Le Journal de L'Ile de la Réunion    15 Mars 1998


APRÈS LA GRANDE PAGAILLE DE VENDREDI SOIR, L'ORGANISATION MAîTRISE LA SITUATION EN METTANT EN PLACE DES MESURES DE RéGULATION

"Reste zot case de préférence !"

Après une journée sans bousculade, les autorités ont mis en place, en fin d'après-midi d'hier, un système de régulation de l'accès des visiteurs à Bourg-Murat à partir de la Plaine-des-Cafres et de la Plaine-des-Palmistes, espérant ainsi éviter les scènes de pagaille de la nuit précédente.

L'affluence considérable et inattendue, l'indiscipline, plus quelques imprévus (pénurie de gazole aux stations-service, mouvement d'humeur des chauffeurs de bus) ont eu raison vendredi soir de l'organisation, que d'aucuns ne sauraient blâmer, tant il est vrai qu'il n'est pas du tout aisé de mettre sur pied en si peu de temps un réseau chargé de convoyer des milliers et des milliers de visiteurs impatients d'être aux premières loges pour assister au spectacle de l'éruption volcanique. De fait, le système de navette de cars s'est avéré insuffisant et la billetterie a dû être fermée, tandis que les autorités conseillant aux arrivants de ...retourner chez eux.

DES MESURES DE RÉGULATION

Combien étaient-ils ? Selon la préfecture, le réseau de transport public mis en place depuis vendredi 13h à Bourg-Murat a permis en douze heures à 16 000 personnes d'accéder au Pas de Bellecombe. Et combien d'autres ont dû rebrousser chemin ? Ceux qui avaient déjà acheté leurs tickets de transport ont dû attendre parfois pendant plus de cinq heures un car ou un minibus, alors qu'on avait annoncé qu'il y aurait une rotation toutes les cinq minutes. Et ce, dans le froid de l'altitude et l'énervement. Une situation que les enfants et même certains adultes n'ont pu supporter et on ne comptait plus les victimes de malaises.
D'ailleurs, le poste avancé des pompiers a dû effectuer plus de 90 interventions au cours de la nuit. "Il était prévu un départ toutes les 5 minutes, mais trop de gens sont arrivés en même temps. Les barrières ont cédé et ils se sont rués sur les bus qui attendaient et qui ont dû démarrer simultanément", devait expliquer hier matin le préfet Robert Pommiès, en reconnaissant que le système avait montré ses limites.
"L'attente est trop longue, mais le spectacle valait le coup", déclaraient ceux qui avaient pu monter dans un bus à une heure pas trop tardive. Car, d'autres, prévoyant une attente interminable, ont préféré se lancer à pied et lorsqu'ils sont arrivés à destination après six heures de marche pénible, le jour était déjà levé. Maigre consolation, ils ont pu retourner en bus. On imagine leur frustration ! "Vers 21h, on nous a dit qu'il n'y avait plus de navette, parce qu'il n'y avait plus de gazole ou parce que des chauffeurs ne voulaient plus continuer", auraient entendu certains. Information non confirmée, car à chaque fois qu'ils étaient autorisés à conduire d'autres visiteurs jusqu'au Pas de Bellecombe, les chauffeurs l'ont fait. Et certaines personnes ont déclaré qu'elles ont pu monter dans un bus vers 2h du matin.
Attente pour accéder au Pas de Bellecombe, mais aussi attente pour retourner à Bourg-Murat. Le préfet conseillait, hier matin à la radio, à ceux qui avaient l'intention de faire le déplacement de rester chez eux : "Nous ne pouvons pas assurer à l'ensemble des visiteurs de pouvoir aller voir l'éruption dans de bonnes conditions. Etalez vos visites, la coulée va se poursuivre jusqu'au week-end prochain, peut-être plus..."
Pour faire face à tous ces problèmes et désagréments, que certains n'ont pas hésité à comparer à des scènes d'exode, les autorités se devaient de déployer des trésors d'imagination. D'abord, la semaine étant terminée pour les scolaires, les bus de ramassage sont venus grossir la flotte déjà en place. Ce qui devait permettre au système de navettes de mieux fonctionner, avec quelque 70 cars et 60 taxis minibus, la Sotrader ayant pu augmenter le nombre de véhicules de son réseau de transport public et ainsi améliorer les prestations offertes, avec la diminution des files d'attente, mieux organisées. Ensuite surtout, dès hier matin, la préfecture a pris des mesures pour réguler l'accès à Bourg-Murat, à partir de la RN3 tant pour les visiteurs en provenance du 23e km et du littoral Sud que pour ceux arrivant de la Plaine-des-Palmistes.
C'est ainsi qu'à 16h15 elles ont été effectives. Ne pouvant plus avancer, les automobilistes avaient la possibilité de rebrousser chemin en faisant demi-tour, pour les Sudistes à l'intersection de la départementale 36 route de Notre-Dame-de-la-Paix et pour les Nordistes à l'intersection de la départementale 55 à la Petite-Plaine...

LA RÉUSSITE APRÈS L'CHEC

Cette régulation, explique un communiqué de la préfecture, était "indispensable pour permettre de n'accueillir au Pas de Bellecombe qu'un nombre de visiteurs compatible avec la sécurité de tous." Le même communiqué recommandait à ceux qui en ont la possibilité de différer leur visite, l'Observatoire volcanologique estimant que "l'éruption devrait durer plusieurs jours encore". Autre mesure prises par les autorités pour éviter la même pagaille que vendredi soir : autoriser l'accès au Pas de Bellecombe aux véhicules privés de transport en commun de moins de dix mètres de longueur. Mais, pour que toutes ces mesures soient un tant soit peu efficaces, il était nécessaire que les visiteurs acceptent de limiter leur temps de présence au Pas de Bellecombe et principalement au piton de Partage.
Mais, ce n'était pas le cas, hier en fin de journée. Ainsi, à 18h par exemple, les flots de véhicules se dirigeant vers Bourg-Murat étaient toujours stoppés depuis près de deux heures aux intersections de Notre-Dame-de-la-Paix et de la Petite-Plaine. En effet, à la billetterie, 4 100 tickets de transport ayant été débités depuis midi et seulement 600 personnes étant redescendues, on estimait à quelque 3 500 le nombre de visiteurs sur le site du Pas de Bellecombe, ce qui était déjà beaucoup trop. Mais, après le coucher du soleil, ceux qui avaient suffisamment vu le spectacle ayant été assez raisonnables pour laisser la place à d'autres, les emplacements de parking (3.000 contre 2.000 la veille) se libérant régulièrement, le sous-préfet Philippe Schaeffer, en rendant hommage au dévouement malgré la fatigue des quelque 300 personnes mobilisées pour l'accueil des visiteurs (gendarmes, pompiers, agents de l'ONF, Croix-Rouge, chauffeurs de bus et taxis, etc), pouvait annoncer que les arrivants étaient à nouveau acceptés. "La situation tendue de vendredi soir aura permis de tirer de multiples enseignements et personne n'a ménagé ses efforts pour permettre la réussite d'aujourd'hui après l'échec d'hier", devait-il conclure. Mais après tout, sans le dispositif mis en place par les autorités, on n'ose imaginer combien le cauchemar qu'aurait eu à connaître les visiteurs...

UNE JOURNÉE SANS BOUSCULADE

Mais, la gentille cohue de la fin de journée et du début de soirée d'hier n'avait rien à voir avec la situation paisible qui aura prévalu durant toute la matinée et l'après-midi jusque vers 16h. En effet, à Bourg-Murat, les files d'attente n'étaient jamais étendues (avec au maximum une centaine de personnes ; à midi et demi, plus personne n'attendait) et la bonne humeur régnait, sous un soleil cuisant. Entre 4h du matin et 13h, seulement 1 200 tickets ont été vendus. Il est vrai que la journée le spectacle n'a rien de comparable avec celui de la nuit. Néanmoins, nombreux sont ceux qui ont sacrifié une demi-heure de marche à partir du Pas de Bellecombe pour converger vers le piton Partage et être aux premières loges pour dominer la première éruption qui a débuté lundi après-midi. Sur la piste de la plaine des Sables, en milieu de matinée, le temps du trajet entre Bourg-Murat et le Pas de Bellecombe, nous n'avons pas croisé plus d'une demi-douzaine de véhicules de transport en commun !
En début de soirée, alors que la pleine lune brillait haut dans le ciel, en bonne discipline, les visiteurs affluaient sagement, respectant les consignes de sécurité, s'efforçant de ne pas trop s'attarder au piton Partage.
Du coup, les délais d'attente tant pour monter que pour redescendre étaient raisonnables. Si les autorités arrivent à gérer aussi bien la situation, nul doute que les candidats à la visite de l'éruption seront encore nombreux aujourd'hui et ce soir.
A moins qu'ils ne tiennent à accomplir leur devoir électoral avant tout, ou qu'ils ne soient rebutés à la pensée de devoir reprendre le travail demain. Malgré tout, craignant d'être débordés, les responsables de l'organisation conseillent toujours aux visiteurs de rester chez eux aujourd'hui et de différer leur déplacement...
Textes et photos:
Sulliman Issop, Richel Ponapin
et Benoît Lepissier

LE VOLCAN NE FAIBLIT PAS

Augmentation de l'activité hier soir

Alors que le Piton de la Fournaise en était hier soir à son cinquième jour d'éruption, l'observatoire volcanologique enregistrait un accroissement de l'activité.

La Réunion n'en est peut-être pas au bout de ses surprises alors que son volcan continue de se manifester de plus belle. Lundi dernier 9 mars, après cinq ans et demi de sommeil, le Piton de la Fournaise se réveillait au terme d'une crise sismique sans précédent par sa durée. Quatre fissures s'ouvraient sur le flanc nord du cône terminal et la lave jaillissait.
Jeudi 12, après une série de séismes enregistrés depuis la veille, une nouvelle fissure s'ouvrait, dans le sud-ouest de l'enclos cette fois.
Et depuis hier en début de soirée, le réseau de surveillance de l'observatoire volcanologique enregistre un regain d'activité, comme ont pu le constater les spectateurs massés au piton de Partage hier soir.
L'activité éruptive restait hier soir la plus importante à proximité du cratère Magne. Le cratère égueulé décrit encore hier se referme et un début de tunnel s'est formé à sa base, qui évacue la lave. Il s'agit en fait d'un cône double, d'une hauteur de 40 mètres environ pour 80 mètres de longueur. Le front de coulée qui descend dans la plaine des Osmondes n'a pas significativement avancé.
Pour ce qui concerne l'autre cône situé en contrebas du cratère Charles, l'activité a perdu beaucoup de sa superbe par rapport au premier jour.
Quant à la fissure qui s'est ouverte jeudi 12, un cône la surmonte maintenant, haut de 15 à 20 mètres, égueulé en direction du rempart. La coulée s'étire lentement vers le sud après une sortie en cascade.
Si l'on en croit des familiers de l'activité du Piton de la Fournaise, l'activité pourrait durer encore une quinzaine de jours. Ils relèvent par ailleurs qu'il est plus qu'inhabituel d'avoir affaire à des éruptions simultanées au Piton de la Fournaise.

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Les aménagements se poursuivent

Après une journée de travail d'amélioration du sentier de descente dans l'enclos (notre édition d'hier), un sentier a été tracé en direction de la première éruption. A proximité du cratère Magne, une DZ (dropping zone) a été aménagée pour permettre aux hélicoptères de se poser. Les hommes du peloton de gendarmerie de haute montagne (PGHM) de la Réunion sont totalement impliqués dans l'opération. Ils ont installé hier une série de piquets garnis de tresse de chantier pour matérialiser les zones accessibles et celles interdites dans la perspective d'une éventuelle ouverture de l'enclos qui pourrait intervenir lundi à moins qu'une augmentation de l'activité du volcan en décide autrement. En tout état de cause, l'accès à l'enclos ne serait autorisé que de jour, l'évacuation se faisant dès 15 heures sans doute, la circulation dans l'escalier du Pas de Bellecombe s'effectuant à sens unique, par vagues successives pour éviter les embouteillages.



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