur l'éruption, n'en a pas profité pour planter l'étendard de Sainte-Rose en haut du Piton Kapor : après l'avoir escaladé à moitié, prudent, il a préféré ne pas s'aventurer plus loin. Heureusement que le PGHM n'était pas là.



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