Le Journal de L'Ile de la Réunion    20 Mars 1998


La circulation de nouveau limitée pour le week-end au volcan

Le public sous protection

Le système de navettes est remis en service aujourd'hui jusqu'à lundi. En l'absence de capacités d'accueil supplémentaires et d'un flux de visiteurs attendus toujours élevé, la préfecture fait le choix de la limitation volontaire. Et en appelle à la patience et à la discipline des Réunionnais. Sécurité oblige.

On prend presque les mêmes et on recommence. Avec une capacité maximale d'accueil au site du Pas de Bellecombe inchangée à 3 500 personnes et un parking limité à 600 places, difficile de faire mieux selon le préfet Robert Pommiès, qui faisait hier le point hier sur 10 jours d'organisation de la masse attirée par l'éruption du Piton de la Fournaise. La desserte du site du volcan prévue pour ce week-end diffère donc assez peu du dispositif testé la semaine dernière. Et pour cause : malgré les dérapages de la nuit de vendredi à samedi - inévitables eu égard l'afflux de visiteurs - le système a globalement bien fonctionné. En bref, la circulation sera à nouveau limitée aux véhicules de transport collectif regroupés par la Sotrader, à partir d'aujourd'hui vendredi 12 heures à lundi 6 heures du matin. Avec une petite modification : les cars venus de l'extérieur seront acceptés, malgré les réserves de certains officiels concernant la difficulté de trouver un parking pour cette catégorie à part et les difficultés d'intendance. Exemple : comment récupérer à coup sûr tout un groupe sachant que ces bus ne peuvent rester en permanence sur le parking du Pas de Bellecombe sans gêner le ballet des navettes ? Ils devront cependant utiliser un itinéraire dissocié de celui des bus et taxis : en bas, à Bourg-Murat, les bus "extérieurs" devront emprunter la route de la Petite-Ferme, tandis qu'en haut, ils stationneront au niveau du gîte du volcan.

30 000 PERSONNES ATTENDUES CE WEEK-END

En revanche, les motos resteront avec les vaches. Le préfet de la Réunion Robert Pommiès ne comprend pas la réaction des motards, par définition les utilisateurs de la route les plus épris de liberté. "Nous ne pouvons pas lâcher les motos, pour des raisons de sécurité pour les motards eux-mêmes, sur la route et au niveau du parking du Pas de Bellecombe, à cause du trafic des bus", a répété le représentant de l'Etat.
50 cars et 45 taxis sont mobilisés pour ce week-end, soit un peu moins que le maximum enregistré une semaine plus tôt, pour une fréquentation attendue de 30 000 personnes sur les trois jours (vendredi-samedi-dimanche). Soit 1 100 personnes transportées par heure et par sens. Améliorations à noter : le point de vente de billets a été déplacé vers la zone de parking n°2 (intersection du chemin Picard et du chemin du Champ de Foire), tandis que la signalisation devrait être améliorée. Le colonel de gendarmerie Jean-Paul Goujon ajoute que "pour éviter tout engorgement de Bourg-Murat, les véhicules seront stoppés en aval, au niveau de la Plaine-des-Palmistes et de la Plaine-des-Cafres", tandis que des panneaux d'indication informeront plus bas encore dans la pente les conducteurs de la situation sur la route. Ces derniers pourront ainsi faire demi-tour plus tôt en cas d'embouteillage monstre.

PRIORITÉ :
"SÉCURISER LE PITON DE PARTAGE

Une fois au site, vous ne devriez rien noter de changé. La Croix-Rouge propose toujours des sandwiches et des boissons au Pas de Bellecombe. Le barriérage des files d'attente pour les bus a été renforcé et les toilettes ont été remises en place. En revanche, les hommes de l'ONF (Office national des forêts) s'activent à "sécuriser" le site du Piton de Partage depuis hier après-midi. "Après l'héliportage des matériaux dès que la brume s'est levée, nous avons commencé à poser une barrière en dur sur toute la largeur du site : des poteaux en acier forés dans le rocher et liés par des câbles tendeurs permettant l'installation d'un filet métallique à maille ajourée résistant à un mouvement de foule" explique Jean-Luc Dunoyer, directeur adjoint de l'ONF. Le tout devrait être fin prêt ce soir avant l'arrivée de la foule.
La portion restante du sentier (qui file au Nez Coupé de Sainte-Rose) reste fermée au public et, assure-t-on à la préfecture, sera gardée "hermétiquement". L'ONF maintient ses recommandations de rester dans les itinéraires balisés : des accidents se sont produits quand des gens ont voulu accéder aux remparts par les fourrés... L'accès à l'enclos au public, lui, reste autorisé uniquement de 6 h du matin à 13 h (remontée obligatoire avant 18 h). Impossible donc d'admirer le monstre de près la nuit sauf depuis la nuit dernière à... payer 150 francs/personne pour être conduit au Piton Maurice-et-Katia-Krafft par un accompagnateur en montagne de la Réunion diplômé d'Etat et agréé par le ministère des sports. Six d'entre eux se sont déclarés mercredi à la préfecture, six autres devaient les suivre.
Deux randonnées sont organisées par nuit (départs à 20 h et 3 h du matin du Pas de Bellecombe) à raison de 20 personnes pour deux accompagnateurs. Il n'est pas inutile de préciser que c'est le Bureau des accompagnateurs qui a fixé le tarif -"scandaleux" aux yeux de nombreux marcheurs pour une marche facile de 3-4 heures aller-retour -, et que certains guides auraient aimer proposer un prix inférieur.
Xavier Lambert

Encore un effort

Le Journal de l'île évoquait dès le surlendemain de l'éruption le "volcan confisqué". Certaines réticences levées, le public peut désormais, sous bonne garde, accéder parcimonieusement au site. Si, faute d'aménagements adéquats, la route du volcan ne permet pas l'accès au plus grand nombre dans des conditions normales, rendant nécessaire des moyens de transports collectifs, soit. Mais que l'on persiste à envoyer la foule, de nuit, vers le seul Piton de Partage, la mesure relève de l'illogisme et de l'arbitraire.
La "sécurisation" décidée à la hâte le prouve : si une partie des visiteurs pouvaient se rendre dans l'enclos, moins se bousculeraient sur le fameux Piton au-dessus de deux cents mètres de
vide.
Par ailleurs, nous le maintenons comme tous ceux qui possèdent un peu d'expérience : après un "tri" des candidats à la descente nocturne du Pas de Bellecombe, le risque généré ne devrait en tout cas pas mettre en péril plus de vies que l'usage immodéré de l'automobile (plus de 8 morts par mois sur les routes réunionnaises).
L'engouement suscité par une éruption survenant après cinq ans et demi de sommeil de la Fournaise doit être canalisé, pas sanctionné. Cette dernière et désagréable impression prévaut pourtant.
Sécurité ne rime pas avec infantilisation. Pour donner une idée, l'éruption d'août 1985 avait drainé au même endroit exactement une foule certes moins importante mais à l'origine d'embouteillages jusque dans la plaine des Sables. Sans qu'on ait eu à déplorer un accident tout au long de l'éruption.
Quant aux accompagnateurs qui encadrent depuis hier les sorties nocturnes - moyennant finances, c'est leur métier - ils sont les premiers à déplorer les restrictions en cours et se défendent de protéger un monopole qu'ils jugent douteux même si les circonstances en ont fait les bénéficiaires.
F. M.-A.

Le volcan en chiffres

Il y avait 175 000 véhicules enregistrés à la Réunion en 1992, au moment de la dernière éruption du Piton de la Fournaise. Plus de 240 000 aujourd'hui qui payent une vignette (plus les autres). Soit 65 000 de plus.
Le Pas de Bellecombe est à 2 311 mètres d'altitude, le Piton de Partage à
2 359 mètres, avec un à-pic de 200 mètres.
En une semaine (entre le mardi 10 et le mardi 17 mars), les pompiers sont intervenus 210 fois, dont 99 pour un malaise et 53 blessés.
Il y a 47,2 kilomètres aller/retour entre Bourg-Murat et le Pas de Bellecombe. Soit pour un coût de revient kilométrique pour une 5 CV de 2,35 francs (barème fiscal), un coût de 135 francs. A comparer aux 100 francs que paient une famille de 2 adultes et jusqu'à 3 enfants pour prendre la navette.
3 000 personnes sont descendues dans l'enclos depuis lundi dernier. Sans compter les volcanologues, officiels, gendarmes et journalistes depuis le premier jour...
L'organisation des navettes pendant le week-end dernier a rapporté
153 183 francs à la Sotrader et lui a coûté...
216 000 francs. Les recettes des cars et des taxis oscillent respectivement entre 5 et 14 000 francs et 1 500 et 4 000 francs en un week-end. Pas l'opération financière du siècle.


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