
LA COULÉE DE 1976 S'ARRÊTE À 300 M DE LA MER
Cette étonnante et spectaculaire avancée n'est pas liée
à une quelconque augmentation du débit de l'éruption,
relativement modeste sans doute et stable depuis ces derniers mois. Il
s'explique plus simplement par la formation d'un très long système
de tunnels de lave (lire par ailleurs) dans lequel la lave s'écoule
sans déperdition de température, en conservant donc sa fluidité.
Or, les tunnels de lave qui se sont reformés ces dernières
semaines permettent aujourd'hui aux coulées d'atteindre les basses
pentes du massif du volcan comme jamais cela ne s'était reproduit
depuis une vingtaine d'années.
Il faut en effet remonter à 1976 pour retrouver des coulées
aussi audacieuses, si l'on écarte les éruptions hors enclos
de 1977 (Piton Sainte-Rose) et 1986 (Le Tremblet). Quatrième phase
de la série d'éruptions qui se sont succédé
de novembre 1975 à novembre 1976, celle du 18 janvier 76 - à
1320 mètres d'altitude il est vrai, soit beaucoup plus bas que l'actuelle
du Piton Kapor, 2150 m environ - mettra une semaine seulement pour atteindre
la route nationale 2 ! Le 27 janvier, à 22h15, la coulée
s'empare du macadam après avoir brûlé des milliers
d'arbres. Trois jours plus tard, elle s'arrête définitivement
à 300 mètres du bord de la mer. Il en reste aujourd'hui une
superbe plate-forme d'observation ("coulée de 1976" sur la carte
touristique IGN au 1/100000), non loin du rempart du Tremblet, en surplomb
de la route taillée à même la coulée pour lui
rendre son niveau d'origine !
DES COULÉES AUX TUNNELS
La mise en place d'un premier "tapis" de lave sur le terrain offre une
couche isolante et chaude qui permet ensuite à la coulée
de former une "rivière" plus rapide. Ses bords, exposés à
l'air, refroidissent les premiers, se solidifient et forment peu à
peu deux remparts entre lesquels la lave circule comme dans un chenal.
La surface de la coulée refroidit à son tour, ralentit jusqu'à
s'arrêter et se souder aux remparts du chenal tandis que son cur
continue de couler. C'est ainsi que se forment les tunnels de lave.
En quelques heures, la voûte s'épaissit (on peut la franchir
au bout de très peu de temps mais nous vous déconseillons
d'essayer), offrant une isolation thermique sans égal à la
lave. Ce phénomène de "tunnellisation" permet à la
lave de parcourir des kilomètres avec une déperdition de
chaleur presque nulle et donc de conserver sa fluidité qui lui permet
de continuer à progresser.
Les coulées de l'actuelle éruption, même dépourvue
de caractère spectaculaire depuis une quinzaine de jours, ont ainsi
pu avancer discrètement mais d'une manière record en direction
de la route nationale (moins de 2 km) !
Dans certaines zones très pentues, la pression de la lave (comme
de l'eau dans un tuyau) fait sauter la voûte des tunnels. C'est ce
phénomène qui vous permet ces jours-ci d'observer les coulées
dans la Plaine des Osmondes lorsqu'elles y basculent depuis le plancher
de l'enclos et plus bas lorsqu'elles franchissent les Grandes pentes qui
mènent au Grand-Brûlé. En revanche, avec l'atténuation
de la pente, les tunnels se reforment peu après.
Lorsque une éruption cesse, l'écoulement de la lave ralentit,
son niveau baisse peu à peu dans les tunnels qui finissent par se
vider. On trouve ainsi les traces des niveaux successifs sur les parois
des tunnels anciens. Une forme de tourisme populaire sur d'autres volcans
mais que personne à la Réunion, hélas, ne se presse
de mettre en valeur alors que des projets existent pourtant.
François Martel-Asselin
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