"UN PEU DE RESPECT !"
Partis à 22h, le père et le fils ne sont rentrés
chez eux qu'à 4h30, après n'avoir regardé le "son
et lumière" volcanique qu'une petite quinzaine de minutes. Mais
le meilleur, c'était encore en rentrant. "La route est à
tout le monde mais je voudrais que les gens témoignent un peu de
respect à ceux qui vivent ici. Ce n'est pas parce qu'ils sont heureux
d'avoir vu le volcan qu'ils doivent klaxonner tout du long de la route
depuis Bourg-Murat et crier. Je suis content quand je descends en ville,
je ne rameute pas tout le monde pour autant.
C'est la première fois que je vois autant de véhicules
et pourtant, je suis la troisième génération au moins
à vivre ici !", regrette Jean-Noël, un peu excédé.
Comme dit Renée Bègue de La Grande Ferme, largement plus
âgée, autrefois, la route était "moins bien faite"
et puis il y avait "moins de transport". Sans doute, mais Philippe, 37
ans, qui habite un virage plus bas sur la route forestière, a passé
avant-hier une nuit d'enfer : "Je suis rentré chez moi vers minuit
et quart et à partir de cet instant-là, j'ai compté
plus de 200 voitures. Les gens criaient. je trouve que c'est pas honnête.
Il n'y a pas besoin de crier comme cela. Nous, ici, sommes habitués
à notre tranquillité. La nuit on n'entend que le bruit des
animaux" Le silence des agneaux ? Philippe n'est pas vraiment terrorisé,
du moins pour lui et sa famille. "Pour que la lave descende jusqu'ici,
il faudrait qu'elle passe sous terre. Son sens naturel est de se diriger
vers Sainte-Rose ou Saint-Philippe. Non, c'est surtout pour mes bêtes
(17 vaches) que je m'inquiète".
"C'EST UNE AFFAIRE QUI RONGE L'ESTOMAC DES BÊTES"
Histoire, sans doute de ne pas provoquer le destin, Philippe évoque
mezzo voce ce curieux mal. "Il y a cinq ans, lors de la dernière
éruption, j'ai des voisins qui ont perdu plusieurs bêtes.
En effet, le volcan avait libéré de la chevelure (Ndlr :
ou cheveux de Pélé), ça ressemble à de la petite
paille de fer. Avec le vent, cette chevelure se dépose sur les champs
et il y a un risque que les vaches en avale. C'est une affaire qui ronge
l'estomac. Les bêtes, c'est fragile. Déjà mes vaches
ont sauté la clôture avant-hier soir. Peut-être sentaient-elles
venir l'éruption?" Josette Picard, éleveuse à La Grande
Ferme n'a pas eu peur du volcan depuis bien longtemps : "Quand j'étais
petite, ma mère me disait que le volcan pouvait péter n'importe
où.
Je ne le pense pas aujourd'hui mais je crains pour mes vaches qui peuvent
avaler des cheveux de Pélé". Toujours à la Grande
Ferme, un peu plus loin en allant vers Bourg-Murat, Félix Picard,
61 ans, et sa femme Alexina, qui est en train de nettoyer un parc à
animaux, évoquent ce mal mystérieux qui aurait décimé
un nombre indéterminé de têtes de bétail : "Ça
nous tracasse, pour sûr, car le cheveu tue les bêtes. Cela
n'a pas été le cas lors de la dernière éruption
mais faut faire attention". Félix n'est pas seulement inquiet pour
son bétail que son fiston a repris car il a fréquenté
le volcan de très près et a réchappé de peu
à une coulée de lave. "Lontan, je portais les vivres de Monsieur
Ducrot, un expert du volcan. Je me souviens qu'avec mon beau-frère,
qui était guide, nous sommes allés sur le volcan. Nous nous
sommes approchés très près de la lave. Monsieur Ducrot,
qui était occupé à examiner les roches, ne faisait
pas du tout attention à nous. Il y a eu des projections et nous
avons tout juste eu le temps de nous échapper !" Finalement, l'attentisme
prime chez les riverains du volcan. Mariotte, 71 ans, lève la main
au ciel. Comme elle dit : "C'est la volonté de Dieu s'il arrive
quelque chose"