Depuis le temps qu'on attendait ça... Privés de volcan
depuis plus d'une semaine, c'est-à-dire cantonnés à
regarder le spectacle du Pas de Bellecombe ou du Piton de Partage, le grand
public a pu enfin s'approcher tout près du site éruptif,
situé dans le nord de l'enclos. Une descente au cur du monstre qui
ne pouvait s'effectuer sans un nettoyage et sérieux balisage du
sentier censé mener les visiteurs à l'éruption. Tout
le week-end donc, les agents de l'ONF ont travaillé en vue d'une
éventuelle ouverture de l'enclos ce lundi matin, la décision
finale revenant au seul préfet, jusqu'alors très prudent
depuis le début de la "crise".
"ON OUVRE !"
Hier matin, 6 heures. Trois bonnes heures avant de prendre sa décision
d'ouvrir ou de laisser fermer l'enclos, le préfet descend dans l'enclos
pour une marche de reconnaissance jusqu'aux cratères en feu. Dans
son sillage, 114 personnes apprend-on, notamment tout ce que compte la
Réunion en militaires de haut rang... Plus qu'une simple balade,
il s'agit en fait d'une répétition grandeur nature. La raison
officielle est claire : tester, dans les conditions du "direct"
comme on dit, la faisabilité du parcours. Epouses, amis, enfants,
connaissances et parents censés jouer le rôle du touriste
"moyen". Se greffent également à la petite troupe
quelques "vrais" touristes opportunistes, profitant de cette
avant-première (plus militaire que mondaine) pour arriver les premiers
sur le site. En revanche, pas d'élus du coin, probablement fatigués
de la veille, qui ne font pas partie de la procession.
Une fois sur place, visiblement satisfait du balisage et rassuré
par les dernières nouvelles en provenances de l'observatoire, Robert
Pommiès confirme l'ordre d'ouvrir l'accès au public à
partir de 9 heures. L'imposante délégation prend alors le
chemin du retour, plus délicat à en voir les nombreux visages
grimaçants et connus, avec sa sévère escalade du rempart
de l'enclos.
A neuf heures "pétantes", les gendarmes laissent descendre
les premiers candidats au volcan. Un peu comme à l'entrée
d'un stade de foot, un rapide examen est organisé. Rien de bien
sévère en fait, juste le moyen pour les forces de l'ordre
de vérifier si les marcheurs ne vont pas au casse-pipe. En bas,
quelques passages sur d'anciennes coulées de "gratons",
pourtant bien damées, peuvent justifier le port d'une bonne paire
de chaussures. En tout cas, n'oubliez pas des vêtements adaptés
(votre chapeau !). "Ne descendez que si vous avez de l'eau !",
lance le gendarme chargé de compter tous ceux qui descendent. Une
femme tente de passer avec sa petite fille. Cette dernière porte
à ses pieds une paire de chaussures à peine plus épaisses
que des chaussons de danse. On fait comprendre à la "gentille
maman" que sa petite n'ira pas bien loin, car aussi facile que soient
la descente et la marche, elle ne convient qu'aux gens bien équipés,
avec un minimum - tout de même - de condition physique.
Sorti de la foule, un homme s'approche de l'équipe du "Journal
de l'île" pour s'enquérir du résultat des élections...
Ce métropolitain est intéressé par un résultat
à Pézenas, puisqu'il est candidat là-bas ! Finalement,
visiblement déçu de ne pas avoir eu sa réponse, il
descendra dans l'enclos "la mort dans l'âme" sans savoir
si les électeurs héraultais ont pensé à le
plébisciter. D'autres métropolitains, membres de L'association
volcanologique européenne (LAVE la bien nommée), ne se sont
pas souciés d'aller voter dimanche puisque, dès jeudi, ils
étaient dans l'avion, direction la Réunion. Passion volcanique,
quand tu nous tiens...
UNE COULÉE SURPRISE DANS LA NUIT
Il faut, pour un marcheur moyen, guère plus d'une heure et quart
pour rallier le site de l'éruption. Au bout de l'effort, deux semblants
de belvédères ont été aménagés,
à peine plus distants l'un de l'autre de 300 mètres. A vrai
dire, le site n'était pas vraiment envisagé comme tel mais
un "imprévu de dernière minute" est survenu dans
la nuit de dimanche à lundi...
Vers quatre heures du matin, suite à un gros bouchon dans le lit
principal de la rivière de lave, cette dernière dévie
sa trajectoire pour contourner par le nord-ouest le cratère Magne,
dont le sommet dominant était, jusqu'à cette surprenante
coulée, le repaire des scientifiques, cinéastes et photographes.
Certains d'entre eux, endormis dans leur petit camp au pied du cratère,
se réveillent en catastrophe et plient bagage en quatrième
vitesse.
Avec cette impressionnante nouvelle "langue" de lave, l'ouverture
de l'enclos au public a bien failli être reportée. A sept
heures du matin, RFO annonce même que l'enclos restera fermé
ce lundi. Les autorités n'ont pourtant pas pris leur décision
finale et les hommes du peloton de gendarmerie de haute montagne (PGHM)
modifient quelque peu le tracé du sentier dans son final, ce qui
a malheureusement pour conséquence de reculer, encore un peu plus,
le public des points chauds.
UNE AUTRE DIMENSION
Sur place, le spectacle est magnifique, différent en tout cas
de celui que vous avez pu voir du haut du Piton de Partage. Si la vision
reste moins globale, le bruit, la chaleur et l'odeur parfois âcre
(le soufre!) vous donnent une autre vision du phénomène.
Hier, les premiers arrivés ont même pu approcher à
quelques mètres de la fameuse coulée de lave "rebelle"
de la nuit précédente, à peine refroidie en surface
et surtout encore "rouge sang" à l'intérieur...
Certains ont même pu repartir avec un petit bout de lave chaud comme
un petit pain au chocolat sortant du four.
Lundi 13h. Les gendarmes ferment le chemin d'accès à l'enclos.
Pas encore prêtes à laisser le public visiter le site de nuit,
les autorités ont décidé hier d'interdire toute nouvelle
descente après 13h. Par contre, pour la journée d'aujourd'hui,
le dispositif prévoit un accès à partir de six heures
et non plus à neuf heures comme hier. Vous avez donc plus de temps
pour vous décider à franchir le pas... de Bellecombe et approcher
"la bête" au plus près...