Le Journal de L'Ile de la Réunion13 septembre 1998


Quand le volcan offrait à la Réunion 25 ha de terre en mer

D'une éruption à l'autre

Le Piton Kapor a fêté mercredi ses six mois d'éruption ininterrompue. Ses coulées n'ont cependant pas encore atteint la mer. Dimanche dernier, nous partions à la découverte du cratère d'avril 1977 dont les échappements ont traversé Piton Sainte-Rose. Ce week-end, autre leçon de géologie appliquées avec l'exploration, à partir du Puits Arabe, des coulées de mars 1986 qui allaient agrandir la Réunion de 25 ha gagnés sur l'océan.

Venant de Saint-Philippe ou du Grand-Brûlé, vous ne pouvez pas manquer la bifurcation, parfaitement signalée, vers le Puits Arabe, point de départ de notre randonnée de ce dimanche. Le week-end, le site est envahi par les pique-niqueurs mais ils dépassent rarement les abords immédiats du vaste parking. Quelques pas sur le sentier de la coulée de mars 1986 nous mettrons définitivement à l'abri des sonos hurlant à pleins décibels.
Tout ce secteur jusqu'à la Pointe de la Table a été inclus dans le jardin volcanique de Saint-Philippe créé après l'éruption de mars 1986.
Celle-ci s'est déroulée en quatre épisodes entre le 19 et le 30 mars. Elle débute le 19 au matin par une petite coulée de 300 m au pied du Nez Coupé du Tremblet. L'épisode ne dure que 24h. Le 20, une fissure de 600 m s'ouvre sur le flanc sud-est en dehors de l'enclos à 1 050 m d'altitude en dehors de l'enclos juste au-dessus du Piton de Takamaka. Des fontaines de laves de 30 m de haut empruntent les ravines Citron-Galet et Takamaka coupant la RN 2 dans l'après-midi. 500 personnes sont évacuées. La coulée Nord atteint la mer dans la nuit. Celle de Takamaka se stabilise 300 m en aval de la route. En venant du Grand-Brûlé vous avez coupé leur trajectoire.
Le 23 au matin, des fissures longues de 800 m et larges de 80 cm apparaissent sur la RN 2 à hauteur de l'Ilêt Palmistes. La lave sort dans l'après-midi entre la route et l'océan. Le magma de plus en plus fluide se jette dans la mer le 24 mars en deux coulées donnant des cascades spectaculaires. Au total, ce sont 5 millions de mètres cubes qui s'épancheront pendant une semaine faisant gagner à notre île 25 ha sur l'océan.
C'est ce dernier site que nous allons visiter. Les informations que nous venons de vous donner, complétées par un quatrième panneau expliquant les coulées hors enclos sont visibles au départ du sentier. Prenez le temps de les lire car vous n'en trouverez pas d'autres, ce qui est dommage, tout au long de la balade.
L'itinéraire s'enfonçe sous les vacoas et débouche presque immédiatement sur de vastes dalles de lave. Un balisage, carrés et flèches blancs, que l'on gardera à vue, matérialise le parcours. Un escalier permet de descendre sur la coulée.
Nous longeons l'ancienne falaise érigée par les laves d'une coulée remontant à 1776. Elle a été remise à niveau par les laves de mars 1986. A l'origine, le site était totalement recouvert par des formations de la phase III du Piton de la Fournaise construites de - 60 000 à - 5 000 ans avant Jésus-Christ. Les structures de refroidissement en prismes ont forgé des orgues basaltiques.
Sous nos pieds, la lave figée est veinée de bleu ou de rouge. Le sentier flirte par intermittence avec la végétation où abondent filaos et vacoas. Les dalles laissent la place à du graton.
Nous voici rendus sur la première coulée vaste rivière noire immobilisée pour l'éternité entre deux murs de forêts. Dans ce paysage minéral, quelques bouquets de filaos tentent victorieusement de coloniser la pierre jetant des tâches vertes dans cette trouée sombre.
Nous nous engageons à gauche là où il y a douze ans, les laves en furie dévalaient les pentes croisant au passage tunnels de laves et laves en graton. Ce chenal mène au point de sortie de la lave ayant fonctionné du 24 au 31 mars. Les outrages du temps n'ont pas effacé le point initial d'émission avec les boursouflures de laves figées au sein même de la fissure.
Un itinéraire part de là pour rejoindre en une vingtaine de minutes la RN 2. La progression se fait au milieu d'un foisonnement de vanille en longeant les fractures principales ayant coupé la route le 23 mars.
De retour sur la coulée, nous prenons cette fois la branche Nord qui conduit à une cascade de lave solidifiée surplombée par une arche de lave. A 200 m sur la gauche en regardant vers l'océan, et après avoir cheminé un court instant sous la végétation, un escalier permet de descendre sur la plate-forme constitué de laves avec de belles figures cordées ou en tripes.
Revenus au sommet de l'escalier poussez sur la droite où le sentier continue jusqu'à apercevoir l'Anse des Cascades et le Gros Piton.
Le chemin du retour emprunte un raccourci. Vous n'aurez pas à remonter jusqu'au point d'émission. Le sentier coupe en longeant la côte. A partir de la première coulée, l'itinéraire est le même qu'à l'aller. Bonne balade et à bientôt.

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