Le Journal de L'Ile de la Réunion    11 Mars 1998


LES IMAGES DE L'éRUPTION REPRISES PAR TF1 ET FRANCE 2

Un coup de pub pour la Réunion

La presse nationale a abondamment évoqué le réveil de la Fournaise. Une couverture médiatique qui permet de vanter la destination Réunion. Mais un tel phénomène n'a pas toujours les retombées escomptées.

Depuis lundi, la Réunion se trouve sous les feux de l'actualité. Les chaînes nationales comme TF1 et France 2 ont réservé une large place à l'éruption de la Fournaise dans leurs journaux télévisés. Même chose pour la presse dont la plupart des titres évoquent le réveil du volcan. Reste à savoir si cette couverture médiatique aura un impact sur la fréquentation touristique. Rien n'est moins sûr pour René Barrieu, le directeur du comité du tourisme de la Réunion (CTR). Certes, sa campagne publicitaire exploite cet atout naturel, en jouant notamment sur le côté rassurant. Mais l'annonce d'une prochaine éruption a tendance à malmener une telle image. "Cela dégage un aspect plus angoissant qu'attractif. Les gens assimilent un tel phénomène à une catastrophe naturelle", analyse le directeur. D'ailleurs, dès que l'information a été diffusée sur France-Inter, des personnes devant se rendre à la Réunion ont aussitôt appelé le siège parisien du CTR afin de savoir si l'île était encore accessible. "Une éruption suscite des craintes. Le public ne fait pas toujours la différence entre la Fournaise et un volcan comme la Soufrière. Certains imaginent déjà la Réunion sous les cendres", constate René Barrieu.
Tout dépend ensuite du traitement médiatique réservé au phénomène. "TF1 comme France 2 ont heureusement insisté sur le côté spectaculaire. On y voyait plus une attraction qu'une catastrophe. C'est donc une très bonne chose que l'on parle de la Réunion de cette manière", estime le responsable du CTR. Il reste par contre plus sceptique vis-à-vis de certains titres de la presse écrite : "Le piton se donne en spectacle" pour France-Soir, "Alerte à la Réunion" pour Le Parisien ou "Le piton se fâche tout rouge" pour Le Figaro. "Tous ne mettent pas en avant des aspects rassurants et majestueux. Il ne faut pas oublier que, vue de loin, une éruption paraît toujours inquiétante". Ce qui explique que René Barrieu reste très prudent quant aux répercussions d'un tel phénomène sur la fréquentation touristique. "Le côté majestueux de la chose n'apparaît qu'une fois sur place", estime d'ailleurs le directeur du comité du tourisme de la Réunion.

LES AGENCES DE VOYAGES SUR LE FRONT

De toute manière, il est exclu d'axer une campagne publicitaire sur une actualité aussi brûlante. Pour une bonne et simple raison, c'est que l'activité volcanique peut s'arrêter du jour au lendemain. "On nous accuserait alors de publicité mensongère".
Même son de cloche du côté des agences de voyages. "On ne peut rien engager. La coulée risque de s'épuiser avant qu'on ait le temps de tout mettre en place. J'ai vécu plus d'une éruption. Mais on ne peut pas réagir sur un événement aussi aléatoire", note Jean-Yves Nourry, le responsable de Havas Voyages. Bernard Guignard, le responsable des excursions à Bourbon Tourisme, fait le même constat. Il n'en demeure pas moins que de nombreux tour-operators suivent de près l'évolution de la situation. Pas trop d'ailleurs pour l'exploiter sur un plan touristique, mais plutôt par peur de voir certains de leurs clients en danger. "Certains n'ont aucune idée de l'endroit où se situe l'éruption et se renseignent pour savoir si les touristes qu'ils envoient ne courent aucun risque", explique-t-il. D'ailleurs, en 1992, la coulée n'avait suscité aucune nouvelles réservations.
Par contre, rien ne les empêche d'exploiter le volcan avec les touristes déjà sur place. "Cela reste un phénomène attractif. Nous disons toujours à nos clients que la Fournaise reste en activité, même lorsqu'on n'enregistre aucune coulée", constate Bernard Guignard.
D'ailleurs, dès lundi, toutes les agences ont mis les bouchées doubles pour proposer une balade au Pas de Bellecombe ou un survol en hélicoptère de jour comme de nuit. "Les touristes ne veulent rien rater du spectacle. Nous leur proposons donc des excursions au départ de l'hôtel", explique-t-on du côté d'Agora Voyages. Une brèche dans laquelle tout le monde essaye de s'engouffrer. Encore faut-il pouvoir le faire dans de bonnes conditions. Pour l'heure, certains hésitent à organiser des navettes vers la Pas de Bellecombe en raison des problèmes de circulation sur la route du volcan.
Jean-Yves Bouteloup



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