Le Journal de L'Ile de la Réunion    13 Mars 1998


A compter d'aujourd'hui midi et jusqu'à lundi 6h, le volcan ne sera accessible qu'aux cars et taxis

Vendredi 13, pas de chance !

Circulation réduite strictement aux cars et taxis professionnels, billetterie, régulateurs de trafic voilà ce qui vous attend si vous voulez visiter le volcan. Ce "transport en commun en site propre" avant la lettre paraîtra pour certains comme une privation de la liberté individuelle de circuler (au profit d'un plaisir collectivement partagé) et, en tous les cas, un commandement à payer mais le bon déroulement du week-end où l'on s'attend à accueillir 30 000 personnes serait à ce prix, assure le préfet...

Aujourd'hui midi, les automobilistes, conducteurs de cars de tourisme et pilotes de deux-roues seront déclarés "persona non grata" sur la route forestière du volcan. A cette heure-là, les visiteurs qui seront arrivés tôt dans la matinée et se seront garés sur le parc de stationnement - réduit exprès à portion congrue - situé sur le site du Pas de Bellecombe, seront priés d'évacuer les lieux par les gendarmes. Une heure plus tard, les navettes se mettront en route pour ne s'arrêter qu'à 6h, lundi. Trente autocars de 45 places assises et une quarantaine de taxis comprenant huit places individuelles sont mobilisés, à titre exceptionnel. Ce week-end, 30 000 visiteurs sont attendus, soit une dizaine de milliers de plus que le nombre estimé de personnes escaladant chaque jour depuis le début de la semaine les 30 km de route forestière. Un conseil, lisez bien ce qui suit, afin d'éviter une montée de tension préjudiciable. De quelque endroit que vous veniez (Plaine-des-Palmistes ou Le Tampon), vous n'avez d'autre possibilité que de garer votre véhicule sur le terrain communal utilisé pour l'occasion en parking : 4 000 places vous y attendent. Ce parc de stationnement est situé à l'intersection de la RN3 et de la route menant à la Sica-lait (deux autres endroits de "dégagement" sont prévus en cas de trop-plein). Des personnes seront chargées de placer les véhicules à leur arrivée. Rassurez-vous, le parking est gratuit mais vous garer à un autre endroit peut vous coûter cher. L'enlèvement, précisait hier le préfet Robert Pommiès, sera immédiat et aux frais des conducteurs !

LA MAIN À LA POCHE

Jusqu'à présent, la fourrière n'a pas encore été importée de métropole mais voilà qui ressemble étonnamment à une intronisation ! Un peu de marche à pied vous fera du bien, vous quittez votre véhicule et ralliez les quatre guichets de vente de tickets installés à l'intersection de la rue du Bois-Joli-Potier et de la route de la Sica-lait, à environ 450 mètres de distance. Ouvrez votre portefeuille et sortez, au choix : 40 francs pour un adulte, 100 francs pour trois adultes, 100 francs pour une famille (deux adultes et trois enfants de moins de 15 ans) et 20 francs par enfant de moins de 15 ans. Le débit estimé de ces quatre pôles de vente serait de 700 clients/heure. Votre ticket de transport en poche, il vous faut encore parcourir à pied environ 350 mètres pour accéder au "point de montée", sous-entendu dans les autocars ou les taxis, lequel se trouve au croisement de la route du volcan et de la route de La Grande Ferme. Les départs se font toutes les cinq minutes. Un bus ou un taxi chasse l'autre. Dans la montée, motards et gendarmes en poste fixe - précisait hier le colonel Goujon, commandant les forces de gendarmerie de l'océan Indien - sont chargés de "réguler" le trafic dans les portions de route sensibles. Au bout d'une heure, les passagers sont "lâchés" sur le parking du Pas de Bellecombe. En sécurité, il faut le préciser, les bus ne coupant pas leur route et inversement. Le service ne connaîtra pas d'interruption pendant toute la durée du week-end et ce, jusqu'à lundi. Au besoin, si l'affluence dépasse toutes les prévisions, pas de souci : la "réquisition" de 30 à 40 autocars supplémentaires est d'ores et déjà prévue. Pour le confort des visiteurs, huit sanisettes automatiques seront disposées, à raison de quatre sur le parking et quatre sur le Pas de Bellecombe et des poubelles, pour l'heure introuvables, devraient être installées. Par ailleurs, la Croix-Rouge française est elle aussi mobilisée. Elle tiendra à la disposition des visiteurs affamés et assoiffés, sandwiches et boissons, payants naturellement mais c'est pour la bonne cause. Les recettes tirées de la vente des billets de transport ira dans les caisses de la Sotrader qui les redistribuera aux entreprises "réquisitionnées" ou concernées. Le prix demandé, un "prix économique", assuraient hier Robert Pommiès, Jean-Claude Fruteau, vice-président délégué de l'actuel conseil général et président de la Sotrader, ainsi que Thierry Decerle, administrateur de la société d'économie mixte gestionnaire des "cars jaunes", tient compte de plusieurs facteurs : mobilisation et "immobilisation" des autocars et personnels (trois chauffeurs tournants par car sur la durée du week-end) et du trajet parcouru (près de 60 km aller-retour). Tout de même, le week-end promet d'être juteux pour les entreprises (1 800 francs par voyage aller-retour, soit deux heures pour un car transportant 45 adultes) qui, à l'évidence n'ont pas accepté d'être "réquisitionnées" par pure bonté d'âme. Mais le Préfet, selon son propre aveu, n'a pas eu le choix. "Laisser les gens libres de monter en voiture, c'était créer des encombrements comme on en a déjà vu et au bout du compte, très peu de monde aurait eu la possibilité de voir l'éruption. Dites-vous bien qu'on est en train d'organiser un plan d'accès similaire à ce qu'Albertville a fait pour les J.O d'hiver de 1992, sauf qu'on le fait en deux jours au lieu de quatre ans ! Bien sûr, il y aura des embouteillages, tout le monde ne pourra pas accéder au volcan. Je le sais et je joue avec le feu si un car casse un essieu". Gageons que les autocars seront parfaitement révisés !
Philippe Linquette



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