Le Journal de L'Ile de la Réunion    14 Mars 1998


Malgré des débuts difficiles dus à l'aménagement in extremis du parking "géant", autocars et taxis ont commencé leurs rotations

Le volcan, à la bonne franquette !

A 11h, une gentille pagaille régnait encore. Pas facile, il est vrai, de mettre sur pied une organisation susceptible de gérer les déplacements d'une trentaine de milliers de personnes par 24h et ce durant tout un week-end. Pourtant, à 13h, pile à l'heure, le premier autocar s'est élancé avec sa cargaison de touristes et visiteurs - une trentaine en tout - vers le Pas de Bellecombe.

Le chantier du parking était encore loin d'être terminé une heure avant son ouverture, prévue la veille pour midi. Problématique quand on sait que les voitures qui étaient supposées y stationner commençaient déjà à arriver. Ordres, contre-ordres se sont succédé. Il était d'abord question que les automobilistes soient autorisés à emprunter la route forestière du volcan et à se garer sur les parkings situés avant le terminus du Pas de Bellecombe et ce jusqu'au début des rotations, à 13h. Patatras, changement de programme. Les véhicules, finalement, allaient dès midi être refoulés, à l'orée de la Plaine-des-Sables ou, bien en amont, au rond-point de la billetterie, au croisement des rues du chemin du Champ-de-Foire et de la rue Bois-JoliPotier.

LES MOTARDS MÉCONTENTS

Pour l'heure, le parc de stationnement principal n'étant toujours pas ouvert, les automobilistes étaient invités à stationner - correctement - dans les rues de Bourg-Murat, éventuellement aux alentours de la billetterie et, enfin sur un petit espace mitoyen avec le fameux parking. Pendant ce temps, les 30 autocars - d'une capacité allant de 37 à 60 places assises - mobilisés par la Sotrader, commençaient à arriver. Les premiers étaient à pied-d'uvre aux alentours de 11h30. Par ailleurs, 40 taxis collectifs de huit places devaient prendre place dans le dispositif. Les uns et les autres se sont vu remettre un macaron de couleur jaune (C pour les cars et T pour les taxis) nécessaire pour franchir le barrage de la gendarmerie. D'autres sésames avaient été remis, roses pour les éleveurs, verts pour les riverains. Par ailleurs, volcanologues, ingénieurs, toutes personnes ayant à travailler sur le site devaient présenter un sauf-conduit pour passer les différents points de contrôle.
Pas d'exceptions, du moins en principe. Les cars de tourisme ne devaient pas franchir les barrages, ordre leur ayant été intimé de déposer leurs passagers au carrefour du chemin du Champ-de-Foire avant de se replier vers le parking de La Diligence où ils devaient stationner. De même, les motos étaient refoulées, d'abord jusqu'au Centre de vacances du service national, face au champ-de-foire. Une fois cet espace rempli, les motards étaient invités à se garer en épis sur le bitume. Une suggestion fort judicieuse que l'on doit à Yves Gruyer de RFO. Ces considérations n'ont pas toujours été comprises par les motards. Ainsi, Michel, 33 ans, est venu jeudi soir de Saint-Denis à moto afin de passer la nuit sur le Piton de Partage. Hier matin, il est descendu jusqu'au parking situé à 150 m de l'intersection avec la route forestière. "Je trouve qu'il est anormal d'interdire l'accès aux motos, leur encombrement étant moindre que celui des voitures. Le système d'avant était mieux selon moi puisqu'il laissait les motos libres de circuler jusqu'au Pas de Bellecombe. Moi, je voulais bien faire profiter des personnes de ma place arrière afin de les amener là-haut". Michel comptais faire payer 30 FF à ses passagers, histoire de "rendre service" tout en ayant ses frais d'essence couverts. Dommage. Garés vaille que vaille, les premiers visiteurs sont arrivés vers midi devant les trois caisses installées dans la cabane fraîchement construite par les employés de la Sotrader. D'une façon générale, le fait de payer ne posait pas problème aux "usagers". A commencer par Jean et Geneviève, un couple de métropolitains, respectivement âgés de 68 et 67 ans qui, pourtant, râlaient un "bon peu".
"Nos enfants vivent à la Montagne, à Saint-Denis et nous sommes venus leur rendre visite. En fait, on fait d'une pierre deux coups. On les voit et on en profite pour se rendre sur le volcan. Nous étions ici assez tôt donc nous avons essayé de nous rendre en voiture jusqu'en haut pour être refoulés à mi-chemin. Nous sommes redescendus. Nous voulions nous garer sur le parking le plus proche (Ndlr : celui utilisé jusqu'à présent) mais l'on nous a demandé de poursuivre notre route jusqu'au parc de stationnement. Mais c'est en chantier ! Finalement, nous avons dû stationner à côté. On regrette un peu que des informations contradictoires circulent"

"ON PRÉFÈRE PAYER PLUTÔT QUE DE SE RETROUVER PRIS AU PEÈGE"

Beaucoup d'autres personnes ont eu le tort d'arriver trop tôt. Jeannette et Josiane, la première étant venue avec ses deux chiens Lucky Luke et Ariane, ont dû rebrousser chemin avant la Plaine-des-Sables, à l'invitation de la maréchaussée. A 13h10, elles s'apprêtaient à embarquer dans le deuxième autocar en partance vers le volcan, le temps que leur chauffeur revienne de la billetterie avec les précieux tickets de transport. Malgré l'embarras causé par une mauvaise coordination au tout début de la journée, les deux femmes étaient plutôt satisfaites de la tournure prise par les événements. "On trouve que c'est très bien fait. Le prix n'est pas un problème pour nous", expliquaient-elles, assises sur un muret face à la longue litanie de cars. Joël, chaudronnier, Sophie et leur petite fille de 5 ans, Emilie, accompagnés de Jean-Luc, mécanicien entretien, n'ont pas non plus "chipoté" pour régler les 120 francs de leur voyage.
"On vient souvent en pique-nique au volcan. Nous avons tous pris notre journée pour aller voir l'éruption. Pour nous, l'essentiel, c'est d'arriver sans trop de casse. On préfère payer plutôt que de se retrouver pris au piège sur la route", expliquait Joël, qui avait prévu des "trains chauds", c'est-à-dire le nécessaire pour se couvrir en cas de froidure. Les plus heureux étaient encore Serge, 34 ans, Jacques, 53 ans et Mireille, 55 ans, trois touristes métropolitains, des fous de la Réunion où ils sont venus chacun, au moins à cinq reprises. Habitués de la Grande Traversée, le trio de sportifs en tenue complète (short, chaussures de marche, tee-shirt et sac-à-dos), est arrivé cette fois dans l'île dans l'unique but de voir l'éruption du volcan. En chemin vers les cars, après avoir réglé leur voyage, ils confiaient : "Nous sommes venus en bus depuis Saint-Denis, puis Saint-Benoît. Nous avons d'abord couché à La Diligence mais comptons séjourner à compter de dimanche soir au gîte du volcan Jusqu'à présent, l'organisation nous semble parfaite !" Tout a été réfléchi en effet. Afin d'éviter que les marcheurs ne déambulent au milieu de la chaussée empruntée maintenant par les gendarmes, militaires, riverains et fermiers, des barrières bleu, blanc et rouge ont été dressées sur le côté droit. Ce qui fait râler quelques-uns. "Allons dire qu'on est des bufs !", s'écriait notamment un père de famille. Dans le tout premier car, l'ambiance était plus calme. Quoique Les quelque 30 passagers, les tout premiers à embarquer à bord d'un car de la Sotrader, avaient tout de même l'air de bouillir de l'intérieur. D'impatience, bien sûr. Le volcan, plus que jamais, ça se mérite

Jasmin Moutoussamy s'en va-t-en-guerre

Dans un courrier adressé hier au préfet, Jasmin Moutoussamy, alias Eric Michel, le président du CTR estime que "les dernières mesures prises à compter du 13 mars et jusqu'au 16 mars pénalisent gravement l'activité touristique sur cette zone (Ndlr : du volcan), sans bénéficier d'arguments décisifs, tantsur le plan de la sécurité, de la fluidité de la circulation que de l'égalité d'accès au volcan (les touristes devant payer deux fois puisqu'ils ont déjà réglé dans la plupart des cas avant leur séjour dans l'île, une excursion programmée dans les brochures touristiques). Je regrette un manque de concertation alors même que le CTR s'était rapproché de vos services en début de semaine et qu'une première décision favorable, même limitée, avait été prise en faveur des professionnels du tourisme. () Je me permets de solliciter officiellement un réexamen d'urgence de ce dossier pour les prochains jours, de manière à rechercher une solution prenant en compte les contraintes des acteurs touristiques dans le respect bien entendu des conditions de sécurité et de bonne circulation".

On attend 30 000 visiteurs au volcan...

"Pas de Bellecombe, terminus"

Pour tenter de canaliser les milliers de curieux attendus ce week-end au Piton de la Fournaise, la préfecture a donc décidé de gérer "militairement" la situation. Vendredi matin pourtant, bon nombre de visiteurs ont pu constater - à leurs frais - que le système de transport car/taxi n'était visiblement pas encore rodé...
C'est donc parti pour le "week-end de tous les dangers" sur la route du volcan... Un week-end ou 30 000 Réunionnais pourraient converger simultanément ou presque vers la Fournaise. Pour éviter l'embouteillage du siècle, les autorités ont imaginé un plan de circulation plutôt draconien excluant tout type de transport individuel sur l'unique route qui mène au Pas de Bellecombe, terminus des 30 autocars et 45 taxis réquisitionnés pour l'occasion pendant 48h non-stop pour assurer les rotation Bourg-Murat/Volcan (23 kilomètres). Sur le papier, cette solution probablement aussi extrême que nécessaire, ne présente pas de difficultés logistiques majeures, Par contre, on voit mal des cars se croiser sur certaines portions de cette étroite route de montagne aux pourcentages souvent sévères. Dans notre édition d'hier, le préfet Robert Pommies précisait "Je joue avec le feu si un car casse un essieu", comprenez qu'un bus en panne au beau milieu de la route bloquerait complètement la circulation. Sans envisager l'incident mécanique, force est de constater que le système de transport car/taxi n'a pas parfaitement fonctionné vendredi matin, c'est le moins que l'on puisse dire. Si tout le monde (ou presque) à pu monter au Pas de Bellecombe, de nombreux visiteurs sont restés sur la paille au moment de redescendre, ce qui a valu aux observateurs présents sur place d'assister à des scènes pour le moins cocasses, qui auraient tout aussi bien pu dégénérer sans la bonne humeur ambiante hier soir à Bellecombe.
Nombreux à effectuer les rotations toute la nuit, les cars et les taxis devaient se volatiliser mystérieusement sur le coup des 6/7 heures du matin. Montés en car dans la nuit, après s'être chacun acquitté d'un billet aller/retour pour 30 F (alors que l'aller-retour est sensé en coûté 40...), Philippe et Cédric, deux jeunes Saint-Pierrois en quête de sensations éruptives, ont sérieusement galéré pour redescendre : "Si on nous avez dit que tous les cars disparaîtraient ainsi du site du volcan pour aller assurer le ramassage scolaire à Saint-Louis et au Tampon, on aurait pu prévoir le coup. On ne le savait pas. par contre, nos sommes sûrs d'avoir payé pour un aller/retour. Et maintenant comment on rentre ?".
Les gendarmes stationnés au Pas de Bellecombe ont donc du improviser pour, dans un premier temps, calmer les esprits "chauds" de ceux qui reprenaient le travail le matin puis trouver une solution. Certes, les gendarmes ne pouvaient pas tout faire, comme ouvrir au public les portes de leur fourgon (vide et en partance du Piton) pour s'improviser taxi, au grand dam d'un honnête homme qui hurlait :"Si l'armée existe, c'est grâce à mes impôts !". Gênés eux aussi par cette situation assez pitoyable dont ils n'étaient en rien responsables, les gendarmes ont dû imaginer la mise en place d'un sytème de co-voiturage. Il était ainsi demandé (avec une extrême politesse et sans rien imposer) à chaque automobiliste quittant le Pas de Bellecombe de bien vouloir charger une ou deux personnes en attente.
Dès qu'un automobiliste répondait "oui" d'un signe de la tête, tout le monde se levait de concert pour tenter d'arriver les premier sur la banquette arrière. Une sorte de jeu des chaises musicales... En tout cas, la solidarité motorisés-visiteurs "oubliés" a très bien fonctionné. Il faut dire qu'après avoir contemplé pendant des heures un tel feu d'artifice, on se sent forcément mieux dans sa peau, la notion d'entraide suivant tout naturellement. Cependant, jeudi soir et vendredi matin, on pouvait réellement parler de "rodage", en espérant que tout se passe bien pour ce week-end qui, de toute façon, s'annonce chaud comme le cur du volcan.
B.L.

* Motos
Au courant des projets préfectoraux qui visaient à leur interdire l'accès au volcan dès vendredi après-midi, les motos s'étaient probablement donné rendez-vous pour leur dernière nuit jeudi soir dernier. En effet, des centaines de bécanes de toutes cylindrées ont convergé ce jeudi vers les sommets. Une espèce de rassemblement en quelque sorte.

* Poubelles
C'est peut-être le dernier souci des autorités mais les poubelles débordent régulièrement depuis le début de la crise. Elles ne sont visiblement pas vidées régulièrement. C'est sale et ça donne une mauvaise image.

* Sentier
A force d'être foulé par les milliers de visiteurs, le jadis "casse-patte" sentier qui mène au Piton de Partage est aujourd'hui un vrai boulevard. Plutôt une bonne nouvelle en attendant l'ouverture de l'Enclos au public.



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