Le Journal de L'Ile de la Réunion13 Aout 1998


UNE FISSURE A "SAUTÉ" LE REMPART DE L'ENCLOS CE WEEK-END ET LA LAVE A COULÉ QUELQUES HEURES

Hauts de Bois-Blanc : éruption terminée

Les habitants du village situé au pied du volcan peuvent respirer : après quarante-huit heures d'incertitude, la reconnaissance aérienne d'hier midi a permis de déterminer que toute activité a cessé en dehors de l'enclos.

Ce n'est pas faute d'avoir essayé depuis lundi matin, mais l'hélicoptère de la gendarmerie nationale est parvenu hier midi seulement à trouver l'ouverture dans la couche nuageuse qui avait jusque-là empêché toute reconnaissance. On en a enfin eu le cur net : la coulée observée lundi matin par un pilote lors d'un vol touristique - et restée invisible depuis - se trouvait bien là où elle avait été décrite, dans l'est - nord-est du piton de Sainte-Rose (à ne pas confondre avec le village de Piton Sainte-Rose comme on a pu l'entendre sur certaine radio). Mais l'éruption est terminée ! Aucune menace ne pèse donc sur Bois-Blanc qui appréhendait quelque peu l'idée de savoir les coulées, même encore hors de portée, au-dessus du village
Thomas Staudacher, directeur de l'observatoire volcanologique, rapporte comment l'hélicoptère a pu se poser dans la zone des coulées, déjà refroidies : "Leur température ne dépassait pas 40° Celsius. Elles avaient dû cesser de couler depuis longtemps déjà".

UN FOUILLIS DE VÉGÉTATIONINEXTRICABLE

Les lueurs aperçues mardi soir dans le ciel des hauts de Sainte-Rose devaient donc être celles du Piton Kapor, né de l'éruption du 9 mars, et non celles de la coulée hors enclos, estime-t-il encore. D'ailleurs, hier midi, seule une fumée blanche s'en élevait, traduisant une simple évaporation de l'humidité alors qu'une fumée bleue signale généralement la circulation de la lave.
Deux hommes du peloton de gendarmerie de haute montagne (PGHM) avaient dans un premier temps tenté une approche à pied, après avoir été déposé à proximité du cassé de la rivière de l'Est.
Après avoir quitté le sentier qui mène de ce superbe point de vue sur le fond des gorges vers la zone de l'éruption (piton de Sainte-Rose), ils ont dû cependant rendre les armes, le jeu n'en valant tout de même pas la chandelle : confronté à un sol marécageux (les concurrents des premières courses de la Passe-Montagne gardent à n'en pas douter un souvenir humide et boueux du lieu-dit et bien nommé "Les Mares"), les militaires ont préféré renoncer en découvrant qu'ils s'enfonçaient dans une végétation de type futaie inextricable.
Bois-Blanc, au terme de ces explorations, a pu s'endormir rassuré hier soir mais la vigilance demeure de rigueur.
François Martel-Asselin
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Une toute petite éruption

On ne saura jamais combien de temps a fonctionné l'ouverture hors enclos (la troisième au XXe siècle, la septième en 350 ans d'occupation humaine de l'île) découverte fortuitement lundi matin par un pilote d'hélicoptère. Apparue samedi ou dimanche, comme pourraient en témoigner les éboulements enregistrés à partir de vendredi par l'observatoire volcanologique à proximité du Nez coupé de Sainte-Rose, elle est à l'origine d'une longue fissure large de 30 à 40 centimètres d'où sont sorties deux coulées. Larges de 3 à 20 mètres, longues de 5 à 600 mètres, celles-ci ont recouvert une surface d'environ 10 000 mètres carrés pour une épaisseur de l'ordre de 2 mètres, soit un volume total estimé de 15 à 25 000 mètres cubes, très faible donc, et qui laisse présumer une éruption très brève, peut-être quelques heures tout au plus. Leur température ne dépassait pas 40° Celsius en surface hier. La fissure n'a émis aucune projection, seulement des laves "lisses" (pahoehoe, selon la terminologie hawaiienne en usage) et des gratons. Des prélèvements ont été effectués.
Les gendarmes, au cours de leur survol, ont pu relever les coordonnées des coulées grâce à un GPS embarqué (Global Positioning System) qui permettra ensuite à l'observatoire de les cartographier avec précision. Mais on sait déjà que la coulée amont est sortie à 1 700 mètres d'altitude, à 1,750 kilomètre à l'est du Nez coupé de Sainte-Rose et à 500 mètres au nord du rempart, soit un peu moins du sentier dit de la Cage aux lions qui mène à la route nationale 2 en longeant l'enclos. 500 mètres "seulement" mais 500 mètres d'une végétation quasi impénétrable
La coulée la plus basse s'est arrêtée vers 1500-1450 mètres d'altitude, soit à 5,5 kilomètres du village de Bois-Blanc. Elle n'a donc même pas eu le temps de commencer à emprunter la ravine du même nom qui le traverse en arrivant sur le littoral. Bois-Blanc respire mais "la surveillance des sites concernés se poursuit avec la plus grande vigilance", indiquait la préfecture dans un communiqué publié hier soir.

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