Le Journal de L'Ile de la Réunion13 Juillet 1998


LA FOULE COMMENCE À CONVERGER VERS LA VIERGE AU PARASOL QUI VOIT LA COULÉE VOLCANIQUE SE RAPPROCHER DE JOUR EN JOUR

La lave au bout du bâton

Les laves ne sont qu'à un peu moins de deux heures de marche de la route nationale, dans le bas des Grandes Pentes, côté rempart de Sainte-Rose. Les spécialistes estiment que, dans le meilleur des cas, elles atteindraient la route d'ici à jeudi. La grande foule n'est pas encore au rendez-vous mais il y avait hier nettement plus de monde que d'ordinaire sur le site de la Vierge au Parasol.

Si le site de la Vierge au Parasol a connu un regain de fréquentation hier dimanche avec cent cinquante à deux cents voitures au plus fort de l'affluence, le volcan vu d'en bas n'a pas, pour l'heure, attiré la foule du volcan vu d'en haut. Le culte de la Sainte Mère avec ses marchands du temple n'a pas encore été véritablement détrôné, mais cela ne saurait tarder. Car, au fur et à mesure que la coulée de lave va se rapprocher de la Nationale, les visiteurs vont se rendre au grand spectacle. Elle ne devrait toutefois pas l'atteindre avant quatre ou cinq jours précisent les gendarmes rencontrés sur place et qui revenaient d'une reconnaissance, car la lave a atteint une zone de réduction de la déclivité qui se présente comme une succession de dos d'âne transversaux à la pente du Grand Brûlé. Hier, des centaines de courageux marcheurs ont gravi les quelques deux mille à deux mille cinq cents mètres qui mènent à la coulée de feu, mais seulement quelques dizaines l'ont atteinte, les autres se sont contentés de regarder le spectacles du haut des promontoirs que forment les dos d'âne successifs qui montent à l'assaut des Grandes Pentes. Si les premiers n'ont pu que s'imaginer la coulée en voyant s'élever la fumée de derrière la végétation, les seconds ont pu s'approcher à quelques mètres de la pointe extrême de la languette de feu et, à l'aide d'un bâton cueilli dans les buissons, prélever un peu de la lave et la ramener comme un trophée en la montrant à ceux qui, croisés sur le chemin, essouflés et transpirant, les pressaient de question pour savoir si c'était encore loin. Un trophée au tintement de cristal qui, soit dit en passant, vaut bien le diplôme délivré par le maire du Tampon à ceux qui, quatre mois plus tôt, revenaient de la coulée par le Pas-de-Bellecombe. «C'est vraiment beau, ça vaut le déplacement, j'y retournerai» s'exclamait Alix Hoareau de Bel-Air Saint-Joseph, qui exhibait comme un fanion une verge de bois à l'extrémité moulée de lave. «J'ai ramené cette lave pour ma fille; un souvenir qui nous récompense de la fatigue du chemin», renchérissait Marco Jovien de Saint-Denis, tenant un semblable bout de bois marqué du sceau du feu de la terre. «Un spectacle émouvant, non je ne regrette pas, c'est vraiment différent de ce qu'on peut voir à la télé», commentait Rosalie Vénérosy de Sainte-Marie. «C'est super, c'est extraordinaire, c'est tout simplement chouette», clamait Jimmy Corré du 12e kilomètre au Tampon donnant à tâter à qui voulait bien un petit morceau de terre cuite étincelante aux reflets bleutés et encore chaude. En fait, ils sont venus des quatre coins de l'île, hésitants ou décidés au départ, mais ravis de leur ascension au final. Depuis la route, si on ne voit pas véritablement la coulée de lave, on la devine.
Il suffit de suivre des yeux une autre coulée, celle des visiteurs qui en revient, pour situer la première quelque part dans l'alignement de la Vierge au Parasol qui lui fait face et qui se prépare à renouveler le miracle d'il y a un peu plus de vingt ans lorsque l'église de Piton Sainte-Rose avait commandé à la terre de feu d'épargner la maison de Dieu.

Suite