Le Journal de L'Ile de la Réunion10 Aout 1998


Expériences brûlantes : deux maîtres-verriers sur la coulée du Grand-Brûlé

Les souffleurs de lave

Bravant les vapeurs de lave brûlante, Frédérique Fandre et Yvon Phiampot, deux maîtres-verriers actuellement en résidence d'artiste à Saint-Joseph, jouent les souffleurs de feu sur la coulée de Sainte-Rose. Avec, en ligne de mire, une série d'expériences exceptionnelles sur la roche basaltique en fusion. 

Travaillant le verre au quotidien, Frédérique et Yvon sont pourtant habitués à la chaleur de la fusion. Mais devant les lents débordements du fleuve incandescent qui progresse à leurs pieds, les deux maîtres-verriers reculent, suffocants et impressionnés. L'opération s'annonce corsée. La lave ne dévoilera pas son intimité sans lutter.
Équipés d'outils sommaires (mais résistants) et de moules en fibre céramique réalisés à l'atelier d'Art'Sud, épaulés par le staff de l'association et par Thomas Staudacher, directeur de l'observatoire, ils vont effectuer des prélèvements de matière afin d'étudier en direct les réactions chimiques des pigments d'émail sur la lave. Puis, dans un second temps, ramèneront leurs trophées à l'atelier afin d'expérimenter refonte, moulage et nouveau travail d'émaillage. Et pourquoi pas, tenteront de souffler une nouvelle matière composée à la fois de lave et de
verre.

EXPÉRIENCE EXCEPTIONNELLE

Installés chez Art'Sud à Saint-Joseph dans le cadre d'une résidence d'artiste, Frédérique Fandre et Yvon Phiampot sont arrivés sur l'île fin juillet. Malgré les fortes pluies de cette période, les premières reconnaissances effectuées sur le site de Sainte-Rose ont confirmé le double intérêt de leur séjour. Chargés de concevoir un atelier "verre" destiné à la production, les deux maîtres-verriers originaires de Haute-Savoie pourront également profiter de la proximité de la coulée du Grand-Brûlé pour engager des recherches inédites.
D'autant qu'il est assez exceptionnel de pouvoir mener une telle expérimentation avec de la lave en fusion. "C'est une expérience formidable", remarque Claude Berlie-Caillat. "A ma connaissance, très peu d'artistes ont pu y accéder". Un céramiste italien et un américain auraient déjà abordé le sujet semble-t-il, mais des verriers ? Cela reste assez improbable.
Matières minérales assez proches, le verre et la lave contiennent tous deux de la silice : "Ce sont pratiquement les mêmes bases de composition chimique", confirme Claude Berlie-Caillat.
"Mais il n'est pas simple d'expérimenter de nouveaux matériaux. On est encore en pleine recherche, et parallèlement, on doit mettre au point plusieurs choses concernant le département verre. Sur le plan artistique, ça nous intéresse également d'allier basalte et verre. On reste dans la même direction".

Lundi dernier, le manque de fluidité de la lave a quelque peu contrecarré la cueillette de ces jardiniers improvisés, qui ont dû se contenter d'une maigre récolte, mais qui ont pu contempler, émerveillés, la fusion des pigments d'émaillage sur les blocs encore rougeoyants.
Une autre tentative est donc prévue - mais où et quand ? Le Piton de la Fournaise seul en décidera ! -, avec de nouveaux moyens (boucliers de protection contre la chaleur) et de nouveaux objectifs (tenter de réaliser des sculptures sur place et ramasser plus de matière). Quatre expositions décentralisées sont déjà prévues à l'issue de leur séjour, la première à Saint-Joseph chez Art'Sud, puis à la galerie Calogine de Saint-Pierre, à l'Hôtel de la Région et enfin, au Saint-Denis. Elles seront certainement l'occasion d'admirer le résultat de cette expérience pour le moins originale.


Suite