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Juillet 1998
LA FOULE COMMENCE À CONVERGER VERS LA VIERGE AU PARASOL
QUI VOIT LA COULÉE VOLCANIQUE SE RAPPROCHER DE JOUR EN JOUR
La lave au bout du bâton

Les laves ne sont qu'à un peu moins de deux heures de marche de
la route nationale, dans le bas des Grandes Pentes, côté rempart
de Sainte-Rose. Les spécialistes estiment que, dans le meilleur
des cas, elles atteindraient la route d'ici à jeudi. La grande foule
n'est pas encore au rendez-vous mais il y avait hier nettement plus de
monde que d'ordinaire sur le site de la Vierge au Parasol.
Si le site de la Vierge au Parasol a connu un regain de fréquentation
hier dimanche avec cent cinquante à deux cents voitures au plus
fort de l'affluence, le volcan vu d'en bas n'a pas, pour l'heure, attiré
la foule du volcan vu d'en haut. Le culte de la Sainte Mère avec
ses marchands du temple n'a pas encore été véritablement
détrôné, mais cela ne saurait tarder. Car, au fur et
à mesure que la coulée de lave va se rapprocher de la Nationale,
les visiteurs vont se rendre au grand spectacle. Elle ne devrait toutefois
pas l'atteindre avant quatre ou cinq jours précisent les gendarmes
rencontrés sur place et qui revenaient d'une reconnaissance, car
la lave a atteint une zone de réduction de la déclivité
qui se présente comme une succession de dos d'âne transversaux
à la pente du Grand Brûlé. Hier, des centaines de courageux
marcheurs ont gravi les quelques deux mille à deux mille cinq cents
mètres qui mènent à la coulée de feu, mais
seulement quelques dizaines l'ont atteinte, les autres se sont contentés
de regarder le spectacles du haut des promontoirs que forment les dos d'âne
successifs qui montent à l'assaut des Grandes Pentes. Si les premiers
n'ont pu que s'imaginer la coulée en voyant s'élever la fumée
de derrière la végétation, les seconds ont pu s'approcher
à quelques mètres de la pointe extrême de la languette
de feu et, à l'aide d'un bâton cueilli dans les buissons,
prélever un peu de la lave et la ramener comme un trophée
en la montrant à ceux qui, croisés sur le chemin, essouflés
et transpirant, les pressaient de question pour savoir si c'était
encore loin. Un trophée au tintement de cristal qui, soit dit en
passant, vaut bien le diplôme délivré par le maire
du Tampon à ceux qui, quatre mois plus tôt, revenaient de
la coulée par le Pas-de-Bellecombe. «C'est vraiment beau,
ça vaut le déplacement, j'y retournerai» s'exclamait
Alix Hoareau de Bel-Air Saint-Joseph, qui exhibait comme un fanion une
verge de bois à l'extrémité moulée de lave.
«J'ai ramené cette lave pour ma fille; un souvenir qui nous
récompense de la fatigue du chemin», renchérissait
Marco Jovien de Saint-Denis, tenant un semblable bout de bois marqué
du sceau du feu de la terre. «Un spectacle émouvant, non je
ne regrette pas, c'est vraiment différent de ce qu'on peut voir
à la télé», commentait Rosalie Vénérosy
de Sainte-Marie. «C'est super, c'est extraordinaire, c'est tout simplement
chouette», clamait Jimmy Corré du 12e kilomètre au
Tampon donnant à tâter à qui voulait bien un petit
morceau de terre cuite étincelante aux reflets bleutés et
encore chaude. En fait, ils sont venus des quatre coins de l'île,
hésitants ou décidés au départ, mais ravis
de leur ascension au final. Depuis la route, si on ne voit pas véritablement
la coulée de lave, on la devine.
Il suffit de suivre des yeux une autre coulée, celle des visiteurs
qui en revient, pour situer la première quelque part dans l'alignement
de la Vierge au Parasol qui lui fait face et qui se prépare à
renouveler le miracle d'il y a un peu plus de vingt ans lorsque l'église
de Piton Sainte-Rose avait commandé à la terre de feu d'épargner
la maison de Dieu.