Le Journal de L'Ile de la Réunion11 Juillet 1998


LES LAVES DU PITON DE LA FOURNAISE NE SONT JAMAIS DESCENDUES AUSSI BAS DANS L'ENCLOS DEPUIS 22 ANS

Les coulées voient le bout du tunnel

En ce cinquième mois d'éruption, les coulées du Piton Kapor ont parcouru les quatre cinquièmes du chemin jusqu'à la route nationale 2. Parviendront-elles à franchir les deux derniers kilomètres qui les en séparent encore ? S'il est impossible de se prononcer, l'observatoire volcanologique comme la gendarmerie ne relâchent pas leur vigilance.

Inutile de s'alarmer outre-mesure : la coupure de la route autour de l'île n'est pas pour demain. Ne vous précipitez pas non plus vers le Grand-Brûlé : le spectacle des laves tombant en cascade dans l'océan, vous ne le verrez pas de sitôt ! Les coulées du Piton Kapor, pour l'instant, se contentent de progresser sagement dans la forêt, à 400 mètres d'altitude, freinées par la succession des crêtes formées par les coulées anciennes du Piton de la Fournaise.

LA COULÉE DE 1976 S'ARRÊTE À 300 M DE LA MER

Cette étonnante et spectaculaire avancée n'est pas liée à une quelconque augmentation du débit de l'éruption, relativement modeste sans doute et stable depuis ces derniers mois. Il s'explique plus simplement par la formation d'un très long système de tunnels de lave (lire par ailleurs) dans lequel la lave s'écoule sans déperdition de température, en conservant donc sa fluidité. Or, les tunnels de lave qui se sont reformés ces dernières semaines permettent aujourd'hui aux coulées d'atteindre les basses pentes du massif du volcan comme jamais cela ne s'était reproduit depuis une vingtaine d'années.
Il faut en effet remonter à 1976 pour retrouver des coulées aussi audacieuses, si l'on écarte les éruptions hors enclos de 1977 (Piton Sainte-Rose) et 1986 (Le Tremblet). Quatrième phase de la série d'éruptions qui se sont succédé de novembre 1975 à novembre 1976, celle du 18 janvier 76 - à 1320 mètres d'altitude il est vrai, soit beaucoup plus bas que l'actuelle du Piton Kapor, 2150 m environ - mettra une semaine seulement pour atteindre la route nationale 2 ! Le 27 janvier, à 22h15, la coulée s'empare du macadam après avoir brûlé des milliers d'arbres. Trois jours plus tard, elle s'arrête définitivement à 300 mètres du bord de la mer. Il en reste aujourd'hui une superbe plate-forme d'observation ("coulée de 1976" sur la carte touristique IGN au 1/100000), non loin du rempart du Tremblet, en surplomb de la route taillée à même la coulée pour lui rendre son niveau d'origine !

DES COULÉES AUX TUNNELS

La mise en place d'un premier "tapis" de lave sur le terrain offre une couche isolante et chaude qui permet ensuite à la coulée de former une "rivière" plus rapide. Ses bords, exposés à l'air, refroidissent les premiers, se solidifient et forment peu à peu deux remparts entre lesquels la lave circule comme dans un chenal. La surface de la coulée refroidit à son tour, ralentit jusqu'à s'arrêter et se souder aux remparts du chenal tandis que son cur continue de couler. C'est ainsi que se forment les tunnels de lave.
En quelques heures, la voûte s'épaissit (on peut la franchir au bout de très peu de temps mais nous vous déconseillons d'essayer), offrant une isolation thermique sans égal à la lave. Ce phénomène de "tunnellisation" permet à la lave de parcourir des kilomètres avec une déperdition de chaleur presque nulle et donc de conserver sa fluidité qui lui permet de continuer à progresser.
Les coulées de l'actuelle éruption, même dépourvue de caractère spectaculaire depuis une quinzaine de jours, ont ainsi pu avancer discrètement mais d'une manière record en direction de la route nationale (moins de 2 km) !
Dans certaines zones très pentues, la pression de la lave (comme de l'eau dans un tuyau) fait sauter la voûte des tunnels. C'est ce phénomène qui vous permet ces jours-ci d'observer les coulées dans la Plaine des Osmondes lorsqu'elles y basculent depuis le plancher de l'enclos et plus bas lorsqu'elles franchissent les Grandes pentes qui mènent au Grand-Brûlé. En revanche, avec l'atténuation de la pente, les tunnels se reforment peu après.
Lorsque une éruption cesse, l'écoulement de la lave ralentit, son niveau baisse peu à peu dans les tunnels qui finissent par se vider. On trouve ainsi les traces des niveaux successifs sur les parois des tunnels anciens. Une forme de tourisme populaire sur d'autres volcans mais que personne à la Réunion, hélas, ne se presse de mettre en valeur alors que des projets existent pourtant.
François Martel-Asselin
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Des couloirs de métro sous le volcan

Le magma jaillit de terre. Libérées par l'éruption, les roches fondues - désignées alors comme la lave - se déversent sur les pentes du volcan avant de se solififier plus ou moins lentement sous l'effet du refroidissement.
Les formes de solidification, multiples, sont conditionnées par la viscosité du magma, sa composition chimique, la teneur en gaz de la lave ainsi que par les caractéristiques du terrain sur lequel celle-ci s'écoule.
Les coulées très fluides s'étendent facilement et leurs fronts parcourent souvent des distances considérables (60 kilomètres au Laki, en Islande, en 1783 !). Leur vitesse d'écoulement est d'autant plus élevée que leur viscosité est faible. Chacun garde en mémoire par exemple l'incroyable progression des coulées de Piton Sainte-Rose (1977) dont la vitesse fut estimée jusqu'à 60 kilomètres heure.
Au fur et à mesure que la coulée s'éloigne de la bouche éruptive, sa température (1150° environ au départ) décroît. Ce refroidissement, qui se manifeste en premier lieu à sa surface - elle devient gris argenté - se produit souvent alors qu'elle est encore en mouvement. Il va provoquer une augmentation de la viscosité de la lave et par conséquent une diminution de sa vitesse. En fonction du terrain, la coulée prendra des formes différentes: sur de fortes pentes, elle sera d'abord étroite, coulant plus rapidement, avant de ralentir et s'étaler largement une fois arrivée sur un replat.
Les coulées fluides, comme celles produites par le Piton de la Fournaise, sont souvent à l'origine de la formation de tunnels. Les éruptions anciennes nous en ont légué de spectaculaires, longs de plusieurs centaines de mètres et larges comme des couloirs de métro, dont les plus connus se trouvent à la Plaine-des-Cafres ("Caverne bateau", etc.).
Les visiteurs de l'actuelle éruption parfois trop audacieux sont sans doute passés à traver la voûte d'un des milliers de tunnels secondaires (vides !) que renferme l'enclos à proximité du Piton Kapor. La plupart du temps, leur diamètre ne dépasse pas quelques dizaines de centimètres. En revanche, celui du tunnel principal par lequel s'évacue la lave du Piton Kapor a pu atteindre plusieurs mètres au plus fort de l'éruption
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* Sources: "Les volcans", d'Alfredo Rittmann, Atlas. "Volcans et éruptions", Maurice Krafft, Hachette. Dossier départemental des risques majeurs.

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