Le Journal de L'Ile de la Réunion    17 Mars 1998


L'Enclos du Piton de la Fournaise enfin ouvert au public

Approchez-vous du monstre entre 6h et 13h

Depuis hier matin, et malgré une coulée de lave "rebelle" qui a bien failli tout remettre en cause, les Réunionnais peuvent à nouveau communier avec leur volcan, descendre dans l'enclos pour s'approcher au plus près des jeunes cratères rugissants. Ce lundi pourtant, ils n'ont pas été beaucoup plus de 200 à tenter l'aventure. Un périple sans grosses difficultés pourtant (1h15 aller) et plutôt bien encadré par les gendarmes.

Depuis le temps qu'on attendait ça... Privés de volcan depuis plus d'une semaine, c'est-à-dire cantonnés à regarder le spectacle du Pas de Bellecombe ou du Piton de Partage, le grand public a pu enfin s'approcher tout près du site éruptif, situé dans le nord de l'enclos. Une descente au cur du monstre qui ne pouvait s'effectuer sans un nettoyage et sérieux balisage du sentier censé mener les visiteurs à l'éruption. Tout le week-end donc, les agents de l'ONF ont travaillé en vue d'une éventuelle ouverture de l'enclos ce lundi matin, la décision finale revenant au seul préfet, jusqu'alors très prudent depuis le début de la "crise".

"ON OUVRE !"

Hier matin, 6 heures. Trois bonnes heures avant de prendre sa décision d'ouvrir ou de laisser fermer l'enclos, le préfet descend dans l'enclos pour une marche de reconnaissance jusqu'aux cratères en feu. Dans son sillage, 114 personnes apprend-on, notamment tout ce que compte la
Réunion en militaires de haut rang... Plus qu'une simple balade, il s'agit en fait d'une répétition grandeur nature. La raison officielle est claire : tester, dans les conditions du "direct" comme on dit, la faisabilité du parcours. Epouses, amis, enfants, connaissances et parents censés jouer le rôle du touriste "moyen". Se greffent également à la petite troupe quelques "vrais" touristes opportunistes, profitant de cette avant-première (plus militaire que mondaine) pour arriver les premiers sur le site. En revanche, pas d'élus du coin, probablement fatigués de la veille, qui ne font pas partie de la procession.
Une fois sur place, visiblement satisfait du balisage et rassuré par les dernières nouvelles en provenances de l'observatoire, Robert Pommiès confirme l'ordre d'ouvrir l'accès au public à partir de 9 heures. L'imposante délégation prend alors le chemin du retour, plus délicat à en voir les nombreux visages grimaçants et connus, avec sa sévère escalade du rempart de l'enclos.
A neuf heures "pétantes", les gendarmes laissent descendre les premiers candidats au volcan. Un peu comme à l'entrée d'un stade de foot, un rapide examen est organisé. Rien de bien sévère en fait, juste le moyen pour les forces de l'ordre de vérifier si les marcheurs ne vont pas au casse-pipe. En bas, quelques passages sur d'anciennes coulées de "gratons", pourtant bien damées, peuvent justifier le port d'une bonne paire de chaussures. En tout cas, n'oubliez pas des vêtements adaptés (votre chapeau !). "Ne descendez que si vous avez de l'eau !", lance le gendarme chargé de compter tous ceux qui descendent. Une femme tente de passer avec sa petite fille. Cette dernière porte à ses pieds une paire de chaussures à peine plus épaisses que des chaussons de danse. On fait comprendre à la "gentille maman" que sa petite n'ira pas bien loin, car aussi facile que soient la descente et la marche, elle ne convient qu'aux gens bien équipés, avec un minimum - tout de même - de condition physique.
Sorti de la foule, un homme s'approche de l'équipe du "Journal de l'île" pour s'enquérir du résultat des élections... Ce métropolitain est intéressé par un résultat à Pézenas, puisqu'il est candidat là-bas ! Finalement, visiblement déçu de ne pas avoir eu sa réponse, il descendra dans l'enclos "la mort dans l'âme" sans savoir si les électeurs héraultais ont pensé à le plébisciter. D'autres métropolitains, membres de L'association volcanologique européenne (LAVE la bien nommée), ne se sont pas souciés d'aller voter dimanche puisque, dès jeudi, ils étaient dans l'avion, direction la Réunion. Passion volcanique, quand tu nous tiens...

UNE COULÉE SURPRISE DANS LA NUIT

Il faut, pour un marcheur moyen, guère plus d'une heure et quart pour rallier le site de l'éruption. Au bout de l'effort, deux semblants de belvédères ont été aménagés, à peine plus distants l'un de l'autre de 300 mètres. A vrai dire, le site n'était pas vraiment envisagé comme tel mais un "imprévu de dernière minute" est survenu dans la nuit de dimanche à lundi...
Vers quatre heures du matin, suite à un gros bouchon dans le lit principal de la rivière de lave, cette dernière dévie sa trajectoire pour contourner par le nord-ouest le cratère Magne, dont le sommet dominant était, jusqu'à cette surprenante coulée, le repaire des scientifiques, cinéastes et photographes. Certains d'entre eux, endormis dans leur petit camp au pied du cratère, se réveillent en catastrophe et plient bagage en quatrième vitesse.
Avec cette impressionnante nouvelle "langue" de lave, l'ouverture de l'enclos au public a bien failli être reportée. A sept heures du matin, RFO annonce même que l'enclos restera fermé ce lundi. Les autorités n'ont pourtant pas pris leur décision finale et les hommes du peloton de gendarmerie de haute montagne (PGHM) modifient quelque peu le tracé du sentier dans son final, ce qui a malheureusement pour conséquence de reculer, encore un peu plus, le public des points chauds.

UNE AUTRE DIMENSION

Sur place, le spectacle est magnifique, différent en tout cas de celui que vous avez pu voir du haut du Piton de Partage. Si la vision reste moins globale, le bruit, la chaleur et l'odeur parfois âcre (le soufre!) vous donnent une autre vision du phénomène.
Hier, les premiers arrivés ont même pu approcher à quelques mètres de la fameuse coulée de lave "rebelle" de la nuit précédente, à peine refroidie en surface et surtout encore "rouge sang" à l'intérieur... Certains ont même pu repartir avec un petit bout de lave chaud comme un petit pain au chocolat sortant du four.
Lundi 13h. Les gendarmes ferment le chemin d'accès à l'enclos. Pas encore prêtes à laisser le public visiter le site de nuit, les autorités ont décidé hier d'interdire toute nouvelle descente après 13h. Par contre, pour la journée d'aujourd'hui, le dispositif prévoit un accès à partir de six heures et non plus à neuf heures comme hier. Vous avez donc plus de temps pour vous décider à franchir le pas... de Bellecombe et approcher "la bête" au plus près...


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