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septembre 1998
SIX MOIS D'ACTIVITÉ SANS DÉTELER AU PITON DE
LA FOURNAISE
Une éruption historique

Jamais dans toute son histoire connue, le massif du Piton de la Fournaise
n'avait enregistré une activité aussi longue. Six mois après
les premières effusions de lave, les coulées sont toujours
présentes même si elles se sont déplacées hors
de l'Enclos. Retour sur image.

Observatoire volcanologique du volcan, samedi 7 mars 1998. Les appareils
s'affolent. Entre 16h le samedi et 4h du matin le dimanche, une quarantaine
de séismes est enregistrée. Jusqu'à 23h ce soir-là,
ce sont plus de 400 secousses qui s'inscrivent. Thomas Staudacher, directeur
de l'observatoire, reste prudent quant à l'imminence d'une éruption
: "Cela peut partir relativement vite, comme cela peut se calmer avant
une prochaine crise".
Mais le Piton de la Fournaise a décidé de se réveiller.
Le 9 mars à 15h05, témoin du début de l'éruption,
le trémor, vibration continue enregistrée par les sismomètres,
correspond à l'écoulement de la lave dans les fissures lorsqu'elle
peut s'échapper à l'air libre sans contrainte. Un système
de fissures éruptives est localisé en dessous du sommet sur
le flanc nord entre le cratère Julien de 1981 et le Puy Mi-Côte,
donnant des fontaines de lave jaillissant jusqu'à 50 m de hauteur.
Le volcan s'épanche, mais ses admirateurs piétinent.
Dès le lendemain du début de l'éruption, 5 000 véhicules
soit environ 20 000 personnes convergent vers le Pas de Bellecombe. Elles
devront se contenter d'observations depuis le Piton de Partage, l'accès
à l'enclos étant interdit.
Dans la nuit du mardi 10 au mercredi 11 mars, l'Observatoire enregistre
des séismes qui se superposent à l'activité éruptive
normale. Une situation inhabituelle qui tend à accréditer
l'hypothèse selon laquelle l'éruption risque de connaître
des prolongements. Les quatre fissures ouvertes dans le flanc nord s'éteignent,
l'activité se concentrant sur deux bouches situées à
proximité du cratère Magne. Le débit global est estimé
le 11 août à 20 ms par seconde.
Mais, le spectacle continue à se dérouler à guichet
fermé. Embouteillages monstres et enclos toujours fermé par
la préfecture dépassée par les événements
sont le lot de ceux qui toujours plus nombreux veulent légitimement
profiter du spectacle.
Le 12 mars, le Piton de la Fournaise réserve sa première
surprise d'une éruption qui s'avérera riche en rebondissements.
A 3h45, une nouvelle fissure de 100 m de long s'ouvre entre le cratère
Rivals et le rempart de l'Enclos au sud-ouest du cratère Bory.
Des fontaines de lave hautes de 25 m alimentent au rythme de 10 à
20 m3 par seconde une coulée atteignant 500 m de long.
Ce ne sera qu'un feu de paille. Même s'il est baptisé
Fred-Hudson le 16 mars, le premier cratère prenant le nom de Kapor
et le second qui s'est formé sur le flanc nord sur la fissure Est
ouverte le 9 mars prenant le nom de Maurice-et-Katia-Krafft, il s'essouffle
dès le 23 mars. Cela vaut d'ailleurs également pour le Piton
Kapor qui se distingue par des sautes d'humeurs, certains épisodes
d'hyperactivité succédant à de longues accalmies.
Entre-temps, le volcan confisqué a été rendu aux
Réunionnais et aux touristes.
Jusqu'à la fin mars, l'éruption se poursuit mais au ralenti.
Les premiers jours d'avril sont marqués par une spectaculaire reprise
d'activité au Kapor. Le cratère Fred-Hudson s'éteint
et le Katia-et-Maurice-Krafft émet encore quelques projections.
A la mi-avril, seul le Kapor est encore en activité. Dans la
nuit du 17 au 18 avril, un pan du cône s'effondre donnant naissance
à une nouvelle coulée.
Dans le courant du mois de mai, l'activité marque à nouveau
le pas. Deux mois après le début de l'éruption, on
ne voit plus de coulées, même si la lave s'écoule toujours
: elle circule en tunnel jusqu'à plusieurs centaines de mètres
du Piton Kapor.
Le 9 mai, le Kapor célèbre à sa manière
son troisième mois d'éruption en redoublant d'activité.
Début juillet, de nombreuses coulées lèchent le
rempart nord de l'enclos sur une largeur estimée à plus de
200 m tandis que d'autres plus au sud avalent tout aussi allégrement
ce véritable toboggan qui conduit à la Plaine des Osmondes.
L'éruption a entamé son voyage en direction des Grandes
Pentes. Un nouvel épisode de l'éruption du Kapor s'ouvre.
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La course à la route

A partir du 9 juillet, l'activité réellement visible se déplace
de la zone du Piton Kapor (2 150 m d'altitude) aux basses pentes du Piton
de la Fournaise.
Depuis plusieurs jours en effet, les coulées après avoir
avalé la Plaine des Osmondes, qu'elles ont traversée en son
milieu, ont vu leur front basculer dans les Grandes Pentes, restant à
égale distance entre le rempart de Bois-Blanc et le Piton de Crac.
Le 7 juillet au soir, elles atteignent une altitude d'environ 400 m qui
les situent à peine à 2,5 km de la route traversant le Grand-Brulé.
Le 11 juillet, elles ont parcouru les quatre cinquièmes du chemin
jusqu'à la route nationale 2.
Nouveau coup de théâtre le 13 juillet, le front se stabilise
à 400 m d'altitude. Le 31 juillet, les coulées s'immobilisent
à seulement 200 m de la route nationale 2.
Un nouveau sursaut et le mardi 4 août elles ne sont plus qu'à
2,50m de la chaussée. Elles n'iront pas plus loin. A partir du 8
août, l'activité se déplace en dehors de l'enclos sur
le rempart de Bois-Blanc. Mais, le Piton Kapor n'a peut-être pas
dit son dernier mot.
Quand le volcan sort de ses gonds...
Déjà un mois d'éruption hors enclos

Le 10 août au petit matin, le chef pilote de la société
Hélilagon Jean-Paul Guyot signale pour la première fois depuis
le début de la crise des coulées hors enclos. Un mois plus
tard, des fissures situées en aval du Nez Coupé de Sainte-Rose
continuent à déverser des flots de lave...
Vendredi 7 août. L'observatoire volcanologique de la Réunion
enregistre plusieurs petits séismes dont l'épicentre semble
se situer vers le Nez coupé de Sainte-Rose. L'origine de ce phénomène
est d'abord attribuée à des éboulements de remparts.
Durant le week-end pourtant, probablement le dimanche 9 août, la
lave fait une première sortie très discrète hors enclos,
sa première depuis le début de la crise. Le lundi 10 août,
il faut un survol de la zone en hélicoptère pour s'apercevoir
de l'existence de cette coulée. A sa plus grande surprise, le pilote
observe une longue langue noire fumante à quelques centaines de
mètres du rempart et à l'est-nord-est du Nez coupé,
à environ 1 700 mètres d'altitude. Très rapidement,
l'observatoire décide de monter une expédition pour se rendre
à pied sur le site, tant il est vrai que les conditions climatiques
ne laissent guère de chance à toutes tentatives aériennes.
Thomas Staudacher, le directeur de l'observatoire, rapporte alors : "Nous
sommes tombés sur des fissures énormes et fraîches
recoupant le sentier de la Cage aux lions" (NDLR : sentier aujourd'hui
coupé par la lave). Pour le scientifique, il s'agit-là des
indices d'une zone fracturée récemment située sur
l'axe Piton Kapor/éruption hors enclos présumée. "Présumée"
parce que cette reconnaissance pédestre ne permettra pas de confirmer
sans risque d'erreur la présence en aval (et dans les nuages !)
de cette première coulée hors enclos. Au fur et à
mesure que la nuit tombe, et alors que les scientifiques ont rebroussé
chemin, le ciel rougit au-dessus du Nez Coupé. Un signe qui ne trompe
pas et qui inquiète alors Michel Vergoz, le maire de la ville de
Sainte-Rose, dont le petit écart de Bois-Blanc pourrait être
inquiété par cette "poussée de fièvre", la
première depuis 1977 dans les hauts de cette commune.
Le lendemain, le mauvais temps ne permet pas vraiment d'en savoir plus
sur l'avancée de la coulée. On sait seulement que son front
se situe vers 1 700 mètres d'altitude et à environ 6 kilomètres
des premières habitations. Au village de Bois-Blanc, la pression
monte doucement, sans pour autant affoler la population qui en a vu d'autres.
Le mercredi 12 août, les gendarmes survolent le site et constatent
que toute activité hors enclos est terminée. Dans la nuit
de jeudi à vendredi pourtant, une nouvelle fissure s'ouvre, relançant
l'activité sur cette zone d'altitude très marécageuse.
Le samedi 15 août, toujours dans le même secteur, ce sont finalement
quatre coulées hors enclos qui sont observées, la dernière
d'entre elles semblant se diriger vers le Trou Caron. Rapidement, on comprend
qu'il sera difficile d'estimer le nombre exact de langues de lave et de
définir leur direction respective (qui plus est changeante), d'autant
que la météo de ce mois d'août 98 ne favorisera vraiment
pas le travail d'observation par hélicoptère. Grâce
aux relevés de l'observatoire, on sait cependant que le gros du
trémor (la vibration qui accompagne la sortie du magma) s'est déplacé
du Piton Kapor au Nez Coupé. Plongées sous un manteau nuageux
souvent épais, les coulées continuent de descendre vers le
littoral à une vitesse très variable. Le 20 août, une
des coulé finit par dévaler le rempart de Bois-Blanc pour
retourner dans l'enclos au niveau de la Plaine des Osmondes. La lave est
alors à environ quatre kilomètres des premières habitations.
Quatre jours plus tard, deux autres filets de lave tombent du rempart vers
1 540 mètres d'altitude. Depuis, c'est un peu le statu quo. Un mois
très précisément après le début de cette
éruption hors enclos, de la lave s'écoule toujours des premières
fissures sans pour autant se rapprocher significativement des habitations.
Mais la Fournaise n'a peut-être pas dit son dernier mot...
1. 9 mars 1998, 15h05... Premiers clichés, premières
émotions. Après plus de cinq ans de silence, le Piton de
la Fournaise est a nouveau en éruption. La nouvelle se répand
comme une traînée de poudre, le désormais célèbre
Piton Kapor est en train de naître...
2. Dès la première nuit, les milliers de curieux
affluent au Pas de Bellecombe. Jusqu'au 16 mars au petit matin, date d'ouverture
de l'enclos, le spectacle s'appréciera du Piton de Partage ou du
Pas de Bellecombe. Un peu dépassées par les événements,
les autorités n'arriveront pas toujours à gérer le
flot des voitures. Après plusieurs heures passées dans les
bouchons, beaucoup feront demi-tour. Les plus patients auront la chance
d'être parmi les premiers à assister au fabuleux spectacle.
3. Le 16 mars, la préfecture autorise les visiteurs à
descendre dans l'enclos pour profiter - au plus près - du spectacle.
Du Pas de Bellecombe, le pied du Piton Kapor est accessible en 1h15 environ.
Toute la journée et surtout les week-ends, le sentier ne désemplit
pas. Au pied des laves, les gendarmes du PGHM veilleront à la sécurité
des marcheurs. Aucun incident grave ne s'est à ce jour produit.
4. Alors que les visiteurs continuent d'affluer au Piton Kapor,
les laves continuent leur descente vers la mer. Elles coulent lentement
sur la Plaine des Osmondes avant de dévaler les Grandes pentes.
Imperceptiblement, elles se rapprochent de la route nationale 2.
5. Le mardi 4 août, la lave arrive au pied de la RN2, environ
400 mètres au sud de la Vierge au Parasol. La foule se précipite
pour voir la lave traverser la route. Imprévisible, la coulée
stoppera définitivement son avancée mardi en fin d'après-midi,
à environ 2,5 mètres de la route, au pied d'un grand filaos...
6. Pendant plusieurs jours, des milliers de visiteurs viendront
sur le site de la Vierge au Parsol pour approcher la lave au plus près
et jouer avec le feu. Au milieu de cette grande "foire", des artistes tenteront
même de modeler et sculpter la lave encore brûlante.
7. Après la "folie" des premiers jours de l'éruption
et de l'arrivée des coulées sur le site de la Vierge au Parasol,
l'activité se déplace pour la première fois hors enclos,
sur un site pratiquement inaccessible, comme si le volcan voulait conserver
une part de mystère. En aval du Nez coupé de Sainte-Rose,
l'activité se poursuit encore...
8. Désormais, on ne voit plus grand-chose de spectaculaire
autour du Piton Kapor, pas la moindre coulée... Par contre, le fier
cratère continue de cracher de la fumée comme une locomotive
!