Le Journal de L'Ile de la Réunion    21 Mars 1998


Le début des vacances de Pâques est trompeur, hier le plafond bas et la pluie ont calmé l'ardeur des foules

Refroidissement à La Fournaise

Que la raison en soit une certaine forme de lassitude ou le mauvais temps, les visiteurs étaient bien moins nombreux hier à escalader la route forestière du volcan, réservée dès 13h aux seuls autocars et taxis collectifs. A 19h, 460 billets avaient été vendus par la Sotrader, dix fois moins que vendredi dernier entre 18h et 19h. L'activité volcanique étant, elle, toujours aussi régulière, c'est encore le moment de goûter au prodigieux phénomène éruptif...

Les week-ends ne se ressemblent pas quand bien même la gestion des "flux" de transports diffère peu. Quelques changements tout de même. A commencer par la localisation de la billetterie de la Sotrader, naguère installée sur la propriété de Jean-François et Linda Dijoux (lesquels s'empressent de dire qu'ils ont passé un accord moral avec la commune du Tampon mais n'ont pas été rétribués ou "défrayés" pour l'occupation du terrain). A compter d'hier, le point de vente est situé plus en aval, à 150 mètres environ du parking de 3 000/4 000 places. Foin de la petite cahute, c'est un "mobile" de chantier qui trône désormais au bord de la route, comprenant deux caisses et un "journal lumineux" annonçant "navettes volcan", flèches de direction à l'appui. Les autocars dont le nombre a été fixé à 30 dans un premier temps et les taxis collectifs (on en annonce 50 à 60) patientent au même endroit, à l'intersection du chemin de la Petite Ferme et de la route forestière. Les tarifs sont inchangés (40 francs/adulte, 20 francs/enfant moins de 15 ans, 100 francs/trois adultes ou famille de deux adultes et deux à trois enfants de moins de 15 ans). Seule différence, tout de même : une affluence en baisse très nette hier à 13h. C'est vrai, le flux grossit d'ordinaire en fin de journée. Pourtant, vendredi dernier à cette même heure, un car de 35 places, bondé de visiteurs, se mettait en route vers le Pas, suivi à cinq minutes d'intervalles par un bus plus chargé encore. Hier, ne partaient que les taxis collectifs péniblement remplis.

"ÇA FAIT SALIVER !"

Alain Nativel, 53 ans, propriétaire d'un taxi desservant habituellement les secteurs Tampon/Trois Mares, s'est mis en route aux alentours de 13h30 avec sept passagers à bord. Depuis une semaine, il n'a jamais autant roulé sur ce ruban de route long de quelque 30 kilomètres. Son fils, Fabrice, et lui ont bouclé 28 rotations le week-end dernier. Des dizaines de personnes ont défilé, des bons bougres et des mauvais coucheurs. Quatre touristes ont même filé à la cloche de bois sans payer, "c'est dégueulasse !", comme dit Alain, le taxi. D'autres, des piétons revenant à leur voiture, l'insultent quand il soulève la poussière sur la route de la Plaine-des-Sables.
Pas grave, Alain oublie vite et puis la fournée est bonne, ce coup-ci. Ont embarqué : trois familles, sept personnes en tout. Une fratrie de trois, deux surs et un frère venus de Plaine-des-Cafres et l'Etang-Salé, Marie-Céline et sa copine Nathalie, et leur rejeton respectif, originaires quant à eux du Petit-Saint-Pierre, Saint-Benoît. Clara, Cendrine et Jean-Yves ont attendu jusqu'à hier pour monter au volcan, par peur d'être pris au piège inextricable des embouteillages. Malgré tout, ça les tenaillait.
"On est venu voir l'éruption de près. On n'a eu droit jusqu'à présent qu'aux images de la télévision, ça fait saliver !", glissait Cendrine, alors que le taxi prenait de la gite dans un virage. Marie-Céline et Nathalie sont montées ensemble jusqu'au pied de la route forestière, la seconde dans la voiture de la première, sa voisine. La balade était attendue de pied ferme par leurs enfants, Marie-Céline et Julien. "En histoire-géo, on nous a parlé du volcan.
Le professeur nous a expliqué comment naissait une éruption et puis, on a à notre disposition des livres au CDI du collège", expliquait Julien, après avoir levé le doigt. Nathalie avait, elle, le visage collé à la vitre du taxi, pensive et partagée entre deux sentiments. Ce jour était à marquer d'une pierre, blanche comme celles qui jalonnent la route : elle n'avait jamais encore été au volcan et encore moins vu une éruption. Pourtant, son bébé de quatre mois resté avec son père, lui manquait déjà Le plaisir d'avoir marché sur la lune - ou tout comme puisqu'ils sont descendus dans l'Enclos - aura été quelque peu gâché également pour Christelle et Franck, deux "zoreils" installés depuis un an à la Réunion. Partis tôt pour voir l'éruption, les jeunes comptable et médecin dionysiens, sont tombés en panne avant d'arriver à la Plaine-des-Sables. "C'est dommage de venir voir un tel spectacle et d'avoir un petit souci en tête", regrettait Franck en se demandant bien à quelle sauce il serait mangé par le garagiste, une fois déposé par Alain qui bouclait-là sa première révolution du week-end.



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