Le Piton de la Fournaise a décidé de jouer les prolongations
et fait toujours salle comble comme on a pu le constater hier encore, même
pour un lundi. Le Piton Kapor, un beau gaillard après six semaines
d'éruption, tient bon, continue d'émettre des projections,
devenues la plupart du temps bien discrètes il est vrai. Cependant,
une coulée continue, à un train de sénateur, de s'échapper
de sa base et va serpenter en contrebas en direction du cratère
Magne.Ensuite, elle devient invisible, puisqu'elle s'écoule en tunnel
vers les pentes abruptes qui mènent à la Plaine des Osmondes.
Samedi matin vers 4 heures, un pan du Piton Kapor s'est effondré,
laissant la voie libre au lac de lave contenu dans le cratère :
des coulées se sont largement étalées vers le cratère
Magne, formant une couche épaisse de plusieurs mètres.
Depuis, le cône s'est complètement reformé mais l'effondrement
se poursuit par étapes moins spectaculaires: on peut même
observer l'empilement des différentes strates des projections qui
forment le piton.
De fait, l'appel à la prudence vaut toujours : il faut éviter
de circuler dans les environs de la base du Piton Kapor, une recrudescence
d'activité soudaine pouvant toujours survenir.
Quant aux coulées récentes, évitez-les : les tunnels
de lave constituent des pièges dangereux, surtout si vous marchez
jambes nues, car leur voûte peut s'effondrer sans prévenir.
Une chute de quelques dizaines de centimètres peut se conclure par
une fracture, mais certains tunnels mesurent jusqu'à plus d'un mètre
de profondeur. A éviter, surtout si de la lave circule encore à
l'intérieur !
A priori, rien n'indique que l'éruption est près de s'achever.Sa
longévité (42 jours) ne constitue cependant pas un record.
Au cours des vingt dernières années, quatre ont dépassé
les quarante jours, le record pour cette période étant de
cinquante-sept jours, en 1988. Toutefois, le fait mérite d'être
souligné: il est peu fréquent que l'activité reste
aussi longtemps visible, surtout à proximité immédiate
du site éruptif.
Autre signe qui ne trompe pas : la silhouette du Piton Kapor surpasse désormais
celle de tous les autres cônes voisins quand on regarde vers la gauche
au Pas de Bellecombe. L'événement semble avoir inspiréun
éleveur de la Plaine-des-Cafres qui a baptisé il y a quelques
jours son veau du nom de Kapor peut-être pour lui assurer force et
vaillance ?
François Martel-Asselin
CIRCULEZ- Dimanche, des hommes du Peloton de gendarmerie de haute
montagne (PGHM) ont dû faire la police à proximité
du Piton Kapor. Les visiteurs qui s'approchaient trop ont été
invités fermement à prendre un peu de recul avec les événements.
En dehors de la méprise de samedi matin (l'accès à
l'enclos interdit pendant deux heures environ par erreur, une confusion
s'étant produite avec l'accès au Piton Kapor !), on ne voit
plus guère d'uniformes au Pas de Bellecombe où la forêt
de pancartes contradictoires qui avait poussé a depuis quelque temps
disparu en même temps que les toilettes !
GAZ.- Les visiteurs étaient souvent incommodés hier, même
à bonne distance du Piton Kapor, par les gaz éruptifs poussés
vers l'ouest par un vent violent. Asthmatiques, s'abstenir.
TERRITOIRE.- On se souvient de la tentative de main mise sur le
site du volcan par TAK lors de la ruée des premiers week-ends de
l'éruption (banderoles: "La commune du Tampon vous souhaite
la bienvenue" alors qu'elle partage le site avec plusieurs autres
communes). Michel Vergoz, présent hier matin sur l'éruption,
n'en a pas profité pour planter l'étendard de Sainte-Rose
en haut du Piton Kapor : après l'avoir escaladé à
moitié, prudent, il a préféré ne pas s'aventurer
plus loin. Heureusement que le PGHM n'était pas là.