Le Journal de L'Ile de la Réunion    18 Mars 1998


L'éruption se poursuit Chacun espère que la dépression fionane viendra rien gâcher

Toujours la fête

L'activité se poursuit au Piton de la Fournaise où, hier, près de 850 personnes se sont rendues sur le site de l'éruption. La préfecture annonce la remise en vigueur ce week-end des mesures déjà prises le week-end dernier - avec des améliorations.

L'activité restait stable hier soir, avec des variations temporaires, sur les bouches éruptives du volcan, huit jours après le début de l'éruption. Aucune sismicité n'a été enregistrée au cours des vingt-quatre heures précédentes qui pourrait laisser présager une modification de l'activité. Toutefois, une nouvelle coulée du cratère Fred-Hudson (la deuxième éruption du jeudi 12 mars, dans le sud-ouest de l'enclos) se dirigeait hier soir vers le sud sur environ un kilomètre et demi. Aucune observation de l'avancée du front de coulée provenant des cratères Kapor et Maurice-et-Katia-Krafft n'a pour sa part pu être effectuée.
Hier, environ 850 personnes se sont rendues sur le site de l'éruption du nord de l'enclos, dans lequel il est possible de descendre à partir de 6 heures le matin (dernière descente à 13 heures). Les services de secours sont intervenus à plusieurs reprises pour des personnes victimes de malaises (3), ou légèrement blessées (2), voire gravement atteintes comme ce visiteur victime d'une fracture du col de l'humérus, hélitreuillé avant d'être évacué avec l'aide de l'hélicoptère de l'armée de l'air.

EN ATTENDANT FIONA

Une réunion, sous la présidence du préfet, rassemblant les services de l'Etat, le conseil général et la Sotrader, s'est tenue, hier matin, à la préfecture de Saint-Denis. Les décisions suivantes ont été prises:
- Jusqu'à vendredi midi, l'accès au Pas de Bellecombe est autorisé aux véhicules légers, aux motocyclettes ainsi qu'aux bus de tourisme de moins de dix mètres.
L'accès n'est toutefois autorisé que dans la limite des places de parkings disponibles au Pas de Bellecombe et sur ceux aménagés en aval. En cas de saturation de ces parkings, les automobilistes sont invités à patienter sur les parkings situés à Bourg-Murat ou à emprunter des taxis collectifs.
La préfecture n'est pas en charge de l'organisation du système de taxis collectifs, précise-t-elle, mais elle en encourage simplement l'activité en leur assurant la priorité et en facilitant leur rotation en cas de fermeture de la route forestière.
- A partir de vendredi midi, le système de transport public mis en place le week-end dernier sera réactivé avec quelques aménagements afin d'améliorer le service.
Les bus de tourisme de moins de dix mètres seront autorisés à monter jusqu'aux parkings en aval du Pas-de-Bellecombe.
- L'accès à l'enclos et au Piton de Partage est autorisé. Toutefois si les conditions météo devaient être défavorables (en raison notamment de l'approche de la dépression tropicale Fiona), ces accès seraient immédiatement interdits et toutes les personnes en transit devraient rejoindre le Pas de Bellecombe.
Enfin, il faut rappeler que si l'accès au Piton de Partage est autorisé, il demeure dangereux notamment en cas de forte affluence. La mise en place d'un dispositif pour renforcer la sécurité du site est en cours.

L'ensemble du massif du Piton de la Fournaise verrouillé

Randonneurs bloqués

Depuis plus d'une semaine maintenant, on ne passe plus sur les sentiers qui quadrillent le massif du volcan. Mais l'interdiction d'accès bloque en même temps tous les randonneurs qui souhaitent entreprendre la classique traversée de l'île par le GR 2 ou ses multiples variantes du Sud sauvage !

Ce mois de mars n'est décidément pas une période bénie pour les randonneurs. De très nombreux sentiers, devenus impraticables ou trop dangereux, avaient déjà été coupés ou interdits d'accès après les fortes pluies de février. Lundi 9 mars, l'Office national des forêts a été contraint de prendre de nouvelles mesures afin d'interdire cette fois l'accès aux abords du Piton de la Fournaise par les sentiers venant du littoral.

L"ENCLOS EST OUVERT, MAIS POURTANT...

Les autorités n'avaient guère envie, en effet, de voir des hordes de randonneurs surgir de partout sur un site placé sous très haute surveillance. On a vu, les jours derniers, combien les autorités peinaient déjà à canaliser les curieux, qui n'empruntaient pourtant qu'une seule route.
Pourtant, l'enclos est aujourd'hui ouvert. "Certes, mais dans des conditions de contrôle et de sécurité très strictes", souligne l'ONF. Des conditions qui ne sont pas réunies sur les sentiers du littoral, surtout pour des randonneurs peu avertis. D'autant plus lorsqu'ils s'y engagent de nuit : la semaine dernière, un couple a ainsi "perdu" sa route, au niveau de la rivière des Remparts.
C'est donc pour ces raisons de sécurité que sept sentiers sont interdits d'accès et ce jusqu'à nouvel ordre : sur Sainte-Rose, il s'agit du sentier de la Cage aux Lions vers Nez-Coupé de Sainte-Rose et du sentier partant des réservoirs EDF (Citernes) vers le fond de la rivière de l'Est. Sur Saint-Philippe, du sentier du Tremblet montant vers le Nez Coupé du Tremblet, du sentier partant de Mare-Longue-Basse-Vallée, en direction des Puys Ramond, du GR2 variante en direction de Foc-Foc, du sentier partant de Cap-Blanc et de la rivière Langevin en direction de la Plaine des Sables. Sur la Plaine des Cafres, le GR2 de la RN3 en direction du Pas de Bellecombe est également interdit.
Cette situation, aujourd'hui, ne semble plus devoir s'imposer, en raison de l'absence d'activité inquiétante au volcan, car elle pénalise inutilement les randonneurs

* Pour tout renseignement complémentaire, contacter la Maison de la montagne au 90.78.78.

Le Serveur Académique offre aux établissements scolaires des informations sur le Volcan

Un site virtuel en éruption

Le serveur académique est «en éruption» depuis quelques jours. Les écoles disposant d'un site Internet peuvent se connecter pour avoir des informations sur le volcan, en activité depuis plus d'une semaine. Les plus chanceux peuvent se rendre sur place directement, même si les plus petits doivent se contenter d'admirer de loin.

«On ne compte plus les connections», explique-t-on du côté du rectorat. «Grâce à notre site, nous offrons un moyen moderne de vivre l'éruption du piton de la Fournaise et la coulée de lave». Ainsi, les élèves ne sont pas obligés de rester coincés pendant des heures entière dans les embouteillages. De l'Italie à la France en passant par bien d'autres pays encore, les connections proviennent d'un peu partout... Le site Internet sur le serveur académique profite aussi, bien évidemment à tous les établissements scolaires de l'île connectés au réseau. Ils sont une vingtaine de lycées, collèges et écoles primaires à surfer, non pas sur les laves mais sur le web, à la recherche des nombreuses pages pédagogiques entrées dans le serveur, et des informations pratiques. De la formation de la Réunion à la structure géomorphologique du volcan, en passant par la formation des caldeiras... toutes les informations relatives au piton de la Fournaise sont ainsi disponibles en textes et en photos sur le serveur académique. Il faut cependant s'armer de patience pour trouver son compte, puisque la recherche est relativement lente. «Nous disposerons de notre propre site sur Internet dans les prochains jours et nous allons aussitôt consulter le site académique», explique Jean-Louis Bazoult, instituteur dans une école des hauts de Saint-Paul. «Internet est une source intarissable d'informations sur le volcan. Le rectorat a eu une idée lumineuse». Ses élèves, issus de familles modestes, seront en tout cas ravis de voir des images comme à la télé. Surtout ceux qui n'ont pas de moyens de transport. «Mes parents ne travaillent pas, on n'a pas de voiture. C'est pour ça qu'on n'est pas encore allé au volcan», regrette Julian... Grâce aux fonds propre de l'école, une visite sur le site... naturel n'est pas à exclure. Chose qui se fait déjà dans d'autres établissements. «Dans chaque école, l'équipe pédagogique est libre d'organiser ses sorties. Mais il faut que le conditions de sécurité soient respectées tout au long du déplacement», précise-t-on encore du côté du rectorat. «Les élèves doivent également tenir compte des consignes mises en place»...
Parfois on s'estime mieux en phase avec la nature lorsqu'on se rend directement sur place. Les élèves de terminale et de la 1re S du lycée de Stella à Saint-Leu ne diront pas le contraire. Accompagnés de leur professeurs Alain Barrère - enseignant détaché de l'académie à la Maison du volcan - ils se sont approchés des torrents de lave, hier. Contrairement aux écoliers, âgés pour la plupart de moins de 8 ans, les lycéens peuvent accéder à l'enclos. Une visite à la Fournaise et un volcan en activité sur lesquels il faudra sans doute disserter dans les prochains jours.
Georges Lazarre

* Précision : Le rectorat étudie avec RFO la possibilité d'entrer les prises de vues de la télévision sur le site. Adresse de l'académie : www. ac-réunion.fr/pedagogie/svt/volcimag


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