DES MESURES DE RÉGULATION
Combien étaient-ils ? Selon la préfecture, le réseau
de transport public mis en place depuis vendredi 13h à Bourg-Murat
a permis en douze heures à 16 000 personnes d'accéder au
Pas de Bellecombe. Et combien d'autres ont dû rebrousser chemin ?
Ceux qui avaient déjà acheté leurs tickets de transport
ont dû attendre parfois pendant plus de cinq heures un car ou un
minibus, alors qu'on avait annoncé qu'il y aurait une rotation toutes
les cinq minutes. Et ce, dans le froid de l'altitude et l'énervement.
Une situation que les enfants et même certains adultes n'ont pu supporter
et on ne comptait plus les victimes de malaises.
D'ailleurs, le poste avancé des pompiers a dû effectuer
plus de 90 interventions au cours de la nuit. "Il était prévu
un départ toutes les 5 minutes, mais trop de gens sont arrivés
en même temps. Les barrières ont cédé et ils
se sont rués sur les bus qui attendaient et qui ont dû démarrer
simultanément", devait expliquer hier matin le préfet Robert
Pommiès, en reconnaissant que le système avait montré
ses limites.
"L'attente est trop longue, mais le spectacle valait le coup", déclaraient
ceux qui avaient pu monter dans un bus à une heure pas trop tardive.
Car, d'autres, prévoyant une attente interminable, ont préféré
se lancer à pied et lorsqu'ils sont arrivés à destination
après six heures de marche pénible, le jour était
déjà levé. Maigre consolation, ils ont pu retourner
en bus. On imagine leur frustration ! "Vers 21h, on nous a dit qu'il n'y
avait plus de navette, parce qu'il n'y avait plus de gazole ou parce que
des chauffeurs ne voulaient plus continuer", auraient entendu certains.
Information non confirmée, car à chaque fois qu'ils étaient
autorisés à conduire d'autres visiteurs jusqu'au Pas de Bellecombe,
les chauffeurs l'ont fait. Et certaines personnes ont déclaré
qu'elles ont pu monter dans un bus vers 2h du matin.
Attente pour accéder au Pas de Bellecombe, mais aussi attente
pour retourner à Bourg-Murat. Le préfet conseillait, hier
matin à la radio, à ceux qui avaient l'intention de faire
le déplacement de rester chez eux : "Nous ne pouvons pas assurer
à l'ensemble des visiteurs de pouvoir aller voir l'éruption
dans de bonnes conditions. Etalez vos visites, la coulée va se poursuivre
jusqu'au week-end prochain, peut-être plus..."
Pour faire face à tous ces problèmes et désagréments,
que certains n'ont pas hésité à comparer à
des scènes d'exode, les autorités se devaient de déployer
des trésors d'imagination. D'abord, la semaine étant terminée
pour les scolaires, les bus de ramassage sont venus grossir la flotte déjà
en place. Ce qui devait permettre au système de navettes de mieux
fonctionner, avec quelque 70 cars et 60 taxis minibus, la Sotrader ayant
pu augmenter le nombre de véhicules de son réseau de transport
public et ainsi améliorer les prestations offertes, avec la diminution
des files d'attente, mieux organisées. Ensuite surtout, dès
hier matin, la préfecture a pris des mesures pour réguler
l'accès à Bourg-Murat, à partir de la RN3 tant pour
les visiteurs en provenance du 23e km et du littoral Sud que pour ceux
arrivant de la Plaine-des-Palmistes.
C'est ainsi qu'à 16h15 elles ont été effectives.
Ne pouvant plus avancer, les automobilistes avaient la possibilité
de rebrousser chemin en faisant demi-tour, pour les Sudistes à l'intersection
de la départementale 36 route de Notre-Dame-de-la-Paix et pour les
Nordistes à l'intersection de la départementale 55 à
la Petite-Plaine...
LA RÉUSSITE APRÈS L'CHEC
Cette régulation, explique un communiqué de la préfecture,
était "indispensable pour permettre de n'accueillir au Pas de Bellecombe
qu'un nombre de visiteurs compatible avec la sécurité de
tous." Le même communiqué recommandait à ceux qui en
ont la possibilité de différer leur visite, l'Observatoire
volcanologique estimant que "l'éruption devrait durer plusieurs
jours encore". Autre mesure prises par les autorités pour éviter
la même pagaille que vendredi soir : autoriser l'accès au
Pas de Bellecombe aux véhicules privés de transport en commun
de moins de dix mètres de longueur. Mais, pour que toutes ces mesures
soient un tant soit peu efficaces, il était nécessaire que
les visiteurs acceptent de limiter leur temps de présence au Pas
de Bellecombe et principalement au piton de Partage.
Mais, ce n'était pas le cas, hier en fin de journée.
Ainsi, à 18h par exemple, les flots de véhicules se dirigeant
vers Bourg-Murat étaient toujours stoppés depuis près
de deux heures aux intersections de Notre-Dame-de-la-Paix et de la Petite-Plaine.
En effet, à la billetterie, 4 100 tickets de transport ayant été
débités depuis midi et seulement 600 personnes étant
redescendues, on estimait à quelque 3 500 le nombre de visiteurs
sur le site du Pas de Bellecombe, ce qui était déjà
beaucoup trop. Mais, après le coucher du soleil, ceux qui avaient
suffisamment vu le spectacle ayant été assez raisonnables
pour laisser la place à d'autres, les emplacements de parking (3.000
contre 2.000 la veille) se libérant régulièrement,
le sous-préfet Philippe Schaeffer, en rendant hommage au dévouement
malgré la fatigue des quelque 300 personnes mobilisées pour
l'accueil des visiteurs (gendarmes, pompiers, agents de l'ONF, Croix-Rouge,
chauffeurs de bus et taxis, etc), pouvait annoncer que les arrivants étaient
à nouveau acceptés. "La situation tendue de vendredi soir
aura permis de tirer de multiples enseignements et personne n'a ménagé
ses efforts pour permettre la réussite d'aujourd'hui après
l'échec d'hier", devait-il conclure. Mais après tout, sans
le dispositif mis en place par les autorités, on n'ose imaginer
combien le cauchemar qu'aurait eu à connaître les visiteurs...
UNE JOURNÉE SANS BOUSCULADE
Mais, la gentille cohue de la fin de journée et du début
de soirée d'hier n'avait rien à voir avec la situation paisible
qui aura prévalu durant toute la matinée et l'après-midi
jusque vers 16h. En effet, à Bourg-Murat, les files d'attente n'étaient
jamais étendues (avec au maximum une centaine de personnes ; à
midi et demi, plus personne n'attendait) et la bonne humeur régnait,
sous un soleil cuisant. Entre 4h du matin et 13h, seulement 1 200 tickets
ont été vendus. Il est vrai que la journée le spectacle
n'a rien de comparable avec celui de la nuit. Néanmoins, nombreux
sont ceux qui ont sacrifié une demi-heure de marche à partir
du Pas de Bellecombe pour converger vers le piton Partage et être
aux premières loges pour dominer la première éruption
qui a débuté lundi après-midi. Sur la piste de la
plaine des Sables, en milieu de matinée, le temps du trajet entre
Bourg-Murat et le Pas de Bellecombe, nous n'avons pas croisé plus
d'une demi-douzaine de véhicules de transport en commun !
En début de soirée, alors que la pleine lune brillait
haut dans le ciel, en bonne discipline, les visiteurs affluaient sagement,
respectant les consignes de sécurité, s'efforçant
de ne pas trop s'attarder au piton Partage.
Du coup, les délais d'attente tant pour monter que pour redescendre
étaient raisonnables. Si les autorités arrivent à
gérer aussi bien la situation, nul doute que les candidats à
la visite de l'éruption seront encore nombreux aujourd'hui et ce
soir.
A moins qu'ils ne tiennent à accomplir leur devoir électoral
avant tout, ou qu'ils ne soient rebutés à la pensée
de devoir reprendre le travail demain. Malgré tout, craignant d'être
débordés, les responsables de l'organisation conseillent
toujours aux visiteurs de rester chez eux aujourd'hui et de différer
leur déplacement...
Textes et photos:
Sulliman Issop, Richel Ponapin
et Benoît Lepissier