"ÇA FAIT SALIVER !"
Alain Nativel, 53 ans, propriétaire d'un taxi desservant habituellement
les secteurs Tampon/Trois Mares, s'est mis en route aux alentours de 13h30
avec sept passagers à bord. Depuis une semaine, il n'a jamais autant
roulé sur ce ruban de route long de quelque 30 kilomètres.
Son fils, Fabrice, et lui ont bouclé 28 rotations le week-end dernier.
Des dizaines de personnes ont défilé, des bons bougres et
des mauvais coucheurs. Quatre touristes ont même filé à
la cloche de bois sans payer, "c'est dégueulasse !", comme dit Alain,
le taxi. D'autres, des piétons revenant à leur voiture, l'insultent
quand il soulève la poussière sur la route de la Plaine-des-Sables.
Pas grave, Alain oublie vite et puis la fournée est bonne, ce
coup-ci. Ont embarqué : trois familles, sept personnes en tout.
Une fratrie de trois, deux surs et un frère venus de Plaine-des-Cafres
et l'Etang-Salé, Marie-Céline et sa copine Nathalie, et leur
rejeton respectif, originaires quant à eux du Petit-Saint-Pierre,
Saint-Benoît. Clara, Cendrine et Jean-Yves ont attendu jusqu'à
hier pour monter au volcan, par peur d'être pris au piège
inextricable des embouteillages. Malgré tout, ça les tenaillait.
"On est venu voir l'éruption de près. On n'a eu droit
jusqu'à présent qu'aux images de la télévision,
ça fait saliver !", glissait Cendrine, alors que le taxi prenait
de la gite dans un virage. Marie-Céline et Nathalie sont montées
ensemble jusqu'au pied de la route forestière, la seconde dans la
voiture de la première, sa voisine. La balade était attendue
de pied ferme par leurs enfants, Marie-Céline et Julien. "En histoire-géo,
on nous a parlé du volcan.
Le professeur nous a expliqué comment naissait une éruption
et puis, on a à notre disposition des livres au CDI du collège",
expliquait Julien, après avoir levé le doigt. Nathalie avait,
elle, le visage collé à la vitre du taxi, pensive et partagée
entre deux sentiments. Ce jour était à marquer d'une pierre,
blanche comme celles qui jalonnent la route : elle n'avait jamais encore
été au volcan et encore moins vu une éruption. Pourtant,
son bébé de quatre mois resté avec son père,
lui manquait déjà Le plaisir d'avoir marché sur la
lune - ou tout comme puisqu'ils sont descendus dans l'Enclos - aura été
quelque peu gâché également pour Christelle et Franck,
deux "zoreils" installés depuis un an à la Réunion.
Partis tôt pour voir l'éruption, les jeunes comptable et médecin
dionysiens, sont tombés en panne avant d'arriver à la Plaine-des-Sables.
"C'est dommage de venir voir un tel spectacle et d'avoir un petit souci
en tête", regrettait Franck en se demandant bien à quelle
sauce il serait mangé par le garagiste, une fois déposé
par Alain qui bouclait-là sa première révolution du
week-end.