Le Journal de L'Ile de la Réunion12 Aout 1998


La population aimerait en savoir plus sur l'avancée des coulées...

La pression monte à Bois-Blanc

Insidieusement, sans faire de bruit, la "pression" est montée d'un cran dans le petit hameau de Bois-Blanc, depuis l'annonce d'une coulée hors enclos susceptible de menacer le village. Là-bas, les gens ont encore en mémoire la "crise" de 1977...

Hier à Bois-Blanc, aucune agitation particulière n'était visible dans les rues... Depuis la "mort" des coulées de lave aux pieds de la RN2, les visiteurs se font moins envahissants et le petit village a retrouvé le calme si cher à ses habitants. La semaine dernière du côté de la Vierge au Parasol, le spectacle des torrents de feu avaient attiré des dizaines de milliers de curieux, plongeant Bois-Blanc dans un gigantesque chaos mécanique.
Depuis quelques jours, les 800 et quelques habitants de Bois-Blanc respiraient mieux. Hier matin pourtant, en découvrant la Une du Journal de l'île et en écoutant la radio, tous ont appris avec surprise qu'une coulée hors enclos était sortie dimanche ou lundi, dans une zone de montagne assez inaccessible et souvent plongée dans le brouillard. De quoi gâcher la sérénité revenue depuis peu dans le village...
Sans parler de peur ou encore moins de panique, le doute s'est installé dans l'esprit de bon nombre d'habitants de Bois-Blancs. Les plus de trente ans ont encore en mémoire la coulée de 1977 et personne ici ne veut revivre cette nuit d'évacuation et de terreur. Hier, l'effervescence était plus dans les têtes de chacun que sur la place du village. A la boutique, on commentait les articles du Journal de l'île tout en essayant de se rassurer, tant il est vrai que la probabilité que cette langue de lave "baladeuse" atteigne les cases de Bois-Blanc reste pour l'instant bien incertaine. Accoudés au comptoir, Maurice et ses amis parlent de "fatalité". En un mot, "la lave passera si elle doit passer". Personne, en tout cas, ne veut entendre parler d'évacuation, chacun voulant croire - à raison sans doute - le risque encore minime. En revanche, le ballet incessant des véhicules de gendarmerie - l'escadron mobile de Niort (Deux-Sèvres) a pris ses quartiers à l'école heureusement libérée grâce aux vacances - n'est pas fait pour rassurer la population qui, de temps en temps, regarde vers la montagne en espérant ne pas apercevoir la moindre lueur rouge ! (rien de visible hier après-midi). A la petite - mais coquette - mairie annexe, où les responsables pas toujours débordés passent le temps en recevant la visite de leurs amis/administrés (toujours sympas l'esprit village !), on évoque des "craintes" plus que des "peurs". Beaucoup regrettent qu'on n'en sache pas plus sur cette coulée, tant du côté de l'observatoire que de la gendarmerie.
Odile, entre deux mots croisés, s'étonne : "Zut alors! Elle coule encore ou pas !? C'est pourtant pas dur de le savoir avec tous les moyens techniques d'aujourd'hui ! Où est-elle exactement ? En tout cas, de chez moi, je ne vois rien." Difficile tout de même, chère madame, de vous répondre précisément sur l'avancée et la tenue de cette coulée.
Malgré la qualité des moyens de suivi et d'observation mis en place autour du Piton de la Fournaise, le volcan sait encore garder ses secrets ! Bois-Blanc, en tout cas, aimerait être définitivement rassuré sur cette coulée qui "énerve" plus qu'elle n'inquiète.
B.L.
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L'éruption hors enclos se poursuit

La journée d'hier n'aura guère permis d'en savoir plus sur l'éruption observée lundi matin et en dehors de l'enclos par son seul témoin, le chef-pilote d'Hélilagon, vers 1 700 mètres d'altitude dans l'est - nord-est du Nez coupé de Sainte-Rose. Une seule certitude : les lueurs aperçues dans la soirée attestent qu'elle dure.
Hier encore, la couche nuageuse a empêché l'hélicoptère de la gendarmerie de mener à bien sa reconnaissance aérienne au-dessus de 1 200 mètres d'altitude. Dans l'hypothèse la plus défavorable pour Bois-Blanc, on peut donc affirmer que la coulée se trouvait à au moins 5,5 kilomètres du village hier soir. La lave n'est donc pas près de l'atteindre. Le seul risque serait en fait celui de l'ouverture de nouvelles fissures à plus basse altitude. Mais rien ne laisse présager une telle éventualité.
Même si aucune menace directe ne semble peser pour l'instant sur le village de Bois-Blanc, l'attente "sans savoir" entretient un suspense dont les habitants se passeraient bien, vingt et un ans après des événements similaires qui avaient valu à certains d'entre eux d'être évacués dans l'urgence. L'observatoire volcanologique n'a quant à lui enregistré aucune modification particulière de l'activité ces derniers jours, hormis, à partir de vendredi dernier, ces éboulements sans douté liés à la progression souterraine du magma dans la zone de faiblesse qui marque la structure du Piton de la Fournaise et lui a permis de migrer discrètement en dehors de l'enclos (notre édition d'hier). La lave pourrait ainsi avoir émergé au nord du rempart de Bois-Blanc dès dimanche, à l'insu de tous
Alors qu'aucune lueur n'était visible ni depuis la côte est ni depuis la région du Pas de Bellecombe hier en début de soirée, en raison de l'importance des masses nuageuses, complétées ensuite par la pluie et le brouillard, Jacques Picard, gardien du gîte du volcan, rapportait la présence d'une épaisse fumée envahissant le fond de la rivière de l'Est, vraisemblablement due à la combustion de la végétation.
Vers 22 heures, une éclaircie permettait aux habitants de la région de Sainte-Rose de discerner clairement des lueurs dans le ciel, témoignant de la poursuite de cette éruption hors du commun.
Au cas où un survol ne serait pas possible aujourd'hui encore, il était prévu d'envoyer un détachement à pied d'hommes du peloton de gendarmerie de haute montagne de la Réunion.
François Martel-Asselin

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