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Autre volet de la visite jusqu'au Piton : la randonnée. Pour cela, le touriste se trouvera bien inspiré de pousser sa route jusqu'à la Maison de la montagne, reconnue pour son sérieux et la qualité de ses informations. Mais pas forcément pour le sourire de ses hôtesses... Quoi qu'il en soit, ces dernières ne manquent pas de documents sur les diverses possibilités de randonnées sur une ou plusieurs journées et d'hébergements en gîtes de montagne. Là aussi, les tarifs n'ont pas été modifiés depuis que le volcan a repris son activité, et les réservations n'ont, semble-t-il, pas explosé non plus. Voilà qui augure d'une "rando" paisible. Pas de souci à se faire de ce côté-là, les touristes ne sont pas noyés dans la masse. Ici, on n'est pas sur la Côte-d'Azur où le moindre événement est synonyme d'affluence-record, et prend l'allure d'un raz-de-marée. Cependant, il est généralement recommandé de réserver au moins 48 heures à l'avance, si l'on veut être sûr de partir le jour désiré. Voilà de quoi véritablement dépayser le touriste, généralement habitué à se battre pour défendre sa place !
IL Y EN AURA POUR TOUT LE MONDE !
A Lacaze, que le touriste averti ne manquera de visiter sous aucun prétexte,
les lieux sont également loin d'être bondés... Pour
ne pas dire carrément déserts. Le touriste se dit alors que
la basse saison touristique n'est pas un vain mot, et qu'à l'exception
de quelques personnes venues ici traîner leur ennui, l'heure n'est
pas à la cohue. Et pour cause.
A l'exception de quelques tee-shirts représentant le volcan
et annonçant clairement la couleur "9 mars 1998. 15h12. Le volcan
la pété", et des 24 photos de l'éruption de Serge
Gélabert situées à l'entrée, rien de nouveau
sous le soleil. Une cassette-vidéo de Maurice Krafft et Alain Gérente,
intitulée "La Fournaise, un volcan dans la mer" vendue 199 francs
en promotion, attire à peine l'il du badaud alangui par la chaleur.
Et pourtant, c'est l'une des meilleures - sinon la meilleure - qui existe
actuellement sur le marché. En attendant celles qui sont en train
d'être tournées. Quant aux livres traitant du volcan, l'un
d'entre eux - "Le guide du volcan actif de la Réunion" - attend
impatiemment sa réédition. Depuis 1987.
Enfin, pour compléter le tableau, le touriste déjà
déçu par ces souvenirs archaïques, observera avec amusement,
sinon avec cynisme, un puzzle de volcan datant de la préhistoire...
que personne ne pourrait décemment offrir à son pire ennemi.
Ne parlons pas des cartes postales de la Fournaise dont, à quelques
exceptions près, le stock n'a pas été renouvelé
depuis longtemps. Quant aux posters, ils sont étrangement absents
de cet inventaire à la Prévert.
PLUS KITSCH, TU MEURS !
Le touriste ne pourra pourtant pas terminer son tour sans voir l'inratable
autel volcanique trônant en plein milieu de Lacaze. Dessus, il est
impossible de manquer le panneau orange annonçant fièrement
: "Attention, véritable roche volcanique. Run Roche." En effet,
il faut voir cette inénarrable caverne d'Ali Baba. Presse-papiers
(60 F), pendules plates (125F), sabliers (99 F, avec du sable rose, vert
ou violet, c'est au choix), cendriers (125F) et autre éphémérides
(145F) constituent autant d'incroyables trésors. Seulement, il faut
bien reconnaître que la plupart de ces pièces sont d'une sensibilité
artistique douteuse, sinon démodée. Sans compter que le support
même - de la lave noirâtre refroidie - fait plus penser à
la bouse séchée d'un bovidé quelconque, qu'à
de la matière rare et précieuse. Enfin, dernière restriction
qui peut faire tiquer le touriste en mal de nouveauté, la date de
la matière première. Eh oui, la coulée de 1986 est
obsolète depuis un moment... Bref, en ce qui concerne les souvenirs,
mieux vaut ne pas être trop exigeant. Après tout, la vraie
place des souvenirs n'est pas dans des objets, mais dans la tête...
Attendue depuis longtemps (cinq ans et demie) mais néanmoins
surprenante, la coulée de lave du Piton peut donc décevoir
le touriste en mal d'assistanat et d'organisation. Cependant, la Réunion
ne semble pas prête à modifier ses habitudes pour accueillir
un tourisme de masse. Après tout, cela n'a pas empêché
plus de 100.000 personnes d'aller contempler le spectacle exceptionnel
des entrailles de la terre.